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dimanche 22 avril 2012

Défense et des bulles – avril 2012 : Bonneval Pacha (Tome 1)

J'avoue ne jamais avoir entendu parler de Claude Alexandre de Bonneval avant la lecture du premier tome (L'insoumis) de sa biographie en bande-dessinée, Bonneval Pacha. Nous la devons à l'un de ses descendants, Gwen de Bonneval, pour le scénario, et Hugues Micol pour le dessin.

Le comte de Bonneval (1675 – 1747) est un personnage manifestement haut en couleur qui connut une certaine célébrité à son époque (comme en témoignent les citations de Saint-Simon, Sainte-Beuve ou Voltaire qui figurent sur le quatrième de couverture), de fausses Mémoires ayant même été publiées. Celles-ci constituent d'ailleurs le point de départ de l'histoire, qui se présente sous la forme d'une autobiographie racontée en 1741 par celui qui s'était alors converti à l'islam et mis au service du sultan ottoman.

Le premier tome revient sur ses premières années, de sa naissance par une nuit d' « orage épouvantable », jusqu'à sa fuite en 1705 pour l'Autriche suite à un conflit avec Michel Chamillart, alors secrétaire d'Etat de la guerre. Entre temps, on y découvre un jeune homme de bonne famille, passionné par la lecture (« j'ai trouvé le secret de lire, tous les jours de ma vie, quatre heures »), qui intégra dès 11 ans les gardes de la marine de Rochefort, où il eut l'occasion de servir sous les ordres du vice-amiral de Tourville.

Il se retrouva rapidement au coeur du conflit qui faisait alors rage entre la France de Louis XIV et une grande partie des puissances européennes, autour du trône d'Angleterre, que Jacques II, cousin du Roi Soleil, souhaitait prendre à Guillaume d'Orange (dans le cadre plus global de la guerre de la Ligue d'Augsbourg). Il fut ainsi présent lors de la bataille du cap de Béveziers et rencontra Colbert à 13 ans, qui dans la BD le nomme au grade d'enseigne de vaisseau.

Un peu plus tard, sa carrière connait des hauts et des bas, souvent pour des raisons de coeur, mais le brillant soldat et infatigable bretteur est embarqué dans la guerre de succession d'Espagne au début du XVIIIe siècle, au grade de colonel d'infanterie, sous les ordres du maréchal de Catinat, puis du marécgal de Villeroy et enfin du duc de Vendôme, qu'il tenait en haute estime.

Le récit des trente premières années du comte de Bonneval est rondement mené. Les scènes de bataille, sur terre ou sur mer, sont plutôt réussies, et l'esprit de l'époque est bien retranscrit, même s'il faut, pour pleinement l'apprécier, quelques connaissances historiques (ce qui est bien naturel pour une telle bande-dessinée). Bien entendu, même si le scénariste se base sur une bibliographie relativement fournie, rien de permet d'affirmer que les évènements sont décrits avec exactitude. On attend cependant la suite de cette série, recommandée par Historia, avec impatience !

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lundi 2 janvier 2012

Citation de la semaine (anonyme) : DCNS et son actionnariat

Par un dirigeant de l'un des fleurons de notre BITD française :


Les 35% de Thales n'ont aucun impact sur la stratégie de DCNS

Ben voyons...

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samedi 12 novembre 2011

Citation de la semaine (anonyme)


"Le Gowind, c'est un bateau de pêche peint en gris"



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samedi 17 septembre 2011

Les meilleurs ennemis (première partie 1783 / 1953) par Jean-Pierre Filiu et David B.

Les meilleurs ennemis, vise, comme l'indique son sous-titre à retracer l'histoire des relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient (étendu au Maghreb) depuis la création de l'actuelle plus grande puissance mondiale, c'est-à-dire la fin du XVIIIe siècle.
Lien



Ce premier tome, plus roman graphique que bande dessinée, insiste sur trois temps forts :


  • la guerre contre le pacha de Tripoli au début du XIXème siècle, à une époque où l'armée américaine compte un millier d'hommes

  • l'accord entre le président Roosevelt et le roi d'Arabie Saoudite Ibn Saoud au début des années 1940 (première réelle incursion des USA en Arabie pour des raisons pétrolières)

  • la fameuse Opération Ajax ayant abouti en 1953 au départ du premier ministre iranien Mossadegh, coupable d'avoir voulu nationaliser l'AIOC


En parallèle de la montée en puissance américaine, on assiste en miroir à la perte irrémédiable d'influence des Français et des Britanniques dans la région. Sans céder à l'antiaméricanisme (à la différence d'Une histoire populaire de l'Empire américain), les auteurs égratignent les différents protagonistes (qu'ils soient européens, américains, arabes ou iraniens) en exposant, certes en simplifiant un peu, leurs motivations et travers. Où le fait que Khomeini, alors jeune mollah, fut l'allié objectif des Américains en dénonçant le gouvernement de Mossadegh, se rappelle à notre bon souvenir.

A noter cependant, dès la première page du livre, une incroyable erreur : Gilgamesh d'Uruk (utilisé ici comme une parabole), cela ne remonte pas à 2400 ans mais à 2700 avant JC.

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mardi 7 décembre 2010

Reminder : Café Stratégique avec Hervé Coutau-Bégarie le 8 décembre à 19h !

Juste un petit message pour vous rappeler que le prochain Café Stratégique, consacré aux espaces maritimes, c'est demain à 19h au Café le Concorde, en présence d'Hervé Coutau-Bégarie. Venez nombreux !

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mercredi 1 décembre 2010

Une vidéo sur Alfred Mahan

En prévision du Café Stratégique du 8 décembre avec Hervé Coutau-Bégarie sur la géostratégie des espaces maritimes, une petite vidéo sur Alfred Mahan, stratège naval incontournable.


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samedi 27 novembre 2010

Prochain Café Stratégique : le 8 décembre avec Hervé Coutau-Bégarie

En attendant le compte-rendu du Café Stratégique de jeudi dernier, réservez dès à présent le début de votre soirée du mercredi 8 décembre, puisque qu'Hervé Coutau-Bégarie, directeur de recherches au CID, spécialiste de stratégie navale, nous fera l'honneur de sa présence au Café le Concorde (239 bd Saint-Germain à Paris, métro Assemblée Nationale).


Évidemment, le sujet sera la géostratégie des espaces maritimes, et les festivités auront lieu de 19h à 21h. Comme d'habitude, l'entrée est libre mais les places sont limitées. Venez nombreux !

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lundi 15 novembre 2010

[Le blog de la semaine] : Le fauteuil de Colbert

Cette semaine, je signale un blog un peu particulier puisqu'il s'agit du tout récent "Le fauteuil de Colbert", tenu par Thibault Lamidel, jeune auteur connu de mes lecteurs puisqu'il a signé un certain nombre d'articles ici-même (voir ces articles), principalement sur l'industrie de défense française. Certains figurent parmi les plus lus depuis le lancement du blog, en particulier Dissolution de la Belgique : une chance pour la Défense française ? ou Le Rafale furtif.

Le BPC Mistral

Son blog vient combler un vide relatif de la blogosphère francophone puisqu'il sera principalement consacré à la géopolitique navale (avec je pense également un tropisme vers les équipements) : la France est tout de même le pays ayant la 2ème façade maritime dans le monde ! En parallèle, Thibault Lamidel tient une chronique de stratégie et tactique navales sur le portail des sous-marins de Gilles Corlobé.

A suivre donc et à rajouter à sa blogroll.

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lundi 7 juin 2010

De l'Exodus à la Flottille ? Par Thibault Lamidel

Thibault Lamidel fait un rapprochement entre l'affaire de "la flottille" et l'Exodus. Encore une fois, je précise que ses propos n'engagent que lui. Nota: ce billet a été rédigé le 2 juin, et est donc antérieur à l'interception du navire affrété par une organisation irlandaise.

En ce lundi 31 mai, une flottille de navires hétéroclites a été interceptée par l'armée israélienne dans les eaux internationales. Cette opération pose des problèmes juridiques dont est coutumier l'État israélien. Et ce, sans compter les questions tactique, stratégique et diplomatique. De plus, cet épisode nous rappelle celui de l'Exodus de 1947.

Une action illégale israélienne

Ce n'est pas la première opération israélienne dans les eaux internationales. Pour rappel, la limite du domaine maritime d'un état est de "12 miles nautiques" (un peu moins de 24 km). Et à ne pas confondre avec la Zone Economique Exclusive de 188 miles nautiques supplémentaires (12 + 188 = 200 miles). La marine israélienne a donc cette habitude d'intervenir "haut". Comme le rapporte Libération en novembre 2009 :
Un commando de la marine israélienne a pris d’assaut le cargo battant pavillon d’Antigua «à environ 100 milles nautiques (180 km) des côtes israéliennes», a affirmé une porte-parole militaire.
Il ne faut pas confondre "morale" et "droit international". La problématique ne se pose pas quand il s'agit d'intercepter des armes en haute mer qui auraient été destinées au Hamas. Mais concernant l'affaire de la Flottille, la difficulté juridique apparaît. Au nom de quel droit Israël peut intervenir en dehors de ses eaux territoriales ? Aucun. En l'état actuel des choses, seul un acte de piraterie permettrait à un état d'intervenir au-delà des 12 miles. Au vu des évènements, c'est Israël qui pourrait être accusé de piraterie. Donc, rien ne lui donne le droit à Israël de mener de telles actions ni de détenir des prisonniers ou de les interroger. D'où les nombreux appels d'Etats à récupérer leurs ressortissants. C'est presque de l'enlèvement de les détenir, vu qu'ils "n'ont rien fait d'illégal".

Un désastre tactique

Quelque part, nous avons tous été choqués par ces images. Des commandos israéliens qui descendent en rappel un par un sur les navires. Et surtout sur le fameux cinquième navire où tout a dégénéré. Un hélicoptère dépose les hommes, un autre filme. Et à aucun moment, les attroupements de personnes, voire la présence "d'armes", n'inquiète. Il est permis de douter de la surprise tactique israélienne. Car si un hélicoptère de la Gendarmerie française peut voir à plusieurs kilomètres les détais d'une zone ciblée, on doute que les israéliens aient pu être aussi "aveugles". Et donc, comment expliquer ces hommes qui descendent les uns après les autres et qui se font littéralement massacrer ? Sur le journal de 13h de France 2, Christian Poutreau (fondateur du GIGN) commente ces fameuses images de l'armée israélienne. Sa mine déconfite illustre très bien son sentiment : c'est un fiasco.

Une gestion d'ensemble calamiteuse

Israël savait à l'avance les intentions de la flottille si l'on croit le billet d'Egea. Assez pour tenter de causer des avaries à au moins deux navires de la flottille pour les empêcher de prendre la mer. Dès lors, il existait une certaine "profondeur stratégique" pour voir venir la chose. Les autorités israéliennes auraient négocié régulièrement avec la Flottille pour éviter qu'elle force le blocus. En proposant de décharger la cargaison ailleurs. Le refus persistant aurait dû alerter. La volonté était de briser le blocus imposé à la bande de Gaza depuis l'élection du Hamas (au passage, il convient de signaler que c'est suite à une élection démocratique., dont le résultat n'a pas plu). La petite flotte se rapprochant de son but, et comme le signale Egea, pour tenir le blocus (et éviter les conséquences de son abandon), il fallait imaginer des moyens coercitifs. Et donc, intervenir en haute mer n'était pas à exclure (vous avez entendu la "bronca" générale s'offusquer de cette intervention hors eaux territoriales ?). Et à partir de là, survient le trouble. Pourquoi, quitte à utiliser la force étatique, ne pas avoir immobilisé les navires ? Christian Poutreau se demandait sur France 2 en ce jour pourquoi la passerelle des navires n'avait pas été ciblée en premier. Peut-on parler de gestion professionnelle de l'affaire ?
Au final, face à une Flottille qui n'a cessé de faire preuve de sa détermination, quitte à aller aux mains (voire aux armes, si on peut appeler "armer" des sacs de billes et des lance-pierres...), l'intérêt aurait été de ne pas y répondre. Un état comme Israël avait quelques moyens de calmer le jeu (avarie provoquée sur les navires (hélice, gouvernail), attaque de la passerelle...).

Des conséquences stratégiques inédites

Qui que soient les instigateurs de cette initiative "humanitaire", l'affaire tombe très bien pour mettre l'Etat israélien dans une position difficile. Israël est depuis l'opération Plomb Durci brouillée avec la Turquie. Depuis l'arrivée d'Obama les négociations sur l'arrêt de la colonisation israélienne en Cisjordanie sont un échec complet. Et les deux alliés sont en froid. On nous assure régulièrement du contraire. Et il est vrai que les Etats-Unis ont encore sauvé Israël d'une condamnation à l'ONU. Mais la position devient intenable. Israël est condamnable à plus d'un titre. Un piège a été tendu, et tout ce qui pouvait arriver de pire est arrivé. Rien ou presque ne peut être repproché à la Flottille. Par contre, tout est raté dans la conduite israélienne de l'affaire. Egea fait bien de noter que l'Etat israélien avait tout intérêt à ce que le blocus soit "sauvé". Mais l'isolement israélien est inédit. Il dure, continue à être condamné. Et au vu des résultats produit, comment ne pas penser qu'une telle opération ne sera pas retentée ?
De plus, un parallèle n'aurait pas encore été fait. La diplomatie israélienne dit le plus grand mal de cette intiative humanitaire. Et pourtant, c'est presque une situation ironique.

L'Exodus

En 1947, un vieux cargo rebaptisé "Exodus" transporte des rescapés des camps vers la Palestine alors sous mandat britannique. Les Britanniques refusent au navire de débarquer. L'Exodus est intercepté à 27 kilomètres des côtes palestiniennes (la convention de Montego Bay (droit de la mer, eaux territoriales et ZEE) de 1982 n'était naturellement pas encore en vigueur). Le navire parti de France est alors renvoyé d'où il vient. Grève de la faim à bord en signe de protestation, retour difficile et émotion internationale. Il est souvent admis que cette affaire joua un rôle significatif dans la reconnaissance de l'Etat israélien par la Communauté internationale.

La similitude est troublante. Elle n'est pas en tout point similaire puisque les britanniques étaient "l'autorité légale" en Palestine alors. Ce qui n'est peut-être pas le cas pour Israël qui fait le blocus de la Bande de Gaza. D'ailleurs, soit dit en passant, peut-on faire le blocus d'un territoire sans Etat ? La "brutalité", ou le manque de maîtrise des conséquences de l'utilisation de la force étatique dans le règlement du piège tendu a suscité l'émotion internationale. De là à dire qu'un Etat palestinien sera bientôt reconnu, il y a un pas à peut-être ne pas franchir.

Confirmation d'un mouvement ?

Au final, c'est un problème à long terme pour Israël. L'opération Plomb Durci dans la Bande de Gaza a laissé des traces comme en témoigne la position turque par exemple. Avec ce nouveau coup d'éclat, Israël pourrait définitivement passer pour le "méchant" pour une longue période. Celui qui ne veut pas la paix. Le président de l'autorité palestienne, Abbas, a bien fait de signaler qu'il n'arrêtera pas les négociations. Son acte pourrait confirmer une "honorabilité" palestinienne. De là à dire que les tirs de roquette cesseront pour ne pas casser cette "image internationale" de la cause palestinienne, il y a encore un monde. Cependant, on observe que le front du refus de la politique américaine au Proche-Orient s'élargit. La Turquie rejoint les diplomaties syrienne et iranienne. Peut être que le Brésil prendra une position à mi-chemin des Etats-Unis et de l'Europe et pas trop proche de l'axe Téhéran-Damas. L'Europe est sous la pression de ses contradictions. Et les Etats-Unis ont de moins en moins de troupes. Wait and see...

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mercredi 26 mai 2010

Puissance maritime

Olivier Kempf pose la question sur son blog :

une puissance est-elle forcément maritime ?

Trafalgar


Cela me rappelle la citation de Richelieu, dans son Testament politique :

La puissance des armes requiert on seulement que le roi soit plutôt fort sur la terre ; mais elle veut en outre qu'il soit puissant sur la mer.
On se souvient que le cardinal, à l'époque de la constitution du premier espace colonial français, et donc des débuts de l'ouverture à une certaine forme de mondialisation, fut le premier à centraliser les décisions maritimes, à créer une marine de guerre suite au siège victorieux de La Rochelle... Un peu tombée en arrière plan sous Mazarin, la marine française connaîtra un nouvel essor avec Colbert qui verra bien le lien entre puissance maritime et finance.

Napoléon, depuis Saint-Hélène, avouera presque deux siècles plus tard, certainement encore chatouillé par les misères infligées par un Horatio Nelson à la flotte française :

J'ai passé tout mon temps à chercher l'homme de la marine

Pour une petite réflexion sur le rôle joué par la Royal Navy dans la puissance du Royaume-Uni au XIXème siècle, pays maritime s'il en est, je renvoie à Res Militaris de Michel Goya (chapitre "Pour le meilleur et pour l'Empire") qui rappelle notamment cet extrait de Rule Britannia! :

Rule, Britannia! Britannia, rule the waves

Voir également les articles du blog consacrés à la marine.

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mercredi 12 mai 2010

"Corvette Hermès, BATSIMAR et stratégie des moyens maritimes" par Thibault Lamidel



Ces derniers temps on fait la promotion massive du lancement de la frégate Aquitaine, tête de série du programme FREMM (Frégates Européennes Multi-Missions). Il est étonnant de célébrer un échec financier. Pour rappel, le prix unitaire a presque doublé (de 380 à 630 millions d’euros) pour un nombre de navires ramené de 17 (ou 19 selon l’époque) à 11. Il faut tout de même remarquer qu’en plein choc financier, où tout coule, personne ne pointe ce genre de dérapage (alors que le programme BPC avait été exemplaire, ou presque). La DGA nous expliquera que l’on ne sait ni lire, ni compter… On lui répondra pour couper court au débat qu’on s’étonne très sincèrement qu’elle traverse les « ratés » de conduite de programme, dont elle a la charge, sans être inquiétée le moins du monde (NH90, A400M, FREMM, Horizon…) !


Donc nous voici avec le début de la fin d’un programme FREMM. Les frégates devraient se construire les unes après les autres. La Marine devrait disposer d’un renouvellement partiel de ses frégates. Il restera à remplacer les La Fayette vers 2020 – 2025 (non, le programme FREMM n’aurait pas pu les prendre en compte…). Et il faudra cacher vers 2015 – 2017 que les deux FREDA (Frégate Européenne de Défense Aérienne, version AA du programme FREMM) coûteront aussi cher que les Horizon 3 et 4.


Un malheur n’arrivant jamais seul, cette cérémonie de « révélation » (pas de la catastrophique gestion des programmes, juste de la coque…) a permis de montrer l’état d’avancement du nouveau projet de DCNS : fournir une corvette de classe Gowind baptisée Hermès à la Marine Nationale pour trois ans. Pourquoi une telle proposition sur fonds propres ? L’entreprise souhaite se placer sur le marché que va créer le programme BATSIMAR. Les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN) sont aussi sur les rangs avec la Vigilante 1400 CL79. Et je m’étonne que les Constructions Industrielles de Méditerranée (CNIM) ne se fasse pas plus remarquer après leur spectaculaire engin de débarquement LCAT.

Les questions sont de savoir : quel est ce programme BATSIMAR ? Il pose la question des moyens, et donc, ne peut être que critiqué dans les circonstances actuelles. Il faudrait d’ailleurs, pour comprendre ce programme, ressortir quelques constats de stratégie navale qui servent encore. Et peut être voir que le problème est peut être bien plus grand qu’un simple programme d’armement. Enfin, je dirais si je suis pour ou contre la prétention de DCNS, et à travers elle, l’existence actuelle de BATSIMAR.


BATSIMAR


Un acronyme pour remplacer les « Bâtiments de Surveillance et de d’Intervention Maritime ». De quoi parle-t-on ? Le Sénat nous répond en 2009 (http://www.senat.fr/commission/fin/pjlf2009/np/08/082.html) :

« La Marine Nationale dispose actuellement d'une vingtaine de patrouilleurs [10 P400, l’Albatros, Arago, 3 OPV54, Grebe, Sterne et deux patrouilleurs Athos d’après la nomenclature de netmarine en 2008] répartis pour moitié en métropole et outre-mer. Âgés pour la plupart de plus de vingt ans, ils seront remplacés à terme par un bâtiment de surveillance et d'intervention unique «BATSIMAR» [qui] devrait commencer en 2012 [plutôt 2015 dorénavant].

« Pour tenir compte de la nature des missions (lutte contre les trafics, police des pêche, lutte contre la pollution, secours maritimes), des besoins croissants de surveillance et d'intervention dans les zones exclusives économiques (ZEE) , de la nécessité d'agir souvent loin de nos côtes, le plus en amont possible des menaces et de s'affranchir au mieux des contraintes météorologiques, qui limitent l'action des petits bâtiments, la marine a exprimé le besoin d'un bâtiment de haute mer, endurant et autonome, capable d'une vitesse de transit suffisante, apte à accueillir des commandos et à mettre en œuvre les moyens habituels d'intervention (hélicoptère ou drone et drome [ensemble des embarcations d’un navire]).

« Pour satisfaire ces exigences, ces bâtiments devraient déplacer environ 1000 tonnes, ce qui est sensiblement supérieur à la plupart des patrouilleurs actuels et comparable avec les avisos A69 en service. Ceux-ci, après une réduction de leurs capacités militaires, pourront être utilisés comme bâtiment de sauvegarde maritime en attendant la livraison des BATSIMAR.

« Le tonnage d'un bâtiment n'entre que pour une partie dans son prix d'acquisition Comme l'ont montré les programmes récents BPC ou Dupuy de Lôme, un bâtiment plus gros n'est pas forcément plus cher à l'achat et peut s'avérer plus économique en entretien, sa taille facilitant les opérations de maintenance (facilité de démontage et d'échange standard, réduction des coûts de main d'œuvre). »


Crédit : DCNS


Critiques de BATSIMAR


La définition du programme n’a pas beaucoup évolué. Et pourtant, dès 2009, des choses se sont passées. Par exemple, les frégates La Fayette sont passées du second au premier rang. Et les avisos A69 (actuellement transformés pour terminer leur carrière en patrouilleurs hauturiers) du premier au second rang. A ce jeu des chaises musicales, il faudrait pouvoir s’y retrouver : les avisos seront-ils remplacés par des navires issus de BATSIMAR ? Répondons par oui. Et pourquoi ? Le Sénat a la parole : « ils [les patrouilleurs] seront remplacés à terme par un bâtiment de surveillance et d'intervention unique ». A ce moment là, il reste un épineux problème : quel avenir pour les frégates de surveillance Floréal ? Ce sont de « gros P400 » ou autre chose dont le rôle est à définir ? Le Sénat et le Livre Blanc ont la parole : « … ». Merci… La définition matérielle du programme est donc bien maigre. Le programme FREMM aurait pu être l’occasion de régler le sort des avisos, Floréal et LaFayette. Le remplacement de ces dernières laisse songeur. Mer et Marine avait pu poser la question en son temps : Et si on remplaçait les La Fayette par des FREMM ?


Le problème est de taille pourtant. Car là où BATSIMAR cible 18 navires, la réalité est que, pour les missions dites de « police », la Marine compte environ une trentaine de navires (autour de 34). Et c’est sans compter sur les moyens de la gendarmerie maritime (et des Douanes) !


Le débat sur la sauvegarde des ZEE est presque « secret ». Il faut compter ce programme BATSIMAR d’un côté, et la volonté de créer une fonction « garde-côtes » de l’autre. In fine, certains (dont moi) avancent qu’il faudrait donner à la Marine le « monopole de l’intervention en Mer ». Et donc placer tous les navires effectuant de telles interventions sous son autorité. D’où la création d’une fonction, et non pas la création d’un corps de garde-côtes. Les préfets maritimes coordonneraient les interventions en Mer mobilisant plusieurs administrations (non, je ne dévoile pas à l’avance la création de GIR maritime).


Pour revenir à la partie matérielle du programme, il y aurait donc le besoin de faire une distinction claire et nette entre frégate de combat et patrouilleur hauturier, et entre patrouilleur hauturier et côtier.


La stratégie navale ? Frégate et Croiseur ?


De quoi parle-t-on au juste ? On parle de navires qui vont faire respecter l’autorité de l'État français sur « ses » mers, ses territoires maritimes. On est dans une mission de souveraineté maritime. Ou, pour parler stratégie navale, on pourrait parler de « domination maritime ». La France doit faire reconnaître cette domination. Cela rappellera peut-être à certains les tactiques de blocus. Quand Nelson (ou tout autre amiral anglais de la Royal Navy) faisait le blocus d’un port français, il utilisait deux types de navires. Les frégates ou croiseurs qui devaient patrouiller devant le port pour interdire toute sortie et tenir le blocus. Au large, la flotte de guerre se tenait prête sur toute alerte venant d’une frégate à intervenir pour écraser la flotte bloquée.


Pour la souveraineté de l'État en mer, nous sommes un peu dans la même logique. La France fait le blocus de ces zones à tout profit économique étranger. Elle doit donc avoir des frégates ou des croiseurs (au sens anglais du terme donc, « to cruise » ou croiser…) pour patrouiller sur ces zones. Ces navires doivent avoir un armement de souveraineté. C’est-à-dire qu’un navire civil ne doit pas pouvoir lui contester le monopole de la force française sur les ZEE françaises. Seul un navire militaire doit pouvoir le faire. De là, on devrait pouvoir faire la différence entre un navire de combat et un navire de patrouille. A ce moment là, on devrait pouvoir définir où se trouvent les Floréal.


Mais le problème est un tantinet plus complexe. Il faut voir la France comme un archipel : métropole, Antilles, Réunion, Kerguelen, Îles Éparses, Clipperton… Il y a donc ces « îles » à protéger, autour desquelles patrouiller… Et toutes les étendues maritimes dépourvues de terre ! Il faut donc pouvoir faire de la patrouille côtière qui nécessite peut être une certaine agilité. Et de la patrouille dite hauturière, d’endurance.


CNIM, concepteur du LCAT, a constitué tout une gamme de navire autour de son concept de catamaran (le site CNIM renvoie à l’article de Mer et marine). Dont le Multi Purpose Vessel qui, en l’état des informations, est à cheval sur le programme BATSIMAR et sur celui de remplacement des BATRAL (voir netmarine). Peut-être vers une offre ?


La nécessité d’une stratégie navale et maritime


Le programme BATSIMAR voit le verre à moitié vide ou à moitié plein. Presque la seule moitié des « patrouilleurs » de la Marine sont concernés. Sans compter qu’on ne définit pas le besoin de patrouilleur côtier. Le livre blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale parle d’une « fonction garde-côte » dont l’une des options serait la mainmise de la Marine Nationale sur tout ce qui vogue en Mer. Et encore mieux, l’une des nouvelles tendances doctrinales dans la guerre navale est la « guerre littorale ». Ce qui voudrait dire que certains navires dédiés à des missions de police pourraient servir éventuellement à des missions de guerre. C’est encore une chose à définir.


A l’heure qu’il est, le Portugal fait étudier son dossier pour agrandir son domaine maritime selon les modalités définies par la convention de Montego Bay. Le gain pourrait être de 2 millions de km². La Russie et la Norvège ont récemment réglé un différent concernant une « zone grise ». En toile de fond, c’est la bataille pour le contrôle de l’Arctique qui se poursuit. La France mène discrètement une campagne similaire à celle du Portugal pour étendre ses possessions autour des Kerguelen. Pourquoi une telle frénésie ? Il est vrai qu’il est plus facile d’étendre son domaine sur mer que sur terre.


Mais pourquoi donc ? Peut être parce que les mers renferment des richesses convoitées depuis plus d’un siècle : pétrole, minerai, gaz, ressource halieutique… Et que même l’exploitation de ces richesses est sujette à création de richesse : flotte de commerce, arsenaux, chantiers, pêche, prospection minière, tourisme, écoles maritimes… Et pour les sauvegarder, il faut contrôler la mer.


Il faut donc définir la stratégie générale : pourquoi a-t-on besoin d’une Marine ? Il faudra rappeler que c’est pour protéger nos intérêts économiques. Et quels sont ces intérêts.


Il faudra parler de la « stratégie des moyens » : quel volume de moyen ? Quelle organisation ?


En fait, c’est toute la puissance de la « Mer » qu’il faudrait pouvoir dompter. De la Marine de Guerre à la plaisance. Et ce ne serait pas de trop, après un « livre bleu », que de recréer le « Ministre de la Mer ». Une personne qui ferait la passerelle entre les différents ministères et administration, qui coordonnerait la stratégie générale. Oui, vraiment, tout reste à faire ou à refaire…


Pour ou contre la corvette Hermès ?


Cette corvette coûterait environ « 30 millions » d’euros. C’est un chiffre « nu » (peut être sans armement) et non-officiel. Mais, c’est peu de dire que cela tranche avec le prix d’une frégate (de 400 à 800 millions d’euros) ! Si on suit le programme BATSIMAR il faudrait 540 millions d’euros pour les 18 navires ciblés pour le renouvellement envisagé.


Personnellement, je suis un très grand adepte de Colbert. L’un de ses plus grands succès a été de standardiser les classes de navires. C’était l’esprit du programme FREMM où l’on visait presque la frégate unique. Alors, logiquement, je viserais le patrouilleur hauturier unique. Donc, pour remplacer les 34 patrouilleurs (ceux précités plus les avisos et les Floréal), je le ferais faire par un modèle unique (et dans le cadre d’une distinction réfléchie entre patrouille hauturière et côtière). Donc 34 navires Gowind (ou autre modèle restant dans cette gamme de prix) pour un coût d’un milliard d’euros environ.


L’intérêt serait de disposer d’un grand nombre de navires pour tenter d’assurer enfin la présence de l’Etat en mer. Il faut voir que ce serait, par exemple, 34 plate-formes pour hélicoptères et commandos à travers la planète, ce qui n’est pas rien en cas d’urgence (piraterie) ! C’est aussi la sauvegarde de richesse dont le bénéfice est difficilement chiffrable. Ce qui l’est, en revanche, ce sont les gains qu’entraînerait une classe unique de patrouilleurs : diminution du coût d’achat, des frais de développement, du nombre de marins (inhérente à un navire plus moderne, pas à un modèle unique), diminution des frais d’entretien (une seule chaîne logistique), de formation… .


D’ailleurs, revenons sur le nombre de marins constituant l’équipage. Hermès, 30 marins… Et la proposition des Construction Mécanique de Normandie, Vigilante 1400 CL78, c’est 20 marins ! Une différence de 10 postes sur 18 navires c’est bien 180 postes de différence. C’est presque deux équipages de FREMM… Sans compte que pour les curieux qui iront là (http://www.cmn-group.com/pageLibre000111e8.html), la Vigilante semble plus performante en tout point. Une différence de prix ? Le prix d’achat ne constitue pas grand chose face au coût de l’équipage (environ 40% du coût d’utilisation). Une chose dont certains ont toujours évité de parler, c’est que le programme FREMM « s’autofinançait » en partie par la simple suppression de postes qu’entraînait le changement de navire. Ce pourrait être la même chose pour les patrouilleurs.


Alors, dans l’état actuel des choses, si l’on continue vers la stratégie de « micro-flotte » et la multiplication du nombre de classes différentes, je suis contre. Si l’on ne considère pas mieux la taille de l’équipage, je suis contre ! A un navire-fonction, une classe unique ! Une classe de porte-avions, une classe de frégates, une classe de sous-marins et une classe de patrouilleurs ! Rien de plus, rien de moins. Cette psychorigidité a apporté beaucoup en son temps à Colbert. Et je pense qu’une partie des dérapages financiers de la Marine vient du manque de rigueur dans la conduite des programmes et la multiplication du nombres de classes de navires. Le prix réel de la FREDA viendra bientôt apporter sa réponse. Si elle est aussi chère qu’une Horizon, elle sera inutile. Si c’est un gain d’avoir une FREMM AA, alors on pourrait aller plus loin que deux exemplaires.


In fine, il faudrait peut être un statut naval…

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lundi 26 avril 2010

BPC Mistral : la Russie a pris sa décision

Selon RIA Novosti, qui rapporte les propos de Mikhaïl Dmitriev, directeur du Service fédéral russe de coopération technique et militaire, la Russie a enfin pris la décision définitive d'acquérir des BPC Mistral d'ici à la fin de l'année 2010 :



Nous nous attendons à ce que le contrat d'achat de porte-hélicoptères de type Mistral soit signé avec la France d'ici la fin de l'année

Crédits : RFI

L'article ne précise pas l'état des négociations sur la localisation de la construction, les Français souhaitant fabriquer deux des quatres navires, alors que les Russes préfèrent en acheter un seul en provenance de France et construire les trois autres sous licence. Donc si la volonté politique est bien là, il reste encore de nombreux points à régler. A Paris, on reste confiant sur le fait que tout pourrait être terminé pour septembre 2010, ce qui permettrait une livraison rapide du premier exemplaire clés en main, dès 2011.


Ce time-to-delivery réduit semble avoir joué dans la décision de la Russie. Comme l'indiquait également RIA Novosti, le Consortium unifié de constructions navales, principal groupement de constructeurs russes, consulté par les dirigeants politiques, avait été clair sur le fait qu'il ne serait pas possible pour la Russie de s'équiper si rapidement par elle-même.


Avec un coût unitaire de 400 à 500 millions d'euros, le contrat pourrait dépasser le milliard d'euros, le prix d'une construction sous licence étant moins élevé que celui de l'achat d'un Mistral construit par la France.


Au sein de l'OTAN, cette vente fait des remous. Alors que la Géorgie et les états baltes avaient contesté son bien fondé, les Etats-Unis ont récemment proposé à la France d'étudier ensemble, ainsi qu'avec d'autres membres européens de l'Alliance, les conséquences d'un tel marché. On se souvient que des officiels des USA avaient évoqué les risques pour la stabilité régionale, craignant une utilisation par la Russie pour améliorer sa force de projection dans la zone, et non plus au Sud-Est.

Voir également :

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lundi 15 février 2010

"Le Brésil est à la France ce que l'Australie ne sera pas à l'Espagne", par Thibault Lamidel (Deuxième Partie)

Suite à son article sur le partenariat franco-brésilien, Thibault Lamidel nous livre ici en comparaison une petite analyse sur le couple Espagne-Australie, avec en toile de fond l'influence américaine sur ces deux pays.


Le partenariat hispano-australien



Le couple royal espagnol en visite en Australie, en juin 2009


Paradoxalement, ou pas comme nous le verrons, notre étude sur les relations entre Espagne et Australie commence par un petit mot sur les États-Unis, avec lesquels la marine espagnole entretient des liens depuis les années 70 au moins. Un des exemples les plus illustratifs en est le porte-aéronef Principe de Asturias, issu de plans américains de porte-avions d'escorte (imaginé par l'amiral Zumwalt) rachetés par l'Espagne. Mais ce n’est pas un cas isolé. De ses F-18 Hornet en passant par ses Harrier ou ses hélicoptères Sikorsky. Ou encore les frégates O.H. Perry, également acquises auprès des USA pour sa marine. L’Espagne fait largement confiance au complexe militaro-industriel américain.

S'adresse-t-elle pour autant exclusivement au géant transatlantique ? Il faut mentionner tout de même la participation historique de l’Espagne à la constitution d’EADS via Casa. C’est en Espagne qu’est actuellement assemblé l’A400M. Les relations avec la France, en particulier, sont assez anciennes. On peut citer classiquement la vente de Mirage III et F1 et la construction locale de sous-marins Agosta. Mais le cas du Scorpène qui devait témoigner d’un approfondissement des liens sera plutôt le témoignage que le choix stratégique premier est en faveur de l'Amérique (à l’image d’autres nations européennes). L'Espagne a donc dorénavant un sous-marin de « conception nationale », le S80. Et c'est par l'Australie qu'elle a commencé a trouver des débouchés.


Un divorce lourd de sens


Il était convenu que les S-80 espagnols soit dérivés (dans une certaine mesure) du Scorpène, donc du partenariat politique entre la France et l'Espagne. Il n'en fut finalement rien puisque pour certains éléments stratégiques du navire le choix se porta sur des industriels américains. Comment DCNS pouvait-il avaler l'affront ? Ce n'est pas une simple question d'orgueil. L'Espagne a refusé le système français MESMA qui avait besoin de références supplémentaires pour s'imposer face aux Allemands principalement. C'était une réalité que Madrid a dû prendre en compte. Encore plus quand elle a choisi le Tomahawk américain face au Scalp naval qui en est le premier équivalent européen. C'est donc en plus d'une simple querelle commerciale et industrielle, une absence de participation espagnole à un partenariat de plus long terme.


Le tropisme australien


Il fut vite trouvé. L'Espagne participait en même temps que la France au programme de navire amphibie pour l'Australie. Ce genre de navire ne faisait pas partie des relations entre nos deux pays étudiés.

Certes. Mais le résultat fut surprenant. Alors que la France proposait la construction locale des deux navires, l'Espagne remporta le contrat avec construction en Espagne. L'explication couramment admise était que l'Espagne avait proposé son modèle de destroyer anti-aérien dans le cadre d'une offre globale regroupant les deux marchés.

Soit. Mais dans les détails la chose est troublante. La France proposait un navire qui faisait ses preuves et qui existait. L'Espagne n'avait rien de plus que des plans en trois dimensions alors qu'il est souvent admis qu'un armement virtuel n'a que peu de chance d'être choisi. Et pourtant, cela ne l'a pas empêchée de remporter la vente. La France ne pouvait proposer ses frégates Horizon à 800 ou 900 millions d'euros pièce. Bien que le prix soit à relativiser face à une construction d'une série portée de 2 à 5 navres. On ne sait même pas si l'offre fut faite.

Ce qui est certain, c'est que l'Espagne a joué finement. Plusieurs de ses ministres sont passés par l'Australie pour soutenir l'offre. Son croisement des deux marchés était également une très bonne idée.


L'Australie, pierre angulaire de l'intérêt des États-Unis dans le Pacifique


Il suffit de se pencher sur les contrats d'armement de l'Australie pour comprendre. Son choix, par exemple, de s'associer au programme JSF (les Australiens auraient aimer comme les Japonais disposer plutôt du F-22, les États-Unis ont souhaité privilégier le JSF et garder le Raptor pour leur avantage exclusif. Mais avec l’arrivée d’un chasseur russe tentant de devenir l’équivalent du F-22, le JSF fera-t-il le poids ?) permet d'avancer sans trop se tromper que le positionnement stratégique profond de l'Australie est du côté américain. C'est son choix. Elle a dû être aidée par son chef d'Etat britannique et son positionnement géographique surtout.

Mais cela pourrait également expliquer une partie du succès ibérique en Australie. Les États-Unis ont sûrement souhaiter privilégier l'Espagne. C'est un choix somme toute logique puisque les États-Unis dans leur position d'hyperpuissance doivent assurer leur leadership. C'est naturel, qui ne le ferait pas ? L'Amérique ne pouvait qu'utiliser la stratégie britannique dite « de l'équilibrage » qui consiste comme son nom l'indique à équilibrer les puissances sur le Vieux Continent. C'est avec raison qu'elle ne pouvait qu'aider l'Espagne à limiter le poids naval de la France. On peut donc estimer que les deux contrats australiens sont la résultante de cette volonté.

Pour les Etats-Unis c’est aussi un ensemble de partenariats qui s’inscrit dans le projet « d’arc des démocraties ». C’est le sénateur McCain, candidat républicain malheureux à la présidentielle américaine de 2008, qui a popularisé ce concept. Si l’on regarde une carte centrée sur un cœur asiatique autour du couple Russie/Chine, on peut observer que l’Australie et le Japon sont les avant-postes stratégiques de la puissance américaine dans le Pacifique. Mahan affirmait qu’il était vital pour les États-Unis de disposer d’un dispositif militaire dans les îles hawaïennes. Aujourd’hui ce rôle serait plutôt celui de l’Australie et du Japon, en première ligne face à la Chine. Pour ne pas laisser à cette dernière une hégémonie sur les routes commerciales du sud-est asiatique, le partenariat stratégique dit de l’arc des démocraties s’étend jusqu’à l’Inde. Singapour étant, comme toujours, une « base » faisant la liaison entre le premier dispositif et cette dernière.

Nous reviendrons plus longuement dans un autre article sur ce nouvel endiguement.


Les 12 apôtres et le facteur chance


L'Australie souhaite renouveler sa flotte de sous-marins. C'est un choix naturel s'il existe un consensus politique pour maintenir une telle capacité et donc la rajeunir quand le besoin est.

La position politique affirme que le sous-marin est important pour la défense du territoire maritime australien. Et que le développement de cette arme en Asie du Sud-Est ne peut pas laisser indifférente la marine royale australienne. Une étude est actuellement menée pour déterminer si le format à six sous-marins est suffisant. Les premiers résultats indiqueraient que pour continuer à peser sur mer il faudrait doubler ce nombre. Le choix de la propulsion nucléaire a été écarté.

C'est donc un marché de douze unités qui se dessine dans ce coin du monde. Les cartes sont posées. Les Français sont certes présents en Australie et ont même des participations locales (Thalès Australia). Mais si le postulat d'un équilibrage européen est bien vrai alors on peut douter des chances françaises de remporter ce contrat. La France, voire l'Allemagne, pourraient certainement s'en passer. L'Espagne n'a toujours pas eu de débouché pour son S-80. Après la rebuffade turque il lui faudrait une référence étrangère. Il ne lui reste donc que l'Inde (six nouvelles unités) et l'Australie. Bien que les Etats-Unis soit engagés en Inde ils ne peuvent peser sur la décision autant qu'ils le voudraient. L'Inde est dans la même position stratégique que le Brésil. Contrairement à l'Australie dont il est plus facile de guider les pas puisque cette dernière demande presque le chemin à suivre.


L'Histoire ne s'écrit pas, Elle écrit


Il faudrait pouvoir se pencher longuement sur l'état des forces sous-marines australiennes mais ce n'est pas l'objet de cet article. La flotte actuelle est composée de six sous-marins diesel-électrique de la classe Collins. Ils ont été construits localement à Port Adélaïde sous transfert de technologie suédoise de la firme Kockums. Ils ont été mis en service entre 1996 à 2003. Pour résumer la qualité du dispositif, il faut dire que c'est tout simplement une catastrophe. Tout ce qu'une flotte peut redouter, hors le naufrage (et encore...), s'est produit pour l'arme sous-marine australienne : recrutement déficient, matériel en panne, disponibilité défaillante... Une des causes admises en Australie en est l'état de l'industrie de défense locale.

Ce qui permet de basculer sur un questionnement. L'Australie propose un marché plus que durable de 12 unités. Ce qui permet bien des efforts pour abattre les difficultés les unes après les autres. Même s'il sera difficile de compenser toutes les faiblesses actuelles. Si l'industrie sous-marine australienne a besoin d'être réorganisée il faut une expertise. D'autant plus qu'elle n'a pas construit de sous-marin depuis des années. Et ceux qu'elle a construits sont « ratés ». Il faut pouvoir s'investir sur le long terme et avoir un produit lui-même exempt de « gros défaut ». Ce qui n'est pas le cas du S-80 puisqu'il ne navigue pas. Il naviguera sûrement lors de la formalisation du marché. Mais le fera-t-il sans défaut majeur ?

C'est là que le facteur chance intervient. La France a un produit de qualité. De plus, elle a l'habitude des transferts de technologies. Si l'exemple de l'Inde n'est pas brillant, en raison de problèmes typiquement indiens (la corruption et les lenteurs des procédures sont régulièrement dénoncés par tous), les références brésilienne et pakistanaise (pour les plus actuelles, l'Espagne étant aussi une référence française pour la génération précédente) font une très belle carte de visite que n'a et n'aura pas l'Espagne. Le chantier australien s'annonce difficile. Est-ce que le gouvernement australien, après une génération de matériel désastreuse, est prêt à revivre (peut-être) la même chose ?


Le choix de la République impériale américaine


L'Espagne sait avoir un positionnement pragmatique. Cela lui a permis de récupérer des marchés qui ne pouvaient l'être par Washington. Et que les USA ne voulaient pas voir échoir à d'autres, pour équilibrer leurs rivaux et fidéliser leurs alliés. C'est donc un creuset d'opportunités que l'Espagne a trouvé là et qu'elle n'aurait pas eu en faisant un autre choix stratégique.

Seulement, ce choix est à double tranchant. Là où on ne lui amène pas des opportunités, elle se trouve démunie pour en débusquer ailleurs. Et il faut presque que l'Espagne ait un feu vert pour trouver des marchés. Elle est comme suspendue au desiderata de l'impérium américain. Et en plus, l'Espagne a un catalogue somme toute limité. La France lui fournit le S80. Mais que peut-elle exporter d'autre ? Elle peut faire mal sur les navires de surface. Mais de l'aveu même de l'ancien PDG de DCNS ce sont des navires à moindre valeur ajoutée (par rapport à ce que peut rapporter comme bénéfice la vente d'un sous-marin). L'Espagne n'a donc que la navale de surface militaire pour se développer à l'export. Pas de char, pas d'avion, pas d'électronique. Elle n'ira pas bien loin toute seule.


En guise de conclusion


Nous avons donc vu deux choix stratégiques faits par la France et l'Espagne. Les « tailles » de nos deux pays ne sont pas les mêmes. Il faut bien l'avouer et le reconnaître.

Le choix espagnol serait pertinent s'il ouvrait la porte de « marché spéciaux » comme par exemple Taïwan. Un temps on présentait l'avènement du S80 comme une façon pour les Etats-Unis de fournir l'île nationaliste en sous-marins. Les Espagnols doivent l'espérer eux aussi. Aujourd’hui encore les Etats-Unis ont l'intention de signer un nouveau contrat d’armement incluant notamment des systèmes anti-missile Patriot mais toujours pas de sous-marin. Aucune réaction espagnole ou autre pour faire une proposition. La Chine « pèse ». En attendant, l'Espagne reste limitée par la faible profondeur de son catalogue de matériel à exporter. Et elle n'a pas encore prouvé qu'elle pouvait se créer des opportunités. Encore moins dans le cadre d'une stratégie bien définie. Et par son divorce avec la France elle s'est fermé des portes en Europe.

A contrario, la France a trouvé un partenariat plein d'avenir en Amérique latine qui pourra combler de façon aisée la déception espagnole. La stratégie d'indépendance technique et technologique lui donne les moyens de trouver des débouchés que d'autres ne peuvent se créer. Le Brésil en est un grand exemple. Ses relations avec les grandes et petites puissances émergentes ouvre le champ de ses possibilités.

Ce sont donc deux « mondes » qui s'affrontent. D'un côté le système d’alliance tissé par les Etats-Unis autour de ses fidèles alliés stratégiques. De l'autre les puissances émergentes, dont certaines ne s’interdisent pas d’entretenir des rapports fructueux avec Washington, qui sont soutenues activement par la France notamment pour tenter d’atténuer la puissance américaine. Ce n’est pas un choix uniquement fait par notre pays. A bien des égards on peut considérer que les politiques russe et allemande s’inscrivent dans la même démarche.

Toutefois, est-ce une politique durable ? Il faut voir que les puissances émergentes investissent aujourd’hui pour se mettre à niveau technologiquement en systématisant les acquisitions en transfert de technologie. Il est impératif de garder à l’esprit que ce n’est peut-être que la partie la plus plaisante d’un monde multipolaire que l’on cherche à atteindre. Certaines de ces puissances deviendront autonomes pour subvenir à leur besoin d’outils militaires de souveraineté. C’est toute la question du chasseur russe de cinquième génération par exemple où l’Inde est encore un partenaire secondaire. En ce sens où elle contribue surtout à adapter la machine à ses besoins (en biplace). Mais dans quel rapport de force la France pourrait-elle « demain » développer un tel chasseur avec le Brésil ?

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jeudi 11 février 2010

L'Inde muscle sa défense insulaire face à la Chine

L'exercice naval Milan mené par la marine indienne autour des îles Andaman et Nicobar s'est achevé en début de semaine. Ayant mobilisé des navires de Singapour, du Sri Lanka, de Thailand, d'Australie, du Bangladesh, d'Indonésie, de Malaisie et du Myanmar, ainsi que des représentants de Brunei, du Vietnam, des Philippines et de la Nouvelle-Zélande, il est considéré comme un succès par P. Suresh, Commodore en charge des opérations :
The achievement of Milan is that our navy is capable of hosting an event of this nature, building friendship across the seas and to obtain more interoperability




Alors qu'il y a quelques semaines, Chine et Inde parlaient ensemble de leur sécurité, Milan s'inscrit dans le cadre d'un renforcement des bases indiennes de Nicobar et Andaman, justement dans l'intention de se défendre contre les ambitions chinoises. Et notamment la mise en oeuvre d'un "collier de perles" reliant la Chine à l'Est de l'Afrique, ayant pour effet plus ou moins direct une sensation d'étranglement de la part de l'Inde.

La zone, peuplée de plus de 500 îles ou îlots, est considérée comme stratégique. L'Inde y dispose déjà d'un commandement interarmes depuis 2001. L'initiative devrait lui permettre une "avancée" de plus de 1200km vers l'Asie du Sud et d'augmenter ses capacités de déploiement et de projection. Des Su-30MKI vont être positionnés sur place, et le nombre de terrains d'aviations opérationnels va être augmenté, de même que leur taille, afin de faciliter une plus grande variété d'opérations, y compris de chasse. Des UAV de courte et moyenne portées auront pour tâche de garder un oeil sur les bases militaires chinoises du Myanmar (îles Coco). Cependant il s'agira surtout de développer des capacités de combat amphibie : le décor est propice à l'entraînement au débarquement sur des plages ennemies et à la prise de contrôle d'environnement hostiles et exposés. Actuellement l'Inde dispose d'une seule brigade spécialisée dans le combat amphibie, stationnée sur la côte continentale.

Des systèmes NCW doivent également être mis en oeuvre afin d'améliorer la surveillance et la protection des chapelets d'îles.

Voir également :

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lundi 8 février 2010

"Le Brésil est à la France ce que l'Australie ne sera pas à l'Espagne", par Thibault Lamidel (Première Partie)

Nous débutons une série de deux articles sur les cas de la France et de l'Espagne dans la vente d'armement. Ce genre de contrat commercial n'est rien d'autre, bien souvent, qu'une prolongation de leurs actions politiques et diplomatiques. Il sera tenté ici de montrer la différence entre un choix atlantiste et un choix, non pas strictement indépendant (qui l'est ?), mais tendant plus vers un monde « multipolaire ».

Il est proposé de s'intéresser à ces deux pays exportateurs de matériel militaire et au « client pivot » de leur stratégie. La rivalité entre l'Espagne et la France est d'autant plus saisissante qu'elles ont coopéré durant le programme Scorpène avant de se séparer dans de douloureuses conditions. Nous en évoquions déjà les causes dans un article sur la consolidation des industriels de défense terrestre en Europe :

Le sous-marin est conçu par la DCNS et ce qui deviendra Navantia. Les Espagnols sont passés de la réalisation de sous-marin français en transfert de technologie à la conception. Après les succès à l'export du sous-marin, il était question que l'Armada commande au moins 4 Scorpène. Il n'en fut rien, l'Etat espagnol prit la décision que le sous-marin serait de conception espagnole, avec un système de combat américain, une propulsion AIP américaine et des tubes de lancement de missiles de croisière américains (Tomahawk en lieu et place du Scalp naval). Ainsi est né le S80, et le divorce fut consommé.

Prenons un peu de hauteur afin d'analyser de façon plus globale les stratégies qui s'affrontent. Dans cette première partie nous nous attachons à l'axe franco-brésilien.


Le partenariat franco-brésilien

crédits : leprogres.fr


Une lente construction


Le prélude à la formalisation de la coopération stratégique a été la participation française dans Embraer, ainsi que les contrats d'exportations qui ont soutenu la montée en puissance d'Hélibras. La France contribuait déjà au développement de l'industrie aéronautique et de défense brésilienne par le biais de transferts de technologies. Nous sommes aujourd'hui bien devant un partenariat tout azimut puisqu'il touche à plusieurs domaines, aussi bien dans la défense que dans le civil.


Le cas du Scorpène


Pour le Scorpène l'apport espagnol a surtout été son « carnet d'adresses » en Amérique Latine. Cette zone était jusqu'alors une chasse presque exclusivement gardée par les Allemands dans le domaine des sous-marins. La coopération franco-espagnole a permis d'arracher une vente au Chili. Le contrat malaisien étant l'autre réussite du couple.

Cependant, une fois le divorce consommé, c'est la France seule qui signe le contrat au Brésil. Il est le fruit d'un partenariat stratégique âprement discuté entre les deux pays. Ce n'est que la suite logique du conseil franco-brésilien du 23 décembre 2008. Le contrat en question prévoyait non seulement de construire 4 sous-marins Scorpène en transfert de technologie au Brésil, mais surtout d'accompagner le Brésil dans la mise au point d'un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA). La France fournit la coque, le Brésil le réacteur embarqué et les parties nucléaires, les deux parties travaillant à l'intégration de l'ensemble.

C'est un choix stratégique profond puisque depuis c'est la deuxième fois qu'une « puissance nucléaire historique » s'associe à un pays émergent pour lui fournir un instrument de souveraineté lié à la maîtrise de la technologique nucléaire. L'autre exemple étant la collaboration entre la Russie et l'Inde (expertise technique russe, une location de SNA soviétique et un Akula bientôt de nouveau en location pour la marine indienne).

Enfin, il convient d'ajouter que la marine brésilienne a présenté un plan ambitieux de développement naval (format plus ou moins équivalent à notre marine). C'est bien sûr une place de choix que notre pays s'est créé ici.


Le Rafale comme aboutissement


Hélicoptère, sous-marin... Il ne manquait plus qu'une réussite du côte des chasseurs. La France avait déjà vendu des Mirage 2000 au Brésil. Comme à l'habitude, tout pays ayant acquis des Mirage se voit proposer presque systématiquement le Rafale. C'est ce qui est chose faite lors du premier marché FX lancé par le Brésil pour renouveler son armée de l'air. Le marché FX1 périclite de lui-même par manque d'avancées. C'est le FX2 qui prend sa relève. Ce marché est un des plus disputés si l'on tient compte des négociations des deux FX dans leur ensemble qui durent depuis 2000 environ.

Cependant, la décision finale serait proche. Après de multiples rebondissements, le Brésil pourrait enfin choisir. Les concurrents étant le Rafale, le F-18 E/F Super Hornet et le JAS 39 Gripen/NG. Il a été affirmé en août 2009 par le président brésilien Lula que son choix, donc politique, était le Rafale en raison du partenariat et de l'engagement français maintes fois prouvés (contrairement à d'autres). Après la rebuffade de l'armée de l'air brésilienne, Brasilia a réaffirmé ces dernières semaines sa préférence via son ministre de la défense.

Revenons un peu sur ce choix brésilien. Au vu des concurrents retenus par le Brésil, il existe d’autres possibilités que la France. Il est plus évident de comprendre pourquoi la France a été retenue pour la vente de sous-marins : il n’existe que deux pays (aux dernières nouvelles) qui vendent leur savoir-faire technologique dans la construction de SNA. Mais dans l’aéronautique, pourquoi encore choisir politiquement la France ? Il faut savoir que malgré les apparences, le nombre de chasseurs proposés à l’export et en transfert de technologie ne sont pas légion. Si on rajoute le critère d’une certaine qualité éprouvée, on peut encore réduire cette liste. Il reste donc principalement les Suédois, Américains, Russes, Français et autre consortium européen qui détiennent la capacité de réaliser un chasseur dit moderne et qui puisse remplir toutes ses promesses (ou presque) au combat. Le problème bien connu étant que nos finalistes se partagent en deux camps distincts : celui de ceux qui transfèrent la technologie par opposition à ceux qui souverainement gardent le fruit de leurs recherches. D’un côté les Russes et les Français. Les consortiums européens par leur spécificité sont neutre. . . Là où la Suède ne l’est pas ! Cette dernière se dit prête à entrer dans le camp de ceux qui transfèrent. Cependant, la part importante de composants américains dans la constitution du Gripen pourrait être un frein à la vente. On cite souvent le cas du réacteur mais pour l’anecdote le Gripen peut aussi recevoir le réacteur du Rafale (M88) ou de l’Eurofighter (EJ2000). Et les États-Unis ? Ils disent transférer de la technologie (pour leurs alliés les plus méritant comme l’Angleterre ou le Japon) et même pratiquer de généreuses compensations industrielles mais la réalité est tout autre. Par exemple le Japon a conduit un deuxième programme pour réaliser un chasseur : le F2. Le problème étant que ce programme n’a fait que réinventer le F-16. . . Pour plus cher ! En Pologne, l’achat récent de F-16 a plus que déçu en compensation industrielle. Les exemples sont riches, trop riche pour le Brésil.

Il reste à attendre l'affirmation concrète de ce choix, et de voir si le pouvoir civil dictera bien sa décision à l'armée de l'air. Mais en cas de victoire du Rafale ce ne serait finalement pas une grande « surprise ». Après tout, il s'inscrit dans le cadre d'un partenariat de développement commun. Et l'offre commerciale française n'est pas le fruit d'une trouvaille « marketing », plus ou moins copiée sur l'offre d'un concurrent.

Enfin, ce marché, une fois signé (quel qu'en soit le vainqueur), n'apportera certainement que des questions. Une des plus importantes étant l'après Rafale. Il faut savoir que la Russie avait proposé un temps au Brésil de développer avec elle un chasseur de cinquième génération (qui a volé ce 29 janvier 2010). La Russie collaborant avec l'Inde pour le développement, il reste le besoin français, et peut être brésilien, d'imaginer l'avenir. A deux ?


Élargissement du partenariat


La candidature gagnante du Brésil aux J.O. qui a été soutenu aussi bien par Paris que par les capitales africaines illustre bien les conséquences lointaines du partenariat entre nos deux pays. Comme me le fait remarquer JGP, c’est peut être aussi l’illustration de ce que la France fait pour s’attirer les bonnes grâces de Brasilia pour l’achat de Rafale. Il a peut être raison. Que dire aussi d’un esprit de revanche vis-à-vis de la victoire londonienne ? La candidature brésilienne a remporté la mise face à la candidature de Chicago défendue par Barack Obama. . . L’occasion était si belle aussi.

Les négociations sur le climat avec la position commune franco-brésilienne en sont un autre exemple. Mais un exemple qui clot la frontière du potentiel du partenariat franco-brésilien. En effet, le Brésil a fini par rejoindre la position des Etats-Unis et de la Chine au dernier sommet de Copenhague. Il ne faut pas oublier que le Brésil est un pays émergent, et comme il a été vu lors du sommet, il a des besoins impératifs de se développer sans entrave. Des intérêts qui ne peuvent que différer de ceux de la France car les deux pays ne sont pas dans la même position industrielle.

Le partenariat franco-brésilien ne se limite pas à un partenariat souverain entre industries de défense. C'est un choix réfléchi de la France de soutenir un pays souhaitant structurer l'Amérique du Sud via un processus « à l'européenne ». Est-ce un choix diplomatique fait dans l'arrière-cour des États-Unis ? Si on était en pleine Guerre Froide, la réponse serait oui. Mais au contraire, si on relit le penseur naval américain, Mahan, la réponse est non. Pour ce dernier, la « défense » de l'aire stratégique des États-Unis implique une sûreté relative jusqu'aux côtes du Vénézuela. Une conception extensive au sud de l'Amazone n'était d'actualité qu'à l'époque des deux blocs.

Du côté français ce partenariat ne se limite déjà plus au seul Brésil. La France a renouvelé ses accords de défense avec le Chili et l'Argentine. Le choix de ces pays n'est pas anodin car, outre la tradition diplomatique, il s'inscrit dans la même démarche entamée avec le Brésil : donner une suite aux relations militaires passées et participer à la structuration de l'espace politique sud-américain.

Cette rénovation des relations avec l'Argentine et le Chili passe par de nouveaux projets. Au Chili la coopération navale se veut plus profonde. Les industriels se positionnent pour d'autres contrats et donner suite aux Scorpène. En Argentine se pose la même question mais pour le Super-Étendard.

Une industrie de la défense est balbutiante en Amérique du Sud. Le marché est assez restreint, ce qui pourrait pousser à des rapprochements inhérents à toute industrie qui doit se concentrer pour survivre. Par exemple la question des Scorpène pourrait poser des occasion de coopération entre le Brésil et le Chili. Par ailleurs, si le Brésil choisissait le Rafale il obtiendrait une ligne de montage (le contrat brésilien a un potentiel affiché de 108 machines). Des Rafale produits à la chaîne aux coûts brésiliens pourraient susciter des offres plus agressives. Par exemple à l'adresse de l'Argentine et du Chili pour renouveler pleinement leur flotte d'avion de chasse vers 2015-2020.


Un partenariat qui a plus d'avenir que de passé


Le partenariat franco-brésilien dans la défense est très riche et il n'a pas fini de se développer. La question de l'après Rafale ou de porte-avions brésiliens montrent bien le potentiel de la relation. La France ne vend pas seulement de la technologie. Elle vend de la souveraineté à l’instar de la Russie. Un avion de chasse est aussi bien un outil militaire que politique. C’est pourquoi l’intérêt du Brésil est d’avoir trouvé un pays qui peut lui fournir des « instruments de puissance » tel que le sous-marin nucléaire. C’est ce qui explique le potentiel de la relation puisque la France trouve là un moyen de financer ses ambitions dans certains domaines où un partenaire européen est introuvable par exemple.

Mais ce partenariat aura des limites stratégiques « naturelles». On imagine mal le Brésil avoir un unique fournisseur. C'est imaginable si ce dernier est le seul à fournir des instruments de souveraineté. Mais pour d'autres équipements moins stratégiques le Brésil ne se tournera pas toujours vers le même pays. En effet, autant que peuvent s'aimer la France et le Brésil les « Etats n'ont pas d'amis mais des intérêts ». Nos deux pays ne mettront pas tous leurs oeufs dans le même panier. Enfin, n’oublions pas que le Brésil a une double appartenance : il est autant une « puissance » (en devenir) qu’un pays émergent. L’affaire climatique en est un exemple.

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