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vendredi 12 avril 2013

Publication "Guerre et économie : de l’économie de guerre à la guerre économique"

En juillet 2011 j'a participé au colloque "Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique" organisé entre autres par AGS à l'Ecole Militaire. Mon intervention s'est faite autour du sujet "Etat, grande stratégie et protection de l'économie".

Les actes, grâce à la persévérance sans faille d'Olivier Kempf, ont enfin été publiés récemment chez L'Harmattan, reprenant et enrichissant les propos tenus lors de cette journée particulièrement variée et intéressante. Je reproduis ici l'article d'Olivier sur l'ouvrage, et je vous invite bien évidemment à l'acquérir le plus rapidement possible !

***

AGS, il y a quelques mois, avait coorganisé un colloque sur Guerre et économie (voir ici). Les actes viennent d’en être publiés. Mais le livre est un peu plus fourni que de simples actes d’un colloque, et il est un peu plus qu’un simple ouvrage collectif. En effet, par son thème et par sa volonté de réunir deux aspects des relations entre la guerre et l’économie, il a pour ambition de revisiter un sujet curieusement négligé en France, celui de l’économie de défense. Cette dernière est un peu plus vaste que la simple « économie de l’industrie de défense » à laquelle elle est souvent assimilée. Aussi, avoir un livre qui rassemble, entre autres, Jacques Sapir, Ch. Schmidt, N. Bouzou, Ch. Harbulot, Ali Laïdi suscite l’intérêt.
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Voici donc les Actes du colloque organisé par Participation et progrès, Alliance géostratégique et l’École de guerre économique, en partenariat avec EPEE, le 1er juillet 2011 à l’École militaire. Aperçu sur l’avant-propos et le sommaire complet:
Avant-propos
Guerre et économie : ç’aurait pu être un de ces colloques courants, aux sujets rebattus, où les figures habituelles dispensent à répétition leurs non-messages monotones. Et pourtant, cela fait des lustres qu’un colloque ne s’est pas interrogé sérieusement sur les rapports entre guerre et économie. Soyons ici précis : il y a bien sûr des colloques évoquant « l’économie de défense », et d’excellents : mais ils sont surtout orientés vers l’industrie de défense, sa concurrence, ses conditions, son avenir. Or, ce n’est pas ce dont nous parlerons.
Quant à l’économie de défense, si elle avait connu une certaine effervescence à la fin des années 1990, (grâce à des auteurs comme Christian Schmidt, Nicole Chaix, Jean-Paul Hébert (+), Jacques Aben, Jacques Fontanel, …), l’impulsion initiale n’a pas été suivie, à la différence des pays anglo-saxons où une école de « défense and peace economics » témoigne d’une vigueur certaine .
Pourtant, il faut bien constater, aujourd’hui, l’interpénétration de la guerre et de l’économie : l’économie étant guerrière, et la guerre teintée d’économie.
1/ L’économie est-elle en guerre ?
L’utilisation du vocabulaire de la stratégie dans le monde de l’économie, notamment celui de l’entreprise, ne date pas d’hier : stratégie, tactique, cible, offensive, objectif, … autant de mots utilisés par les managers ou les dirigeants de Bercy. il faut également constater une inflation du mot guerre dans le discours ambiant (guerre à la drogue, à la délinquance, à la pauvreté, à la mucoviscidose…) et plus particulièrement dans celui de l’économie : la « guerre économique » est une expression qui fait florès, sans même parler de la guerre des monnaies, la guerre des taux, la guerre des matières premières, …. Cela mérite qu’on s’y attarde à nouveau en posant cinq questions :
  • a/ Cette guerre économique recouvre-t-elle seulement la concurrence exacerbée entre les entreprises, dont les conditions seraient plus intenses aujourd’hui ? si oui pourquoi ? qu’est-ce qui a changé ? et comment expliquer les phénomènes de coopétition, qui paraissent bien loin d’une expérience guerrière qui chercherait toujours la destruction de l’opposant ?
  • b/ S’agit-il de l’effet d’une mondialisation plus poussée qu’avant et qui verrait l’apparition de nouveaux acteurs, dit émergents : ceux-ci utiliseraient des atouts économiques (faut-il parler d’armes ?) qui mettraient en danger les structures économiques des leaders précédents ?
  • c/ Faut-il évoquer la compétition accrue pour des ressources rares : l’énergie vient la première à l’esprit, si on pense aux débats sur le pic pétrolier ou « la guerre du gaz », mais on voit apparaître des tensions sur l’ensemble des matières premières qui toutes, à tour de rôle, connaissent des flambées spéculatives qui ne sont pas dues seulement au dérèglements des marchés ; de même, la question des « terres rares » monopolisées par la Chine, les disputes accrues sur la maîtrise de l’eau, l’achat croissant de terres arables constituent autant d’indices qu’il y a une interpénétration entre le jeu économique (meilleure allocation des ressources rares) et la réalité écologique.
  • d/ On a de même l’impression que l’espace économique s’est compliqué avec le cyberespace : l’informatique mise en réseau facilite le développement économique, mais ouvre dans le même temps de nouvelles failles que la concurrence exploitera : tout le domaine de l’intelligence économique a ainsi un soubassement cyber qui est le lieu d’affrontements discrets, mais ô combien efficaces, et que l’analyse économique doit appréhender, par exemple en se posant la question : s’agit-il de deux espaces conflictuels distincts, ou faut-il les intégrer ?
  • e/ Dernière question, celle du rôle des acteurs, et tout d’abord de l’État : celui-ci avait été remisé lors de la mondialisation bienheureuse, on s’aperçoit, avec la crise, qu’il conserve encore quelque utilité : il ne s’agit pas seulement de régulation, mais aussi d’assurer une garantie en dernier ressort, notamment quand les dettes privées ne sont plus couvertes par les mécanismes de marché. Cependant, outre ce rôle que l’on pourra dire traditionnel, n’y a-t-il pas place pour un rôle plus actif de l’État, au service des entreprises, et selon une logique nationale et souveraine ? de ce point de vue, la « guerre économique » constituerait la conjonction des intérêts publics et privés, aussi bien dans l’offensive que dans la défensive, et selon des règles tacites d’autant plus vigoureuses que les conditions « extérieures » seraient plus pressantes.
Autant de questions qui veulent analyser cette notion de guerre économique, et ne pas la prendre pour « argent comptant ». Mais il faut aussi aborder les choses selon un autre point de vue, celui de la guerre.
2/ La guerre n’est-elle dorénavant qu’affaire d’économie ?
Les historiens et les stratèges évoquent depuis longtemps l’économie de guerre : la guerre industrielle, initiée au milieu du XIX° siècle, a conduit aux guerres totales du XX° siècle : si on sait donc qu’économie et guerre ont parties liées, on se rend compte aujourd’hui que la façon de conduire la guerre dépend directement du mode d’accumulation et de production. Là encore, cinq questions se posent.
  • a/ Tout d’abord, une interrogation vient immédiatement à l’esprit : les modifications actuelles des systèmes de production et d’accumulation économiques vont-ils avoir des conséquences sur la conduite de la guerre, et lesquelles ?
  • b/ En supposant que oui et en allant plus dans le détail, comment la complexité de l’économie (qu’on vient d’évoquer) affecte-t-elle déjà le déroulement de la guerre ? Y a-t-il des gammes de la guerre comme il y a des gammes de produits ? Peut-on parler de guerres low-cost qui s’opposeraient aux guerres high-cost, qu’on n’ose dire haut de gamme ? Et comment ces deux types de guerre peuvent-ils coexister ? Un acteur de la guerre, régulier ou irrégulier, a-t-il le choix lorsqu’il construit son appareil militaire ? Est-il optimal (à supposer que cela soit possible) de vouloir se positionner dans toutes les gammes, ou la préférence donnée à l’une ne conduit-elle pas à une asymétrie systémique ? Ne faut-il pas parler de « concurrence » des modèles de guerre, en utilisant les outils de l’analyse économique pour déterminer le choix le plus efficient ?
  • c/ La guerre contemporaine connaît une profonde mutation, n’étant plus que rarement régulière. Cet élargissement de la conflictualité paraît d’ailleurs similaire à l’élargissement de la compétition économique que nous avons déjà évoqué. Ne faut-il pas, dès lors, introduire l’espace économique comme un des nouveaux espaces lisses de la guerre, le macro renvoyant au stratégique, le micro au tactique ?
  • d/ Pareillement, la notion de crise est également utilisée par les stratèges et les économistes : y a-t-il une liaison de cause à effet entre une crise économique et une crise stratégique ? Cette liaison obéit-elle d’ailleurs à une causalité simple ?
  • e/ Comment les stratèges contemporains utilisent-ils les outils économiques ? cette question se pose au travers de la privatisation de la guerre (développement des sociétés militaires privées, mais aussi des sous-traitants locaux) et donc du partage du monopole étatique de la violence ; elle se pose aussi dans le contexte de l’approche globale, l’action militaire ne pouvant plus à elle seule décider de l’issue d’un conflit et devant donc se conjuguer avec d’autres actions (sécuritaires, diplomatiques, d’éducation, de justice, de développement) : quelle coopération envisager avec les acteurs économiques, à buts lucratifs ou non, dans la sortie de crise ? Comment concilier le profit des uns et les buts de guerre des autres ?
On l’a compris, les questionnements sur la guerre et l’économie ont pris une épaisseur nouvelle, à l’aune des évolutions tant du monde économique (mondialisation, crise de 2008, émergence) que du monde stratégique (guerre irrégulière, développement de réseaux privés, crise écologique, révoltes arabes).
Un colloque ne propose que des réponses forcément partielles à ces questions : espérons simplement qu’il contribuera à relancer l’intérêt pour ce champ passionnant qu’est l’économie de défense.
Les textes réunis ici ne reprennent pas l’ordre adopté lors du colloque : ils ont été réordonnés et augmentés de quelques contributions nouvelles. Une première partie s’intéresse à la guerre face à l’économie, afin de penser économiquement la guerre (A) mais aussi de décrypter le rôle de l’économie dans la conduite de la guerre (B).
Une deuxième partie étudie la guerre économique, en évoquant l’économie en guerre (A) puis en décrivant quelques procédés de guerre économique (B).
Avant propos : des relations entre la guerre et l’économie (O. Kempf)
1ère partie : la guerre face à l’économie
  • Thème 1 : Penser économiquement la guerre
  • Crises et guerres : de la crise économique à la crise stratégique (Christian Schmidt)
  • L’économie de guerre a-t-elle encore un avenir (Jacques Sapir)
  • La guerre et l’économie : de la micro à la macro ; du tactique au stratégique (Olivier Marcotte)
  • Mutations de l’économie, formes de la guerre (Nicolas Mazzucchi)
  • Thème 2 : rôle de l’économie dans la conduite de la guerre
  • Le modèle low cost appliqué à la guerre (Stéphane Dossé)
  • Guerre irrégulière, actions civiles, actions militaires (François Chauvancy)
  • La guerre, la ville et l’économie (Bénédicte Tratnjek)
  • Entreprenariat militaire et modèle économique : esquisse d’une typologie historique du recours au mercenariat (Georges-Henri Bricet des Vallons & Sébastien Le Gal)
2ème Partie : la guerre économique.
  • Thème 3 : L’économie en guerre
  • État, grande stratégie et protection de l’économie (Jean Pujol)
  • La grille de lecture Puissance/Marché/Territoire (PMT) (Christian Harbulot)
  • Les pays en guerre économique (Ali Laïdi)
  • La piraterie maritime : un business porteur ? (Sonia Le Gouriellec)
  • La guerre et l’entreprise (Jacques Hogard)
  • Cyberguerre et économie (Guillaume Tissier)
  • Thème 4 : procédés de la guerre économique
  • Monnaies : l’Europe doit s’armer pour éviter la guerre (Nicolas Bouzou)
  • Guerre en coalition et guerre des normes (Florent de Saint Victor)
  • De la sécurité énergétique à la sécurité des flux (Olivier Kempf)
  • Stratégie des approvisionnements (Matthieu Anquez)
  • L’affrontement sino-américain autour des terres rares, entre survie et expansion des puissances (Edouard Chanot)
Conclusion (Pierre Pascallon)
  • Bibliographie
  • Table des matières



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vendredi 28 septembre 2012

Chronique Industrie – septembre 2012 : l’industrie IT européenne en voie de marginalisation ?


Alors que le cyber est désormais conjugué à toutes les sauces (d’ailleurs le MinDef a signalé le petit rôle d’AGS dans l’émergence du débat stratégique sur le sujet) et que le mois de septembre a vu pléthore d’annonces des géants de l’électronique grand public, un rapport d’AT Kearney dresse un constat pessimiste sur l’état de l’industrie IT européenne.



Ainsi, seulement 15 des 100 premières sociétés IT mondiales (matériel, logiciel, services, semi-conducteurs, électronique grand public…) ont leur siège social en Europe et parmi elles aucune n’est leader sur son marché. Si l’on regarde le marché européen des SSII, on s’aperçoit qu’il est très morcelé, avec très peu de fournisseurs capables d’adresser les grands appels d’offres internationaux. Les sociétés nord-américaines et (de plus en plus) indiennes en profitent pour placer leurs pions, y compris chez nous, comme en témoigne le récent rachat de Logica par le canadien CGI pour 2,6 milliards d’euros.

Les emplois du secteur, qui s’élèvent à 3 millions aujourd’hui, quittent le Vieux Continent au profit des pays émergents, notamment d’Asie. Et faut-il le rappeler, on ne parle pas ici que de main d’œuvre non qualifiée, mais aussi de façon croissante des activités de recherche et développement. Rien d’étonnant car la plupart des acteurs, occidentaux ou non, s’orientent vers un modèle global assez uniforme dans lequel les développements sont réalisés en Inde, au Vietnam ou même en Egypte, avec un front office local réduit à sa plus simple expression chargé de gérer la relation client.
Or il est évident qu’une industrie IT vigoureuse est clé pour la compétitivité d’une économie toute entière ne serait-ce que par l’importance prises par les technologies de l’information dans la part de R&D mondiale (qu’il s’agisse de produits de grande consommation ou des domaines touchant à la souveraineté nationale).
Comme le souligne le rapport d’AT Kearney, la tendance s'est accélérée récemment dans d'autres secteurs connexes, tels que les semi-conducteurs, où des entreprises européennes telles que Qimonda ont mis la clé sous la porte.
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce phénomène et en premier lieu, ce n’est pas surprenant, le coût de la main d’œuvre. Ainsi le salaire moyen d’un ingénieur en Europe est de 75900$ en 2010, contre 26800$ en Inde et 16900$ en Chine (voir page 18), même si les écarts tendent à se réduire.
L'Europe souffre également d'un manque d'ingénieurs et scientifiques qualifiés, en partie dû au manque de valorisation des filières de recherche et à la désaffection pour les sciences à l’université. Ainsi 17% de nos étudiants sont inscrits en sciences, ingénierie ou informatique, contre 31% en Chine. Nous n’avons pas (encore ?) l’attractivité des États-Unis qui compensent le relatif désintérêt de leurs citoyens par un apport massif d’étudiants et de travailleurs qualifiés provenant du monde entier.
Le manque de financement est un autre problème souligné par le rapport. L'Europe investit 15 milliards de dollars de moins par année dans le capital-risque que les USA, selon une étude récente de la Commission européenne. La même étude a montré que l'Europe investit 0,8 point de moins du PIB dans la R&D que l’Oncle Sam et 1,5 point de moins que le Japon.
Des entreprises américaines et asiatiques comme Samsung, Qualcomm, Panasonic, Sony ou LG figurent ainsi aujourd'hui parmi les dix premiers déposants de brevets les plus prolifiques dans l’Union Européenne.
Quelques pistes de réflexion, non inédites ni révolutionnaires, sont avancées par le rapport pour pallier cet état de fait et peut-être faire oublier l’échec la Stratégie de Lisbonne.
Si nous sommes définitivement (?) à la traîne dans l’électronique grand public, nous devons mieux capitaliser sur notre position dans l’ingénierie système (nous avons des systémiers de premier plan) ou l’embarqué (combinant logiciel et matériel) et leurs multiples applications industrielles, de l’automobile à la défense. Cela suppose de se concentrer sur quelques domaines sans vouloir se disperser à courir trop de lièvres à la fois, pour diriger nos maigres moyens financiers sur les bonnes cibles.
Le rapport évoque également la piste, qui peut prendre des allures de serpent de mer, des pôles de compétitivité européens. Ils pourraient permettre de contourner les limitations dues aux cloisonnements nationaux et d’améliorer les conditions de financement des projets de R&D. Encore faut-il que la crise de l’euro nous laisse des marges de manœuvre et surtout que les différents membres de l’UE s’entendent sur la distribution desdits pôles, ce qui n’est pas une mince affaire…
Autre point que j’ai moi-même souvent abordé, le cadre de financement des start-ups innovantes est largement déficient. Sans parler de Small Business Act, il s’agit véritablement d’assurer à nos jeunes pousses les moyens de se développer et faciliter leur transformation en ETI voire en champion national (Quel est l’âge moyen de nos champions nationaux ? Avons-nous des Facebook, Google, Apple, Microsoft ou même IBM ?).
Parce que la technologie passe avant tout par le facteur humain, il convient de renforcer et revaloriser les filières académiques scientifiques et techniques, en s’inspirant de l’exemple des pays nordiques. L’attractivité vis-à-vis des ressources qualifiées est également un facteur clé de compétitivité, même s’il est sujet à polémique en période de crise économique et d’augmentation du chômage.
Enfin, le dernier axe avancé concerne la sécurisation de l’accès aux matières premières nécessaires aux industries high tech, qui ne sont pas purement virtuelles. Ceci passe par des accords avec les fournisseurs de terres rares (en veillant à la diversification des fournisseurs pour ne pas rester dépendants de … la Chine) mais également en développant d’avantage l’industrie du recyclage, deux sujets sur lesquels notre voisin allemand a une longueur d’avance.

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samedi 9 juin 2012

Chronique industrie – juin 2012 : impacts sur l’économie US des réductions du budget de défense


Chez nous, le débat sur la réduction du budget de défense en cette période de crise agite la scène politique (voir notamment l’interview de Michel Goya « Crise ou pas, réduire les dépenses en matière de dépense serait tragique » par Romain Mielcarek). Je souhaite revenir sur une étude publiée fin 2011, analysant les impacts des réductions de budget prévues pour 2013 aux Etats-Unis.
Cette étude, menée par Stephen S. Fuller de l’université George Mason, intitulée The US Economy impact of approved and projected DOD spending reductions on equipment in 2013, en arrive au fait implacable qu’un dollar d’économisé représente bien plus d’un dollar de richesse « perdue » dans l’économie américaine. Ainsi, les 45 G$ de coupe budgétaire pourraient amputer près de 25% la croissance du PIB. Et ceci pour plusieurs raisons.
En premier lieu parce que les fournisseurs du Pentagone sont eux-mêmes intégrés à un écosystème de sous-traitants très vaste, où les SMB se taillent la part du lion, et qui emploient des millions d’Américains, qu’il faut donc ajouter au million d’employés directs de l’industrie de défense. Au total, 164 G$ en moins seraient injectés dans l’économie, du fait principalement (à 71%) de l’impact sur la consommation des salariés licenciés ou subissant des baisses de revenus. Lesquelles s’élèveraient à un total de 60 G$ dont près de 50 G$ en dehors du secteur de la défense.
Par ailleurs, le chômage ferait un bon de 0,6 point, avec un million d’emplois détruits en tout : un peu plus de 100 000 chez les fournisseurs de rang 1 (les Boeing, Raytheon, Northrop Grumman…) mais plus de 650 000 en dehors du secteur de la défense (prime contractors et sous-traitants) : distribution, construction, santé, loisirs…
L’étude mentionne également les conséquences négatives sur l’investissement des entreprises, autre composante de la croissance économique, pour un montant 27 G$, touchant principalement, là encore, les secteurs autres que la défense.
Au total, le PIB des Etats-Unis serait amputé de 86 G$.
Certains Etats américains seraient particulièrement touchés, notamment la Californie, le Texas, la Virginie, ce qui ne manquerait pas, dans une période ou même les Etats-Unis connaissent un chômage élevé, de provoquer des remous locaux.
Bien évidemment, une telle étude, largement mise en avant par l’AIA (Aerospace Industries Association, lobby des entreprises aérospatiales), doit être prise avec des pincettes. Car en premier lieu il est évident que la période est à la rigueur budgétaire, et que quels que soient les arbitrages pris, ils auront des impacts sur la croissance. Cependant, elle a le mérite de rappeler que la BITD, et c’est le cas également en France, de par la variété de ses métiers, des technologies mises en œuvre, est un maillon très important de la chaîne de valeur globale de l’économie américaine. Que ce soit au travers du recours aux sous-traitants, de la consommation de ses employés (massivement localisés aux Etats-Unis) ou de l’investissement de ses entreprises.
Si Michel Goya dans l’article cité ci-dessus évoque surtout l’impact des réductions budgétaires sur les capacités de défense, il ne faut donc pas négliger non plus les effets sur l’économie ; qui, dans le monde actuel, est plus que jamais un facteur de puissance et une dimension non négligeable de la « grande stratégie » de nos Etats.

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vendredi 11 mai 2012

Chronique industrie – mai 2012 : « l’Europe de la défense, vu de moi elle ne fonctionne pas »


Le mois dernier, je faisais ici un résumé de l’intervention du général Jean-Robert Morizot lors de la conférence « Défense-Aéronautique : quelle adaptation des stratégies des industriels »sur le thème « quelles attentes des armées face aux industriels de la défense ? ». En ce mois de mai, je reviens succinctement sur les paroles du DGA Laurent Collet-Billon, qui avait ouvert la conférence.


Même sans révélation fracassante, l’intervention de Laurent Collet-Billon résonne d’une façon particulière, au lendemain d’une campagne présidentielle pauvre sur le plan international mais avec quelques saillies sur l’importance de l’industrie française, dont notre BITD est une part non négligeable (250 000 emplois avec la sous-traitance).

Un constat pour commencer : les USA, dont la suprématie technologique et militaire est et sera de plus en plus contestée par l’Asie (le DGA mentionne ici implicitement la Chine, mais il est vrai que ce terme est extrêmement vague d’un point de vue géopolitique), se désengagent de l’Europe. Cette dernière doit donc, même si elle a du mal à y croire, assumer sa propre défense ; ce dont aucun des pays membres de l’Union Européenne n’est actuellement capable. Alors que les budgets militaires indiens et chinois ne cessent de croître, que celui des Etats-Unis reste loin devant tous les autres, seuls les Britanniques sont dans une démarche similaire à celle des Français sur le Vieux Continent. Ainsi les deux pays couvrent à eux seuls les 2/3 de la Recherche & Développement de défense de l’UE, alors que les autres pays sont plus favorables aux achats sur étagère (aux Américains principalement).

France et Royaume-Uni figurent d’ailleurs dans le Top 5 des producteurs d’armements dans le monde – relativement stable ces dernières années, représentant 90% des ventes –, avec la Russie, Israël, et bien évidemment les Etats-Unis, qui « jouent dans une autre cour ». Une hiérarchie qui est de plus en plus remise en question par les émergents, chinois bien sûrs, mais également coréens (notamment dans le naval) ou turcs. Ces nouveaux acteurs, sans surprise, s’appuient sur les transferts de technologies – car il est aujourd’hui impossible d’exporter sans montrer qu’il y a création de valeur locale – pour monter en puissance, et essayer de transformer leurs achats à l’étranger d’hier ou d’aujourd’hui en ventes demain. Toujours est-il que la France, qui a réalisé 6,5 milliards d’euros de ventes à l’export en 2011, a un catalogue qui pour Laurent Collet-Billon constitue une alternative crédible à l’offre américaine sur son périmètre, permettant à ses clients (d’une diversité régionale assez importante) de disposer d’une « souveraineté réelle ».

Notre pays pousse l’émergence d’une BITD de dimension européenne, hormis sur certains domaines comme la dissuasion ou la cryptographie. Ce qui n’est pas l’idée de tous les membres de l’UE dont certains, au-delà de l’appétence citée plus haut pour le made in USA, favorisent une mise en concurrence totale au sein de l’Union, y compris pour ce qui touche aux études amont (les Suédois notamment, champions du low cost dans l’aéronautique). En tout état de cause, la mutualisation semble être le seul moyen de pallier l’augmentation qui semble sans fin des coûts des programmes d’armements depuis la Deuxième Guerre Mondiale (de 2% par an pour les équipements à faible contenu technologique comme les véhicules de transport de troupes à 5% par an pour les chars de combat).

Nous ne sommes cependant pas prêts à la mise en place d’une Europe de la défense de l’Atlantique à la Mer Noire, pour des raisons tant politiques qu’économiques. Mieux vaut s’appuyer sur un petit noyau de bonnes volontés et des initiatives bien ciblées pour obtenir des résultats concrets sans dilapider les faibles moyens dont nous disposons, tout en assurant l’alignement avec nos objectifs stratégiques. Laurent Collet-Billon, préconise donc pour avancer rapidement de privilégier les échanges bilatéraux avec le Royaume-Uni, à l’image des accords de Lancaster House en 2010, et de laisser les autres pays de l’UE adhérer ou non. Inutile de dire que devant une assemblée où EADS était bien représentée, et dans le contexte politico-budgétaire actuel, de tels propos ont entrainé la question de l’axe franco-allemand. Le DGA a répondu qu’il était très dubitatif sur la volonté de nos amis d’outre-Rhin de coopérer dans le domaine de la défense, et a souligné la divergence de vision entre nos deux pays. Une divergence qui s’est manifestée notamment dans le partage industriel relatif à l’A400M, ainsi que dans les variations concernant les volumes commandés.

Autre moyen : les « travaux pratiques », pour reprendre l’expression de Laurent Collet-Billon, où autour d’un projet amont, la coopération se fait d’abord entre industriels (et non entre Etats), qui ont la responsabilité d’assurer l’adhésion de leur pays ; ce qui peut être aléatoire dans un contexte de cloisonnement encore fort des marchés nationaux. Ceci doit permettre à la fois de mettre en valeur la R&D de l’UE et de préparer de futurs programmes communs, tant sur les aspects technologiques que sur la gouvernance desdits programmes.

Dans une intervention où l’Agence Européenne de Défense n’a, à ma connaissance, pas été citée, le DGA est également revenu sur le nécessaire soutien aux petites entreprises innovantes, donnant l’exemple du dispositif RAPID, sans lequel « nous nous ferons bouffer ».

En résumé, la pérennité de notre BITD nationale passe paradoxalement par une plus grande coopération, mais réfléchie et ciblée, avec (certains de) nos partenaires européens, même si cela ne va pas jusqu’à une « Europe de la défense ». Ceci, pour paraphraser Ulrich Beck, nécessiterait certainement de mettre de côté une partie de notre autonomie, mais favoriserait un gain réel de souveraineté à plus long terme.

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dimanche 15 avril 2012

Chronique industrie – avril 2012 : « Les commandes, c'est pas seulement pour maintenir la BITD »

Le 14 février dernier, à l'occasion de la conférence « Défense-Aéronautique : quelle adaptation des stratégies des industriels », le général de corps aérien Jean-Robert Morizot (en remplacement du CEMA Édouard Guillaud) est intervenu sur le thème « quelles attentes des armées face aux industriels de la défense ? ».


De façon intéressante, son intervention, devant un public composé de représentants d'Airbus, Dassault, Thales, Safran et autres, n'a pas été tant orientée sur le type d'équipements nécessaires aux besoins opérationnels des armées qu'à la posture que ces dernières attendent de leurs fournisseurs, en cette période de tension budgétaire, mais également sur le plus long terme. Un discours sans langue de bois, de la part d'un intervenant visiblement soucieux de faire passer certains messages en public. Dommage que le délégué général à l'armement, Laurent Collet-Billon, ait dû quitter la conférence un peu plus tôt.

Entamant son discours par les questions fondamentales du « pourquoi, comment et contre qui doit-on utiliser un armement ? », le général Morizot a voulu souligner que

les commandes, c'est pas seulement pour maintenir la BITD

Il est ensuite revenu sur la durée des programmes, qui selon lui s'inscrivent dans un temps trop long par rapport aux trajectoires budgétaires, aux durées des législatures et par voie de conséquence aux projections opérationnelles. En lien avec la dimension temporelle, vient naturellement le « coût astronomique des programmes ». Qui pour autant, ne sont rien par rapport aux coûts de possession, qui sont « à la limite du raisonnable », d'autant plus que l'on a « utilisé tous les bouts de ficelle ». Il traduisait ainsi, selon ses propres mots, une réelle préoccupation du CEMA, pour lequel le « futur n'est pas rassurant ».

Tous ceux qui ont quelques vagues connaissances du cycle de vie d'un équipement militaire savent bien que le MCO (maintien en condition opérationnelle) est in fine le poste le plus dispendieux. Mais comme l'explique Jean-Robert Morizot,

la durée de vie des matériels ne doit pas être matière à une rente de situation pour les industriels

Or il est vrai que, dans de très nombreux secteurs d'activité, les fournisseurs font leur marge sur les moyens et longs termes, en profitant de la relative captivité de leurs clients, auxquels ils ont pourtant consenti de lourdes remises lors de l'acquisition initiale.

Autre reproche, la complexité des armements :

Les industriels poussent au développement de systèmes très sophistiqués, que l'on a énormément de mal à faire fonctionner correctement lorsqu'on les reçoit

Remarque intéressante, car d'après les industriels que je côtoie et qui sont de l'autre côté de la barrière, les militaires et la DGA sont réputés pour « aimer se faire plaisir » en matière de spécifications et pour se laisser aller au toujours plus technologique.

Autre aspect qui se dégage implicitement de la citation ci-dessus, les progrès à réaliser dans la maîtrise de la conduite des programmes et dans les pratiques d'ingénierie systèmes, sur l'ensemble du cycle de développement (de la gestion des exigences jusqu'à la qualification opérationnelle). Un point également soulevé par le DGA lors de sa propre intervention en introduction de la conférence : il est nécessaire de se hisser au niveau de l'état de l'art en termes de méthodes de travail, afin de franchir le « mur de la complexité » dans la conception des systèmes de systèmes. D'autant que comme l'ont révélé les RETEX de l'Opération Harmattan, notre boucle OODA est lacunaire et la connexion entre nos différents équipements (capteurs – C2) est imparfaite.

Les matériels doivent être utilisés par les soldats dans des situations souvent éprouvantes, on voit bien donc le danger de l'excès de complexité et de la « surspécification ». Mais les armées sont-elles prêtes pour autant, afin de raccourcir les délais et les coûts, à recourir à plus d'achat sur étagère ?

Il n'y a aucune réticence à l'achat sur étagère mais il convient d'en évaluer les conséquences.

Conséquences qui s'envisagent notamment à l'aune des besoins d'évolution des matériels, au vu de leur durée de vie et leurs nécessaires adaptations de finalités au cours de celle-ci. Mais également des besoins croissants d'interopérabilité, vue comme indispensable avec l'OTAN par le général Morizot, et plus particulièrement avec les Anglais et les Américains (ce qui n'est pas, il faut le relever, la même chose, car les Américains ont la fâcheuse habitude de n'être interopérables qu'avec eux-mêmes). On notera au passage que le recours au « off-the-shelf » et l'appui sur des standards partagés contribue à cette interopérabilité. Ceci indépendamment de toute logique de souveraineté économique et technologique, comme l'a montré le débat sur les drones MALE à l'automne 2011.

En résumé, le discours de Jean-Robert Morizot a eu pour mérite de mettre en lumière, de façon très explicite, les inquiétudes et les attentes du principal client de nos fleurons industriels de la défense, qui certes sont de plus en plus tentés par le civil et l'international, mais qui ne doivent pas oublier qu'ils sont un des maillons essentiels.

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samedi 10 décembre 2011

Chronique industrie – décembre 2011 : consolidations en vue aux Etats-Unis dans les services ?

Alors que le Pentagone pourrait avoir à réduire son budget de près de 450 milliards de dollars dans les dix prochaines années, les industriels de défense américains s’inquiètent pour leurs débouchés. Et certains anticipent une phase de consolidation après une décennie d’explosion du nombre des fournisseurs américains dans le domaine des services.


L’heure est grave. Les defense contractors n’apprécient pas les nouvelles orientations de l’administration américaine en ce qui concerne les achats d’armements, et ils le font savoir.

Dans une lettre commune à Leon Panetta, patron du DoD, une centaine d’entreprises, sous la coordination de l’Aerospace Industries Association, le pressent de renoncer aux changements qu’il promeut dans les pratiques de contractualisation : transfert de risques sur elles dans le cadre de développement d’armes, pression sur les marges, suspension de certains programmes si le fournisseur de se soumet pas à la nouvelle politique. En cette période de budget très contraint, même pour les Etats-Unis, certains analystes affirment que les pouvoirs publics de l’Oncle Sam se sont lancés dans la « guerre du profit ».

Les industriels insistent sur le fait que le modèle actuel de répartition du risque financier est pour beaucoup dans le leadership technologique des Etats-Unis, et se montrent pessimistes (pour eux) sur les impacts des changements proposés :

The department's proposed changes to this model will have significant competitive, financial, and employment implications (especially for small- and medium-sized suppliers) that we do not believe have been fully considered by the government or by the Congress

En face, Shay Assad, responsable de la politique achat et pricing du DoD, nie toute mauvaise intention ou changement radical, en précisant qu’il ne s’agit que de favoriser la concurrence et de motiver les industriels à diminuer leur structure de coûts, mais en maintenant un niveau de profit acceptable pour eux. Il se veut rassurant face aux investisseurs :

We don't want situations where we're asking companies to take an unreasonable risk. The idea that there is a new policy going on here, it's just not true.

Il reconnaît cependant que la Defense Contract Management Agency connait une petite révolution, notamment au travers de l’embauche de 350 experts des achats. Ceci a permis la mise en œuvre d’une base de données assez complète destinée aux responsables de programmes, et leur donnant une vision précise de a structure des coûts de l’ensemble des fournisseurs du Pentagone. Et donc de ce que devrait être le « coût réel » d’un programme. Ce qui finalement n’est qu’une remise à niveau par rapport aux standards en vigueur dans la plupart des directions achats du secteur privé… et la base de toute négociation sérieuse.

Ceci ne suffit pas à rassurer une industrie, habituée à un client public fort dispendieux, qui s’inquiète pour son avenir à moyen terme. Si les débouchés immédiats sont sécurisés (les budgets étant largement calés à aujourd’hui), ce n’est pas le cas au-delà de quelques années :

With the current budget set and next year’s “largely established,” contractors are “about 21 / 2 years away from any real impact,” said Mark DeYoung, president and chief executive of ATK, which specializes in producing ammunition and rockets. “Beyond that, there’s a lot of uncertainty. . . so I won’t try to predict what happens 21 / 2 years from now.”

D’autant que le Pentagone (sacrilège !) veut injecter plus de concurrence parmi ses fournisseurs, qui selon Mark Skinner, adjoint militaire du patron des achats de l’US Navy, est le principal levier d’optimisation des coûts :

We have a big hammer, which is competition, and then we have a teeny-weeny screwdriver, which is award fees

Face à cet état de fait, certains (mais c’est le cas dans tous les secteurs, donc pas vraiment un scoop !) ont commencé à réduire leurs frais de structure et leurs fonctions support. Mais la recherche de nouveaux marchés se fait également pressante. Le mois dernier j’évoquais dans ces colonnes l’attrait (plus vraiment nouveau) pour le cyberespace (Le cyberespace, nouvel Eldorado des industriels de défense ?), domaine très prometteur, même s’il n’est pas a priori à lui seul à même de compenser des réductions de coûts annoncées.

Les analystes de Booz Allen Hamilton estiment qu’une part importante de la base industrielle de défense pourrait disparaître, car une part importante des dépenses se déplacent des investissements en R&D vers des services et du soutien pour des systèmes et plateformes existants.

Military investment spending on new acquisitions and R&D is expected to decline from a high of US$253 billion in 2008 to a projected $125 billion in 2016. With backlogs continuing to erode, underinvestment in R&D threatens to create a hollow industrial base lacking the essential capabilities to develop innovative technologies and build new weapons systems

Ce qui déplace les cibles potentielles vers les petits fournisseurs de services. Le rapport «Structure and Dynamics of the U.S. Federal Services Industrial Base 2000-2010 » du Center for Strategic and International Studies publié en novembre 2011 montre clairement que les services ont prospéré depuis le début des années 2000, aidés en cela par les budgets dédiés aux opérations en Afghanistan et en Irak. Ainsi les fournisseurs de services du Pentagone sont passés de 60 000 à 157 000 (dont 115 000 PME) entre 2000 et 2010. Sachant que le Top 5 (Lockheed Martin, Northrop Grumman, Boeing, Raytheon, General Dynamics) pesait environ 20% des quelques 200 milliards du gâteau global en 2010. Il est intéressant de noter que les 3 premiers, tels que nous les connaissons aujourd’hui, sont issus de rapprochements post Guerre Froide, d’ailleurs sur la chaude recommandation du DoD, qui à l’époque (mais ils étaient alors surtout des constructeurs et équipementiers) leur prédisait une alternative simple, la consolidation ou la mort :

  • Northrop a fusionné avec Grumman
  • MCDonnell Douglas a intégré Boeing
  • GE Aerospace est devenu une partie de Martin Marietta, plus tard intégré à Lockheed Martin

Le paysage dans le domaine des services est aujourd’hui très éclaté, avec un très grand nombre de tous petits contrats, conclus et réalisés localement. Et la tentation est forte aujourd’hui, pour les contractors de rang 1, de récupérer en interne tout ce pan du marché qui leur échappe. Hors du fait de leurs frais de structure, ils ont du mal à être compétitifs sur les tous petits engagements : 75% des fournisseurs sur les contrats à moins de 25k$ sont des PME. D’où la tentation des géants de procéder à une concentration capitalistique, moyen pour eux d’éviter la concurrence…

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samedi 10 septembre 2011

Chronique industrie – septembre 2011 : le serpent de mer de la consolidation du secteur défense français

Reprise d'un article publié sur le site de l'Alliance Géostratégique.

***

En marge de l’université d’été de la défense qui s’est tenue les 5 et 6 septembre à Rennes, l’actuel DGA, Laurent Collet-Billon, a accordé un entretien au Monde (accessible aux abonnés), dans lequel il appelle de nouveau à des regroupements dans l’industrie de défense française.


Il dresse un constat sans appel :

Dans les principaux pays européens, l'industrie de la défense s'est recomposée autour d'un leader, sauf en France. Thales, Safran ou Dassault n'ont pas la taille de l'italien Finmeccanica, encore moins de British Aerospace.

Quand les industriels se marchent sur les pieds

Malgré la présence de l’Etat au capital de nos fleurons (Thales : 27%, Safran : 30,2%, EADS : 15% au travers de la Sogeade, Nexter : 100%), il a bien du mal à imposer ses vues sur des rapprochements possibles.

Et le DGA, pas lassé de prêcher dans le désert, de citer deux exemples emblématiques, l’optronique (rencontre de l’optique et de l’électronique) et la navigation inertielle (à base de gyroscopes et d’accéléromètres) : l’Etat souhaite depuis de nombreuses années que l’ancien Thales devienne le champion de la première (avec une potentielle 2ème place mondiale derrière l’américain Raytheon) et que Safran soit le seul leader français de la seconde. Ce qui supposerait une cession mutuelle d’actifs entre les deux groupes aujourd’hui concurrents. Mais voilà, apparemment ça coince toujours, car ils n’arrivent à s’accorder sur la valorisation de ces actifs. Il s’agit là d’un dossier « en cours » (même s’il a connu des suspensions) depuis bien avant que Dassault ne devienne l’actionnaire industriel de référence de l’ancien Thomson-CSF. En attendant, l’Etat se retrouve contraint de « financer deux sources de technologies identiques ».

L’optronique et la navigation inertielle ne sont pas des cas isolés. L’armement terrestre offre une autre illustration du relatif éclatement de l’industrie de défense française. J’en parlais notamment à l’automne 2009, quand le ministère de la Défense mettait la pression sur Thales pour qu’il prenne le contrôle de Nexter, l’ancien GIAT (Manœuvres terrestres ou Consolidation du secteur terrestre en Europe – scénarios possibles, par Thibault Lamidel).

En cette période de forte tension budgétaire, qui risque de se prolonger, voire de s’accroître fortement après les prochaines élections présidentielles, inutile de préciser que chaque euro compte. D’autant plus que comme je l’évoquais dans ma précédente chronique, la LPM de 2009 a fixé un objectif d’un milliard d’euros de crédits de R&D : il est absolument nécessaire que les industriels contribuent à l’effort (en particulier sur les phases amont de Recherche et technologie), ce qui nécessite qu’ils disposent d’une plus grande assise financière. Pas facile quand l’effort de défense rapporté au PIB diminue, ou quand l’intensité en R&D de l’économie française stagne.

Gagner en compétitivité sur les marchés export

La compétitivité est également mise en avant par Laurent Collet-Billon, qui encourage notre industrie à se montrer « moins frileuse hors de nos frontières ». Comme me l’expliquait l’un de mes clients, cadre dirigeant d’un de nos champions, il y a quelque temps, « la DGA n’est plus une vache à lait ». Ce qui risque d’être accentué par les coupes budgétaires déjà évoquées ci-dessus. Il faut donc de plus en plus se tourner vers l’étranger, et notamment le grand export. Certes, la défense, de par son lien avec la souveraineté nationale partout dans le monde, ne peut pas être considérée comme un marché lambda. Ne serait-ce que parce que la mission défense de service public ne relève pas du secteur marchand : l’optimisation financière n’y est pas la première priorité, et les relations interétatiques y jouent à plein. Ceci dit, la logique d’arsenal est une vision largement dépassée :

  • l'aspect "coûts" devient de plus en plus important pour les états, qui se mettent, et leur armée avec, à la rigueur budgétaire. Ainsi la recherche du mieux disant commence à entre dans les mœurs
  • avec le décloisonnement progressif (mais encore inégal et limité) des marchés nationaux, l'adéquation aux besoins opérationnels et la qualité des produits/services deviennent également des arguments de plus en plus importants
  • la dualité des technologies dans de nombreux domaines favorise l'entrée (en tant que sous-traitant ou fournisseurs de premier rang) sur le marché de défense d'acteurs venant du civil, donc rodés à la "compétition commerciale"

Il est vrai que les industriels français, se retranchant derrière un marché relativement important et protégé, n’ont peut-être pas fait les efforts nécessaires pour faire face à la compétition internationale qui s’accroît, avec la montée en puissance des BITD chinoise ou brésilienne (à laquelle ne sont pas étrangers les transferts de technologies consentis pour remporter quelques marchés, quitte à s’en mordre les doigts à moyen terme ?) au côté des concurrents traditionnels, américains ou européens, voire russes (qui connaissent eux aussi une importante rationalisation au travers d’une renationalisation faite de holdings intégrées verticalement, placées sous le contrôle de l’Etat). Il est évident qu’une taille modeste ne facilite pas le développement à l’international, même si Thales se fait le chantre de la stratégie multidomestique, au même titre d’ailleurs que BAE Systems (voir Un petit article sur l’approche multidomestique de BAE Systems).

Et au niveau européen ?

Alors que le DGA dans l’entretien donné au Monde n’aborde que la question des alliances entre acteurs français, la question se pose en fait plus largement, en premier lieu avec nos voisins européens. La volonté d’étendre le « modèle » EADS à d’autres filières, et en particulier au naval (pour rappel, des rumeurs de rapprochement de DCNS avec l’allemand Thyssen Krupp Marine ont été démenties en juillet) existe, mais nous entrons là carrément dans un nid de serpents de mer.


Alors que l’Italie et l’Espagne se sont ralliées début septembre à la France, l’Allemagne et la Pologne sur la volonté de renforcer la politique de défense commune au sein de l’UE, facteur d’intégration européenne, des voix appellent depuis longtemps à de meilleures synergies entre acteurs européens, qui aujourd’hui se concurrencent à l’export (hors UE) sans pour autant être particulièrement protégés (en dehors, en général, de leur pays d’origine) face à la compétition extra européenne. C’est le cas du conseil économique de la défense qui dès 2007 parlait d’un « Schengen de la défense », de pôles de compétitivité transnationaux et d’une meilleure coordination d’ensemble à l’étranger. Pour Josselin de Rohan, président de la commission de défense du Sénat, cité par Challenges :

La concurrence intra-européenne dans les drones, les sous-marins, les satellites ou les blindés est totalement destructrice.

Nos champions ont de fait beaucoup de mal à sortir de leurs relations de « meilleurs ennemis ». Comme l’indique le PDG de DCNS, Patrick Boissier :

Mes équipes sont ravies quand l’agressivité de nos offres oblige nos concurrents européens à vendre avec des marges négatives

Bref, la route vers la consolidation est longue, surtout si l’on se compare aux Américains, qui possèdent 4 groupes présents dans l’ensemble des secteurs de la défense, bénéficiant d’un important marché intérieur et s’appuyant, même s’ils connaissent aussi des problèmes de budget, sur une stratégie d’investissement public massive.

Des Américains qui, après leurs restructurations et regroupements des années 1990, ont enclenché des mouvements de prises de participation en Europe, dans un effort d’encerclement de nos industriels notamment dans le secteur terrestre. Au-delà de l’aspect commercial et des économies d’échelle, des rapprochements entre acteurs européens permettraient aussi, par augmentation du capital et de la surface financière (avec un bémol si les Etats se désengagent massivement), de mieux résister aux tentatives de prises de contrôle externes. On se souvient à ce sujet de l’offensive américaine menée par le Carlyle Group il y a un peu plus de dix ans au sein de l’industrie européenne de défense (Qinetiq, Bofors et Fiat Avio notamment).

Même sans parler de concentration, il y a une grande marge de progression en termes de coopération. A ce sujet, le prochain sommet franco-britannique, faisant écho aux traités binationaux et donc non-européens de novembre 2010, a été repoussé d’octobre à décembre. Au milieu des initiatives sur le nucléaire, d’achats croisés, de MCO de l’A400M, le projet commun de drone MALE, réunissant Dassault et BAE Systems mais laissant EADS de côté, fait craindre à certains un nouveau Rafale-Eurofighter, pas forcément productif au niveau global pour l’industrie de défense européenne.

De toute façon, comme le précise Laurent Collet-Billon, il ne faut rien attendre de fracassant en termes de reconfiguration avant, a minima, les prochaines élections présidentielles françaises, au printemps 2012.

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mercredi 17 août 2011

Chronique industrie - août 2011 : Rapport sur les PME et la Défense

Je reproduis ici ma première chronique mensuelle consacrée à l'industrie de défense pour l'Alliance Géostratégique.

***

Pour inaugurer ma nouvelle chronique mensuelle sur Alliance Géostratégique dédiée à l’industrie de défense, je souhaite revenir sur le Rapport d’Information sur les PME et la Défense déposé le 13 juillet dernier par la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée Nationale.


Dominique Caillaud et Jean Michel, qui ont présenté le rapport d'information


Florent de Saint Victor (Mars Attaque) a déjà adressé le sujet en soulignant la dimension « intelligence économique » des recommandations du rapport (De l’intelligence économique pour les PME de la défense ?). Ce dernier aborde également deux autres aspects importants, à savoir le soutien à l’innovation et le lien entre PME et grands groupes.

Incidemment, il s’agit de thèmes développés dans mon intervention « État, grande stratégie et protection de l’économie » lors du colloque « Guerre et Économie » du 1er juillet à l'École Militaire. Une manière de dire que la plupart des constats et des grands axes de progrès sont partagés, mais que leur mise en œuvre effective pose problème.


Une situation d’ensemble difficile


Le contexte, pour les 4000 PME (en comptant celles ayant des activités duales) de défense, est en France marqué par :

  • une baisse des commandes militaires
  • une diminution des crédits de Recherche & Développement (qui s’expriment notamment au travers des Plans d’Etudes Amont financés par la DGA)

Ceci pousse un grand nombre de PME de défense (secteur exigeant en dépenses liées à l’innovation) développant des produits duaux à privilégier les débouchés civils. Ainsi le rapport d’information évoque une étude réalisée par la CCI de Lyon auprès d’un panel de 120 entreprises selon laquelle la part du militaire dépasse les 50% du CA dans seulement 20% des cas. Tout cela n’est évidemment pas nouveau et touche également nos plus grands acteurs industriels (voir La tentation du civil des fleurons du militaire). Toujours est-il que l’impact à moyen et long terme sur l’indépendance stratégique de la France ne doit pas être sous-estimé. Ne serait-ce que parce que, même si le contexte économique mondial actuel est particulièrement morose, des acteurs émergents (qui ont en fait émergé depuis un certain temps) et certains de nos « partenaires » mettent l’accent sur l’acquisition et le développement de savoir-faire de souveraineté au travers d'investissements massifs en R&D.

D’autant que les PME portent une part importante des capacités d’innovation, de rupture, et constituent un maillon important de l’ancrage territorial de l’économie nationale et de notre base industrielle de défense. Avec un maillage qui par rapport à celui de notre voisin allemand, disposant par ailleurs d’un Mittelstand (entreprises de taille intermédiaire) dense et conquérant (voir Le Mittelstand, notre chaînon manquant), est assez lâche.

De plus, comme le souligne le rapport, le cadre règlementaire (notamment les marchés publics de défense) ne favorise pas les PME, cantonnées aux rôles de sous-traitants et en situation de forte dépendance vis-à-vis des grands groupes, qui sont souvent leurs clients quasi exclusifs, qui sont tentées d’en prendre le contrôle capitalistique et qui jouent le rôle de maître d’œuvre dans les grands programmes publics. L’absence de statut de primo-contractant empêche le référencement par les attachés d’armements des ambassades, ce qui nuit au développement international. On voit là une marge de progrès dans la coordination des différents organismes publics de soutien à l’exportation.


Pour une meilleure coordination des efforts de R&D


Le rapport souligne les efforts déjà engagés pour soutenir la R&D au sein du secteur de la défense et du tissu de PME, tout en mettant en exergue leur extrême dispersion. On peut ainsi citer :

  • Le dispositif RAPID mis en œuvre par la DGA et la Direction Générale de la Compétitivité, de l’Innovation et des Services (DGCIS) dépendant de Bercy, visant à favoriser les technologies duales au sein des PME (j’en parlais lors de sa création en 2009) au travers du financement de projets innovants
  • Les pôles de compétitivité, mis en œuvre à partir de 2005, et dont plusieurs concernent au premier chef la défense (System@tic, Aerospace Valley…), qui au-delà de la mise en réseau locale de différents acteurs d’une filière sont le vecteur de financement de projets de R&D, au travers de fonds (Fonds Unique Interministériel) gérés par OSEO et alloués par la DGCIS
  • Les actions mises en place au niveau régional (fonds de garantie…) qui viennent en complément des actions nationales
  • Le Fonds Stratégique d’Investissement, doté de 20 milliards d’euros, ce qui en fait le vingtième fonds souverain au monde (même si les PME de défense ne sont pas spécifiquement identifiées comme les cibles privilégiées !)

Au-delà de la relative jeunesse de ces initiatives qui empêche d’en mesurer pleinement les effets, il convient de relever l’absence de coordination d’ensemble, notamment inter-régionale (doublons sur le laser entre l’Aquitaine et le Rhône-Alpes par exemple). Le rapport ne fait ainsi que rappeler l’importance de définir des orientations stratégiques et de s’y tenir, afin de canaliser au mieux l’utilisation de ressources (relativement) limitées. Cela souligne en creux le non-respect (sur ces sujets) des axes portés par le Livre Blanc de la Défense, mais qui s’en souvient ?

Et les auteurs de souligner le nécessaire « engagement politique » au niveau national qui doit permettre de se concentrer, alors que la France n’est ni un petit pays ultra-spécialisable ni une hyperpuissance pouvant se permettre des investissements tout azimut, sur les secteurs devant garantir notre avenir (indépendance stratégique et pérennité économique). Les 71 (!) pôles de compétitivité illustrent bien cette incapacité à décider et faire des choix clairs quant au périmètre stratégique de notre économie (d'autant que les PME ont souvent du mal à se tailler la part du lion dans les projets financés sur fonds publics). Certes l’échelon régional est déterminant dans le domaine économique, et l'État doit savoir déconcentrer et décentraliser. Cependant les collectivités territoriales ne sont pas les entités les plus qualifiées pour accompagner la définition d’un « business model » national, en lien avec les acteurs industriels. Ceci dit, les parlementaires n'indiquent pas les modalités de la coordination nationale qu'ils appellent de leurs vœux.

En ce qui concerne le montant des aides publiques à l’innovation, le rapport reste modeste, au vu, nous l’avons évoqué, du contexte économique et financier actuel : si une hausse des crédits liés à la R&D de défense apparaît indispensable (il est rappelé l’objectif d’un milliard d’euros à horizon 2014 défini de la Loi de Programmation Militaire de 2009 ainsi que la « sanctuarisation » de 3,5% des crédits alloués à la mission « Défense » pour la R&D), elle apparaît peu crédible à très court terme. Le rapport recommande cependant de confier à la DGA « une enveloppe de 20 millions d’euros mobilisables très rapidement pour soutenir l’innovation et aider les PME », sans être vraiment très clair sur la destination exacte de cette enveloppe, ni sur le pourquoi d’un tel montant. Ce manque de moyens rend d’autant plus crucial le choix de priorités réalistes, et donc nécessairement limitées (objectif difficile à atteindre en période pré-électorale ?).


Pour un jeu plus collectif entre PME et grands groupes de défense


Le relatif manque de coordination existe aussi au sein du secteur défense, entre grands groupes (nos fleurons que sont les EADS, Thales, Dassault…) et entreprises intermédiaires ou plus petites. Ainsi le rapport précise que l’écosystème allemand est marqué par une plus grande cohésion entre ces deux catégories d’acteurs.

Et ceci, malgré les initiatives françaises telles que celles mises en œuvre par les groupements professionnels, qu’ils soient :

  • verticaux (i.e. au sein d’un même domaine : GICAN, GIFAS et GICAT) : groupes de travail spécifiques aux PME, visant à favoriser leur accès aux marchés à l’étranger, une meilleure circulation de l’information avec leurs donneurs d’ordres (i.e. les maîtres d’œuvre), la défense de leurs intérêts spécifiques…
  • horizontaux (Comité Richelieu et Pacte PME, association visant à promouvoir les liens entre grands groupes et les PME) : mise en réseau et diffusion de bonnes pratiques

Le rapport préconise donc, afin notamment de bâtir une meilleure « équipe France » sur les marchés à l'étranger, de revoir ce lien entre grands groupes et PME. Ceci en premier lieu en faisant sortir ces dernières de leur statut exclusif de sous-traitants (par exemple en leur confiant directement des PEA comme mentionné ci-dessus), seul moyen de les faire gagner en taille et poids. Mais également en adaptant le cadre réglementaire des marchés publics, afin

  • d'éviter ou de limiter certains effets pervers de la sous-traitance en cascade. Même si cela n'est pas spécifique à la défense, les maîtres d'œuvre ou primo-contractants reportent sur leurs propres fournisseurs une bonne part de leurs efforts de flexibilité
  • d'améliorer les critères d'évaluation des candidats à un marché, en se demandant par exemple si le chiffre d'affaires (qui amène fréquemment à écarter des PME) est déterminant pour juger de la solidité financière d'une entreprise, si celle-ci a montré par ailleurs sa pérennité et sa crédibilité

Finalement, sans la nommer, les rapporteurs avancent l'idée d'un Small Business Act à la française, l'un des chouchous des promoteurs du concept de « patriotisme économique » (voir par exemple Patriotisme économique : de la guerre à la paix économique de Bernard Carayon). Ceci dit, même les Américains montrés en exemple en saisissent les limites, car ils pêchent par manque de discrimination, en confondant souvent « petite entreprise » et « jeune entreprise ».


Conclusion


Ce rapport d'information contient finalement peu de nouveautés sur l'aspect innovation (reprenant les conclusions de la LPM de 2009) et apporte peu de réponses opérationnelles sur les problèmes cruciaux qu'il soulève. Étonnamment, il n'aborde pas la dimension européenne hormis pour évoquer la relative fermeture de certains marchés nationaux. Il ne parle pas de fiscalité ni d'accès aux financements non publics. Il met cependant le doigt sur des faiblesses qui nécessitent une sensibilisation de longue haleine pour assurer la diffusion des bons messages auprès de nos décideurs politiques et leur appropriation. Il est vraiment temps que nos PME de défense (mais pas seulement) disposent d’un environnement leur permettant de se développer, si bien sûr elles sont performantes, et de se transformer en entreprises de taille intermédiaire. Ceci est indispensable pour assurer de façon pérenne notre souveraineté économique et technologique.

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