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vendredi 12 avril 2013

Publication "Guerre et économie : de l’économie de guerre à la guerre économique"

En juillet 2011 j'a participé au colloque "Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique" organisé entre autres par AGS à l'Ecole Militaire. Mon intervention s'est faite autour du sujet "Etat, grande stratégie et protection de l'économie".

Les actes, grâce à la persévérance sans faille d'Olivier Kempf, ont enfin été publiés récemment chez L'Harmattan, reprenant et enrichissant les propos tenus lors de cette journée particulièrement variée et intéressante. Je reproduis ici l'article d'Olivier sur l'ouvrage, et je vous invite bien évidemment à l'acquérir le plus rapidement possible !

***

AGS, il y a quelques mois, avait coorganisé un colloque sur Guerre et économie (voir ici). Les actes viennent d’en être publiés. Mais le livre est un peu plus fourni que de simples actes d’un colloque, et il est un peu plus qu’un simple ouvrage collectif. En effet, par son thème et par sa volonté de réunir deux aspects des relations entre la guerre et l’économie, il a pour ambition de revisiter un sujet curieusement négligé en France, celui de l’économie de défense. Cette dernière est un peu plus vaste que la simple « économie de l’industrie de défense » à laquelle elle est souvent assimilée. Aussi, avoir un livre qui rassemble, entre autres, Jacques Sapir, Ch. Schmidt, N. Bouzou, Ch. Harbulot, Ali Laïdi suscite l’intérêt.
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Voici donc les Actes du colloque organisé par Participation et progrès, Alliance géostratégique et l’École de guerre économique, en partenariat avec EPEE, le 1er juillet 2011 à l’École militaire. Aperçu sur l’avant-propos et le sommaire complet:
Avant-propos
Guerre et économie : ç’aurait pu être un de ces colloques courants, aux sujets rebattus, où les figures habituelles dispensent à répétition leurs non-messages monotones. Et pourtant, cela fait des lustres qu’un colloque ne s’est pas interrogé sérieusement sur les rapports entre guerre et économie. Soyons ici précis : il y a bien sûr des colloques évoquant « l’économie de défense », et d’excellents : mais ils sont surtout orientés vers l’industrie de défense, sa concurrence, ses conditions, son avenir. Or, ce n’est pas ce dont nous parlerons.
Quant à l’économie de défense, si elle avait connu une certaine effervescence à la fin des années 1990, (grâce à des auteurs comme Christian Schmidt, Nicole Chaix, Jean-Paul Hébert (+), Jacques Aben, Jacques Fontanel, …), l’impulsion initiale n’a pas été suivie, à la différence des pays anglo-saxons où une école de « défense and peace economics » témoigne d’une vigueur certaine .
Pourtant, il faut bien constater, aujourd’hui, l’interpénétration de la guerre et de l’économie : l’économie étant guerrière, et la guerre teintée d’économie.
1/ L’économie est-elle en guerre ?
L’utilisation du vocabulaire de la stratégie dans le monde de l’économie, notamment celui de l’entreprise, ne date pas d’hier : stratégie, tactique, cible, offensive, objectif, … autant de mots utilisés par les managers ou les dirigeants de Bercy. il faut également constater une inflation du mot guerre dans le discours ambiant (guerre à la drogue, à la délinquance, à la pauvreté, à la mucoviscidose…) et plus particulièrement dans celui de l’économie : la « guerre économique » est une expression qui fait florès, sans même parler de la guerre des monnaies, la guerre des taux, la guerre des matières premières, …. Cela mérite qu’on s’y attarde à nouveau en posant cinq questions :
  • a/ Cette guerre économique recouvre-t-elle seulement la concurrence exacerbée entre les entreprises, dont les conditions seraient plus intenses aujourd’hui ? si oui pourquoi ? qu’est-ce qui a changé ? et comment expliquer les phénomènes de coopétition, qui paraissent bien loin d’une expérience guerrière qui chercherait toujours la destruction de l’opposant ?
  • b/ S’agit-il de l’effet d’une mondialisation plus poussée qu’avant et qui verrait l’apparition de nouveaux acteurs, dit émergents : ceux-ci utiliseraient des atouts économiques (faut-il parler d’armes ?) qui mettraient en danger les structures économiques des leaders précédents ?
  • c/ Faut-il évoquer la compétition accrue pour des ressources rares : l’énergie vient la première à l’esprit, si on pense aux débats sur le pic pétrolier ou « la guerre du gaz », mais on voit apparaître des tensions sur l’ensemble des matières premières qui toutes, à tour de rôle, connaissent des flambées spéculatives qui ne sont pas dues seulement au dérèglements des marchés ; de même, la question des « terres rares » monopolisées par la Chine, les disputes accrues sur la maîtrise de l’eau, l’achat croissant de terres arables constituent autant d’indices qu’il y a une interpénétration entre le jeu économique (meilleure allocation des ressources rares) et la réalité écologique.
  • d/ On a de même l’impression que l’espace économique s’est compliqué avec le cyberespace : l’informatique mise en réseau facilite le développement économique, mais ouvre dans le même temps de nouvelles failles que la concurrence exploitera : tout le domaine de l’intelligence économique a ainsi un soubassement cyber qui est le lieu d’affrontements discrets, mais ô combien efficaces, et que l’analyse économique doit appréhender, par exemple en se posant la question : s’agit-il de deux espaces conflictuels distincts, ou faut-il les intégrer ?
  • e/ Dernière question, celle du rôle des acteurs, et tout d’abord de l’État : celui-ci avait été remisé lors de la mondialisation bienheureuse, on s’aperçoit, avec la crise, qu’il conserve encore quelque utilité : il ne s’agit pas seulement de régulation, mais aussi d’assurer une garantie en dernier ressort, notamment quand les dettes privées ne sont plus couvertes par les mécanismes de marché. Cependant, outre ce rôle que l’on pourra dire traditionnel, n’y a-t-il pas place pour un rôle plus actif de l’État, au service des entreprises, et selon une logique nationale et souveraine ? de ce point de vue, la « guerre économique » constituerait la conjonction des intérêts publics et privés, aussi bien dans l’offensive que dans la défensive, et selon des règles tacites d’autant plus vigoureuses que les conditions « extérieures » seraient plus pressantes.
Autant de questions qui veulent analyser cette notion de guerre économique, et ne pas la prendre pour « argent comptant ». Mais il faut aussi aborder les choses selon un autre point de vue, celui de la guerre.
2/ La guerre n’est-elle dorénavant qu’affaire d’économie ?
Les historiens et les stratèges évoquent depuis longtemps l’économie de guerre : la guerre industrielle, initiée au milieu du XIX° siècle, a conduit aux guerres totales du XX° siècle : si on sait donc qu’économie et guerre ont parties liées, on se rend compte aujourd’hui que la façon de conduire la guerre dépend directement du mode d’accumulation et de production. Là encore, cinq questions se posent.
  • a/ Tout d’abord, une interrogation vient immédiatement à l’esprit : les modifications actuelles des systèmes de production et d’accumulation économiques vont-ils avoir des conséquences sur la conduite de la guerre, et lesquelles ?
  • b/ En supposant que oui et en allant plus dans le détail, comment la complexité de l’économie (qu’on vient d’évoquer) affecte-t-elle déjà le déroulement de la guerre ? Y a-t-il des gammes de la guerre comme il y a des gammes de produits ? Peut-on parler de guerres low-cost qui s’opposeraient aux guerres high-cost, qu’on n’ose dire haut de gamme ? Et comment ces deux types de guerre peuvent-ils coexister ? Un acteur de la guerre, régulier ou irrégulier, a-t-il le choix lorsqu’il construit son appareil militaire ? Est-il optimal (à supposer que cela soit possible) de vouloir se positionner dans toutes les gammes, ou la préférence donnée à l’une ne conduit-elle pas à une asymétrie systémique ? Ne faut-il pas parler de « concurrence » des modèles de guerre, en utilisant les outils de l’analyse économique pour déterminer le choix le plus efficient ?
  • c/ La guerre contemporaine connaît une profonde mutation, n’étant plus que rarement régulière. Cet élargissement de la conflictualité paraît d’ailleurs similaire à l’élargissement de la compétition économique que nous avons déjà évoqué. Ne faut-il pas, dès lors, introduire l’espace économique comme un des nouveaux espaces lisses de la guerre, le macro renvoyant au stratégique, le micro au tactique ?
  • d/ Pareillement, la notion de crise est également utilisée par les stratèges et les économistes : y a-t-il une liaison de cause à effet entre une crise économique et une crise stratégique ? Cette liaison obéit-elle d’ailleurs à une causalité simple ?
  • e/ Comment les stratèges contemporains utilisent-ils les outils économiques ? cette question se pose au travers de la privatisation de la guerre (développement des sociétés militaires privées, mais aussi des sous-traitants locaux) et donc du partage du monopole étatique de la violence ; elle se pose aussi dans le contexte de l’approche globale, l’action militaire ne pouvant plus à elle seule décider de l’issue d’un conflit et devant donc se conjuguer avec d’autres actions (sécuritaires, diplomatiques, d’éducation, de justice, de développement) : quelle coopération envisager avec les acteurs économiques, à buts lucratifs ou non, dans la sortie de crise ? Comment concilier le profit des uns et les buts de guerre des autres ?
On l’a compris, les questionnements sur la guerre et l’économie ont pris une épaisseur nouvelle, à l’aune des évolutions tant du monde économique (mondialisation, crise de 2008, émergence) que du monde stratégique (guerre irrégulière, développement de réseaux privés, crise écologique, révoltes arabes).
Un colloque ne propose que des réponses forcément partielles à ces questions : espérons simplement qu’il contribuera à relancer l’intérêt pour ce champ passionnant qu’est l’économie de défense.
Les textes réunis ici ne reprennent pas l’ordre adopté lors du colloque : ils ont été réordonnés et augmentés de quelques contributions nouvelles. Une première partie s’intéresse à la guerre face à l’économie, afin de penser économiquement la guerre (A) mais aussi de décrypter le rôle de l’économie dans la conduite de la guerre (B).
Une deuxième partie étudie la guerre économique, en évoquant l’économie en guerre (A) puis en décrivant quelques procédés de guerre économique (B).
Avant propos : des relations entre la guerre et l’économie (O. Kempf)
1ère partie : la guerre face à l’économie
  • Thème 1 : Penser économiquement la guerre
  • Crises et guerres : de la crise économique à la crise stratégique (Christian Schmidt)
  • L’économie de guerre a-t-elle encore un avenir (Jacques Sapir)
  • La guerre et l’économie : de la micro à la macro ; du tactique au stratégique (Olivier Marcotte)
  • Mutations de l’économie, formes de la guerre (Nicolas Mazzucchi)
  • Thème 2 : rôle de l’économie dans la conduite de la guerre
  • Le modèle low cost appliqué à la guerre (Stéphane Dossé)
  • Guerre irrégulière, actions civiles, actions militaires (François Chauvancy)
  • La guerre, la ville et l’économie (Bénédicte Tratnjek)
  • Entreprenariat militaire et modèle économique : esquisse d’une typologie historique du recours au mercenariat (Georges-Henri Bricet des Vallons & Sébastien Le Gal)
2ème Partie : la guerre économique.
  • Thème 3 : L’économie en guerre
  • État, grande stratégie et protection de l’économie (Jean Pujol)
  • La grille de lecture Puissance/Marché/Territoire (PMT) (Christian Harbulot)
  • Les pays en guerre économique (Ali Laïdi)
  • La piraterie maritime : un business porteur ? (Sonia Le Gouriellec)
  • La guerre et l’entreprise (Jacques Hogard)
  • Cyberguerre et économie (Guillaume Tissier)
  • Thème 4 : procédés de la guerre économique
  • Monnaies : l’Europe doit s’armer pour éviter la guerre (Nicolas Bouzou)
  • Guerre en coalition et guerre des normes (Florent de Saint Victor)
  • De la sécurité énergétique à la sécurité des flux (Olivier Kempf)
  • Stratégie des approvisionnements (Matthieu Anquez)
  • L’affrontement sino-américain autour des terres rares, entre survie et expansion des puissances (Edouard Chanot)
Conclusion (Pierre Pascallon)
  • Bibliographie
  • Table des matières



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dimanche 24 juin 2012

Défense et des bulles – juin 2012 : Notre mère la guerre de Kris et Maël


J'ai eu un gros coup de coeur pour le premier tome (« Première complainte ») de Notre mère la guerre, par Kris au scénario et Maël au dessin. Certes, j'ai un faible pour les BD traitant de la Première Guerre Mondiale (voir par exemple Le soldat inconnu vivant), mais celle-ci vaut vraiment le détour.
Janvier 1915, sur le front de la der des ders, en Champagne pouilleuse, l'histoire rencontre l'Histoire quand trois femmes sont retrouvées assassinées, toutes avec une lettre d'adieu signée de la main de leur meurtrier.

Le lieutenant Vialatte, gendarme originaire du Sud-Ouest (Tarn-et-Garonne), catholique et humaniste, amateur de Péguy et qui a grandi avec une image « romantique », selon ses propres termes, de la guerre, est chargé de l'enquête. Il se heurte rapidement à l'Etat-Major, qui veut rapidement clore l'affaire, mais également aux Poilus, qui voient d'un mauvais oeil un « cogne » de l'arrière venir les accuser de meurtre, alors qu'ils tentent tous les jours de survivre à l'hiver rigoureux et aux obus allemands.
La barrière qui le sépare des autres personnages est ainsi explicitée par un échange avec un capitaine d'infanterie :
- Mais lui a-t-on dit, à votre général, que les gendarmes sont des militaires ?
- Des militaires, oui... mais pas des soldats..
Au travers du lieutenant Vialatte, le lecteur découvre progressivement le quotidien de la ligne de front, entre échanges de tirs avec le camp adverse, stress post-traumatique et cambriolages des tranchées pendant les phases de repli. Le dessin et l'encrage particulièrement léchés contribuent fortement à créer une atmosphère sombre voire désespérée, synthèse réussie des genres du polar noir et du récit de guerre. Les dialogues, remplis d'argots régionaux et d'époque, sont particulièrement vivants et colorés. Les allusions politiques restent subtiles, notamment lors des échanges entre le gendarme et un caporal « internationaliste » mais consciencieux et dévoué à ses hommes (il faut dire que depuis août 1914 « le socialisme s'est découvert patriote »). Le style est très différent de celui d'un Tardi (Putain de guerre !) mais l'effet est tout aussi fort.
Certes, depuis un certain temps les films, documentaires, romans et bandes-dessinées sur la Grande Guerre s'accumulent, en véhiculant plus ou moins le même type de message, mais on lit d'une traite l'histoire de cet idéaliste qui tente de préserver la dignité humaine et la recherche de la vérité au milieu de l'enfer. Particulièrement quand il s'entend dire par un pauvre bougre envoyé en première ligne, en référence à la mort de Gavroche dans Les Misérables :
Les livres mentent. Et ceux d'Hugo en premier. Quand on meurt, sur la barricade ou dans la tranchée, on ne chante pas. On chie dans son froc.
Je viens de me plonger dans le deuxième tome, qui commence par une séquence assez "graphique" (calque de l'anglais) illustrant une offensive, que l'on peut résumer par le dialogue suivant :
- Bon... certain de sa mort ? Vous avez vérifié le corps ?
- Son corps ? Il était éparpillé sur mon visage, mon lieutenant...

P.S. : au passage, je signale à tout hasard que l'excellent Capitaine Conan de Betrand Tavernier figure au nombre des chefs d'oeuvre du film de guerre de la collection créée par Guerres & Histoire. A voir absolument !

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lundi 28 mai 2012

Défense et des bulles – mai 2012 : Des soldats d’honneur (Donjon)


Tous les fans de BD franco-belge connaissent la série d’heroic fantasy Donjon, créée par Lewis Trondheim (Lapinot, Les cosmonautes du futur…) et Joann Sfar (Le chat du rabbin, Le minuscule mousquetaire, Socrate le demi-chien…) en 1998, et constituée à ce jour de plus d’une trentaine d’albums– un rythme assez exceptionnel pour de la bande-dessinée, bien que la dernière publication remonte à 2009.
S’inspirant du jeu de rôle Donjons et Dragons, elle est centrée sur l’histoire d’un Donjon, où des aventuriers viennent tenter leur chance de rafler une partie du trésor, bien gardé par toute une troupe de monstres et autres guerriers, placés sous l’autorité bienveillante du Gardien.
L’originalité tient au fait que les histoire sont racontées du point de vue de ces derniers, et non des intrépides aventuriers qui presque tous sans exception viennent mourir leur épée à la main. A noter, comme très souvent chez Trondheim, que les personnages sont tous des bipèdes de diverses espèces (chiens, oiseaux, reptiles) anthropomorphiques.
La série, ni historique ni militaire, mais au sein de laquelle la guerre est omniprésente, est elle-même découpée en cinq sous-séries :
  • Donjon Potron-Minet, qui raconte la jeunesse du gardien, avant la création du Donjon
  • Donjon Zénith, ou l’époque de la splendeur du Donjon
  • Donjon Crépuscule, après la chute du Donjon, qui se déroule dans un monde post-apocalyptique
  • Donjon Parade, des aventures plutôt humoristiques centrées sur deux des personnages principaux, chronologiquement au milieu de Donjon Zénith
  • Donjon Monsters, dont chaque album sert de « back story » à l’un des personnages secondaires de Donjon Porton-Minet, Donjon Zénith ou Donjon Crépuscule
Pour la chronique de ce mois-ci, je souhaite faire un focus plus particulier sur le Tome 10 de Donjon Monsters, intitulé Des soldats d’honneur, se situant chronologiquement entre Donjon Zénith et Donjon Crépuscule, et pour lequel Sfar et Trondheim au scénario se sont adjoints les services de Bézian au dessin (la collaboration avec des dessinateurs différents pour chaque album est l’une des caractéristiques de Donjon Monsters).
L’on y suit deux frères draconistes (terme jamais vraiment défini à ma connaissance, mais désignant des reptiliens adeptes d’une religion de type chamanique), membres de la Géhenne, l’armée du Grand Khan, qui règne alors sur le Donjon et une grande partie de Terra Amata, la planète de la série Donjon.
Initialement, ils sont totalement dévoués à leur empereur, comme en témoigne le quatrième de couverture :
Le Grand Khan est notre chef et je luis obéis aveuglément. Être sous les ordres d’un tel leader est un privilège rare. Il illumine nos vies et comble nos incertitudes. Je donnerais ma vie pour lui. D’autant plus qu’il la prendrait si je ne la lui offrais pas.
Tellement dévoués qu’ils prennent très à coeur un poste de surveillance insignifiant, à la finalité inepte, qui consiste principalement à combattre des cailloux. Mais suite à la faute de l’un d’entre eux, lourdement condamné pour l’exemple, ils vont s’embarquer dans une quête pendant laquelle ils vont commencer à se poser des questions, sur le sens de l’honneur, de leur engagement, de leur vie.
Il s’agit probablement de l’un des albums les plus singuliers de l’ensemble de la série.
Premièrement, parce qu’il peut se lire de façon totalement indépendante, n’ayant qu’un lien ténu avec l’histoire principale de Donjon Crépuscule, même si seuls ceux qui ont lu Donjon Crépuscule pourront en apprécier l’ensemble des subtilités.
Ensuite parce qu’il est noir, très noir. L’humour qui marque la plupart des albums, dans les situations ou les dialogues, est ici totalement absent. Le dessin de Bézian y est certainement pour quelque chose : très crayonné, très sombre – il en existe d’ailleurs une série limité en noir et blanc – dans un récit où la mort est omniprésente, alors que les autres albums de Donjon sont dans l’ensemble très colorés.
Troisième caractéristique, ajoutant à l’effet mélancolique, l’absence de dialogue, laissant la place au monologue intérieur, à la manière d’une voix off, de l’un des deux frères draconistes. Ses ruminations exposent peu à peu, même de façon inconsciente, les côtés absurdes de la guerre, de l’obéissance aveugle et du sens de l’honneur poussé à l’extrême.
En conclusion, il s’agit de mon point de vue de l’un des meilleurs tomes de Donjon, toutes séries confondues, même s’il n’est pas représentatif du reste de la série, dont j’espère voir la suite publiée très bientôt.

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jeudi 17 mai 2012

Guerres & Histoire : 5 lots à gagner pour les lecteurs de Mon Blog Défense

Vous connaissez tous le magazine Guerres & Histoire, souvent évoqué sur le blog, ainsi que la collection Chefs d'oeuvre du film de guerre lancée par le magazine. 

J'ai le plaisir de vous informer que  5 "packs" comprenant le dernier numéro de Guerres & Histoire + le 1er DVD de la collection (Mer cruelle de Charles Frend) et son livret collector sont à gagner pour les lecteurs de Mon Blog Défense.


Les règles sont simples : il vous suffit de poster un commentaire (avec un email valide, qui ne sera visible que de moi) mentionnant votre film de guerre préféré, qu'il figure dans la collection de G&H ou non. Les cinq premiers seront les gagnants. Je relèverai les compteurs le dimanche 27 mai


Bonne chance !

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dimanche 22 avril 2012

Défense et des bulles – avril 2012 : Bonneval Pacha (Tome 1)

J'avoue ne jamais avoir entendu parler de Claude Alexandre de Bonneval avant la lecture du premier tome (L'insoumis) de sa biographie en bande-dessinée, Bonneval Pacha. Nous la devons à l'un de ses descendants, Gwen de Bonneval, pour le scénario, et Hugues Micol pour le dessin.

Le comte de Bonneval (1675 – 1747) est un personnage manifestement haut en couleur qui connut une certaine célébrité à son époque (comme en témoignent les citations de Saint-Simon, Sainte-Beuve ou Voltaire qui figurent sur le quatrième de couverture), de fausses Mémoires ayant même été publiées. Celles-ci constituent d'ailleurs le point de départ de l'histoire, qui se présente sous la forme d'une autobiographie racontée en 1741 par celui qui s'était alors converti à l'islam et mis au service du sultan ottoman.

Le premier tome revient sur ses premières années, de sa naissance par une nuit d' « orage épouvantable », jusqu'à sa fuite en 1705 pour l'Autriche suite à un conflit avec Michel Chamillart, alors secrétaire d'Etat de la guerre. Entre temps, on y découvre un jeune homme de bonne famille, passionné par la lecture (« j'ai trouvé le secret de lire, tous les jours de ma vie, quatre heures »), qui intégra dès 11 ans les gardes de la marine de Rochefort, où il eut l'occasion de servir sous les ordres du vice-amiral de Tourville.

Il se retrouva rapidement au coeur du conflit qui faisait alors rage entre la France de Louis XIV et une grande partie des puissances européennes, autour du trône d'Angleterre, que Jacques II, cousin du Roi Soleil, souhaitait prendre à Guillaume d'Orange (dans le cadre plus global de la guerre de la Ligue d'Augsbourg). Il fut ainsi présent lors de la bataille du cap de Béveziers et rencontra Colbert à 13 ans, qui dans la BD le nomme au grade d'enseigne de vaisseau.

Un peu plus tard, sa carrière connait des hauts et des bas, souvent pour des raisons de coeur, mais le brillant soldat et infatigable bretteur est embarqué dans la guerre de succession d'Espagne au début du XVIIIe siècle, au grade de colonel d'infanterie, sous les ordres du maréchal de Catinat, puis du marécgal de Villeroy et enfin du duc de Vendôme, qu'il tenait en haute estime.

Le récit des trente premières années du comte de Bonneval est rondement mené. Les scènes de bataille, sur terre ou sur mer, sont plutôt réussies, et l'esprit de l'époque est bien retranscrit, même s'il faut, pour pleinement l'apprécier, quelques connaissances historiques (ce qui est bien naturel pour une telle bande-dessinée). Bien entendu, même si le scénariste se base sur une bibliographie relativement fournie, rien de permet d'affirmer que les évènements sont décrits avec exactitude. On attend cependant la suite de cette série, recommandée par Historia, avec impatience !

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vendredi 20 avril 2012

La DAS publie son rapport "Horizons Stratégiques"

La Délégation aux Affaires Stratégiques du ministère de la Défense a publié en ligne son rapport "Horizons Stratégiques".

Il s'agit d'un plan prospectif à 30 ans visant à orienter la politique de défense et les programmes d'armement, à la lumière de l'analyse de l'environnement international :

La complexité du contexte stratégique requiert une aptitude accrue à anticiper les crises afin que la France dispose, le moment venu, des capacités militaires adaptées à son rôle sur la scène internationale. Dans ce cadre, l'élaboration des systèmes de force conditionne l'adaptation des armées aux types d'engagements futurs prévisibles.

Bonne lecture (je m'y mettrai moi-même très prochainement).

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vendredi 13 avril 2012

Guerres & Histoire : le numéro 6 est dans les kiosques !


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dimanche 25 mars 2012

Défense et des bulles – mars 2012 : Le soldat inconnu vivant, de Jean Yves Le Naour et Mauro Lirussi

Le soldat inconnu vivant de Jean Yves Le Naour et Mauro Lirussi est l’adaptation en bande dessinée de l’ouvrage éponyme du premier cité. Il raconte l’histoire assez hallucinante mais vraie d’un rescapé de la Première Guerre Mondiale, amnésique, qui pendant vingt-quatre ans va voir des familles de la France entière se déchirer pour récupérer un fils, un frère ou un mari.

Le personnage est découvert le 1er février 1918 errant à la gare de Lyon-Brotteaux, probablement rapatrié d’un convoi de blessés depuis l’Allemagne.


N’étant pas historien et n’ayant pas lu ou vu les autres productions consacrées à l’histoire du dénommé Anthelme Mangin (identité qui lui est extirpée à son retour du front, alors qu’il est en état de commotion), je ne peux juger de la véracité d’ensemble du récit. Cependant la BD rend bien compte du décalage entre l’effacement du personnage principal, passif et à jamais enfermé dans un état de semi-prostration, et :

  • l’abnégation du docteur Feynarou, responsable de l’hôpital psychiatrique de Rodez dans lequel échoue Mangin, qui n’aura de cesse, parfois en forçant la main des élus et de ses supérieurs, d’établir la véritable identité de son patient
  • la conviction frisant parfois le délire de ses « proches », pour lesquels le deuil est impossible, qui le reconnaissent malgré les centimètres en moins, les cicatrices qui manquent, les dates qui ne concordent pas ou les photos manifestement non ressemblantes

La petite histoire rejoint la grande de l’entre-deux-guerres : la Grande Guerre, c’est pour la France environ 1,5 millions de morts et près de 250 000 disparus dont on a aucune trace. Et donc un très grand nombre de familles laissées dans le doute. C’est ainsi que, lorsque vient l’idée de publier la photo de Mangin dans la presse, près de 300 familles, sur plusieurs années, croient reconnaître un proche, et pas seulement, loin s’en faut, pour toucher sa pension. On est ainsi pris dans un tourbillon, qui semble sans fin, d’autant que l’amnésie dont souffre l’ancien poilu est définitive : aucun indice ne viendra de lui. C’est aussi à une satire de la politique politicienne locale et des effets pervers de la médiatisation que l’on assiste.

Je vous épargne les détails et fausses pistes mais l’affaire est portée devant les tribunaux, et il faudra attendre 1937, alors que le soufflé est largement retombé et que d’autres évènements occupent l’esprit des Français, pour que les experts rendent leur verdict définitif : Anthelme Mangin est Octave Monjoin, blessé dès 1914 et fait prisonnier. Fait pour le moins extraordinaire, la famille Monjoin fait preuve de très peu de diligence quant à la reconnaissance d’Octave. Cependant, le jeu des renvois en appel et cassation font que le pauvre Mangin mourra en 1942, dans l’oubli, avant la conclusion judiciaire de son affaire…

A noter également que dans l’ouvrage apparaît Jean Anouilh, qui s’inspirera de Mangin pour sa pièce le Voyageur sans bagage, dans laquelle un soldat amnésique refuse de reconnaître sa vraie famille et son ancienne identité, pour préférer se construire une nouvelle vie au sein d’une autre famille qui l’avait « reconnu ».

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dimanche 26 février 2012

Défense et des bulles – février 2012 : Petite histoire du monde moderne. De la Bastille à Bagdad

Après De Christophe Colomb à la constitution américaine, lu à l’automne dernier, voici une petite fiche de lecture sur le deuxième tome de la Petite histoire du monde moderne de Larry Gonick.

Il reprend là où l’opus précédent s’arrêtait, c’est-à-dire dans les années 1780, aux prémices de la Révolution Française et s’achève au début du troisième millénaire.

Sur un ton humoristique, avec quelques anachronismes (délibérés), sont donc évoqués, entre autres, les guerres napoléoniennes, la traite des esclaves, le colonialisme, la montée du libéralisme, des nationalismes, du socialisme, ainsi que d’autres « -ismes » qui ont marqué le XIXème siècle. Puis suit le XXe siècle : les deux guerres mondiales, la guerre froide, la décolonisation, la montée du terrorisme.

Les personnages principaux de ces 200 pages ont pour nom Napoléon, Toussaint Louverture, Wilberforce, Hong Xiquan, Cecil Rhodes, Léopold, Bismarck, Karl Marx, Mendelssohn, Wagner, Herzl, le capitaine Dreyfus, Faraday, Maxwell, Einstein, Guillaume II, Enver Pasha, Trotsky, Lénine, Wilson, Hitler, Staline, Churchill, Mao, Sokarno, Gandhi, Nixon, Kissinger et enfin Ben Laden et Bush.

D’où il en ressort que Gonick n’est pas un grand fan de notre Révolution ni de Jean-Jacques Rousseau : cela, il le dit lui-même, dans des petites intermèdes où l’auteur, avec un look à la Einstein, brise le quatrième mur et s’adresse directement à son lectorat.

Comme pour le premier ouvrage, on notera à la fois des impasses (la Guerre de Sécession, et plus largement l’histoire américaine) et un très superficiel survol de certaines périodes, comme les trente dernières années (l’ouvrage est de 2009).

Autre point commun avec le tome 1, l’Histoire apparaît comme étant quasi exclusivement mue par les grands méchants Occidentaux et leur appétit de pouvoir et d’argent. Les différents évènements sont souvent présentés comme ayant une cause principale (voire quasi unique) directe. Certes, Larry Gonick n’est pas historien, et son ouvrage ne prétend pas remplacer une bonne encyclopédie, ne serait-ce qu’en termes de profondeur. Cependant, l’humour qui à mon sens faisait la force du premier ouvrage est ici trop omniprésent. Cela met les rieurs de son côté, mais brouille la frontière entre premier et second degrés, entre blague et ironie voire cynisme : on en vient à se demander si l’auteur prétend relater des faits concrets, donner son interprétation ou juste faire rire la gallerie.

D’autant que la vision « systémique » qui prévalait dans l’opus précédent est ici moins présente, ce qui donne parfois l’impression d’un enchevêtrement de situations ; ce que n’aide manifestement pas la longueur réduite de l’ouvrage au regard de la densité de l’Histoire depuis deux siècles. Mais c’est aussi dû au choix de l’auteur de se focaliser sur certains sujets (esclavage).

Autre détail légèrement perturbant pour le lecteur, de nombreux évènements ne sont pas explicitement datés, de même que certains personnages (principalement des gouvernants non occidentaux) ne sont jamais nommés. Et, comme dans De Christophe Colomb à la constitution américaine, la bande dessinée est parsemée de coquilles : les 100 jours de Napoléon ne se sont pas passés sur l’île d’Elbe, il intervertit le problème d’écartement des rails russes, les chemises brunes c’était en Allemagne et non pas en Italie…

On peut se demander si Golnick n’avait pas hâte d’achever son Histoire de l’Univers (qui débute avec le Big Bang), dans laquelle cette Petite histoire du monde s’inscrit. Malgré tout, et même si finalement on apprend peu de choses, ça se laisse lire…

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jeudi 16 février 2012

La couverture de Guerres & Histoire n°5, qui paraît demain

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samedi 14 janvier 2012

"Espace et Défense", sous la direction de Pierre Pascallon et Stéphane Dossé

Parce qu'il n'y a pas que le cyber-espace, vient de paraître "Espace et Défense" aux éditions l'Harmattan (260 pages, 26 €), sous la direction de Pierre Pascallon et Stéphane Dossé. L'ouvrage contient les actes du colloque du même nom, qui s'est tenu à l'Assemblée Nationale en novembre 2010.



Depuis quasiment un demi-siècle, l’espace est devenu de plus en plus un catalyseur des moyens de sécurité et de défense et l’utilisation de l’espace extra-atmosphérique dans cette perspective est désormais ainsi un enjeu majeur, les moyens spatiaux (satellites,…) renouvelant sinon révolutionnant l’art de faire la guerre.

Mais, outre « la militarisation de l’espace », il convient également aujourd’hui de s’intéresser – les deux domaines sont très imbriqués – à « l’arsenalisation de l’espace » (armements spatiaux de « la guerre des étoiles »), et, par suite, au total, à la question de la sécurité et de la surveillance internationales de l’espace.

C’est cet effort de synthèse sur le thème « Espace et Défense » que nous avons tenté lors du Colloque organisé à l’Assemblée Nationale à Paris le 15 novembre 2010 dont nous reprenons les actes pour l’essentiel dans cette publication.

Ont contribué à cet ouvrage :
Le Général Yves ARNAUD, le Général Claude le BORGNE (Cr), Gérard BRACHET, Guilhem BROUARD, Yann CHEVILLON, Serge CHOLLEY, Stéphane DOSSÉ, André DUMOULIN, Alain
DUPAS, Thierry GARCIN, Mario HUCTEAU, Olivier KEMPF, Christian LARDIER, Colomban LEBAS, Jean-Luc LEFEBVRE, Sébastien LEITNER, Gilles LEMOINE, Louis LEVEQUE, Florent MAZURELLE, Thierry MICHAL, Laurence NARDON, Alain NEVE, le Général Henri PARIS (Cr), Pierre PASCALLON, Xavier PASCO, le Général Henry de ROQUEFEUIL, Isabelle SOURBES-VERGER, Jacques VILLAIN

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dimanche 25 décembre 2011

Défense et des bulles – décembre 2011 : Nankin, de Nicolas Meylaender et Zong Kai

Ce mois-ci, je signale la BD Nankin, de Nicolas Meylaender et Zing Kai, aux éditions Fei. Pas spécialement adapté au jour de Noël, cet ouvrage revient sur le massacre de Nankin commis en 1937 et 1938 par les troupes japonaises dans l’ancienne capitale de la Chine nationaliste.


En quatre couleurs (noir, blanc, gris et rouge), nous suivons un avocat chinois qui, 75 ans après les évènements, tente de retrouver la trace de la petite Xia Shuqin, une survivante de Nankin – âgée de quelques années au moment des faits – et va rencontrer plusieurs témoins (soldat, « femme de réconfort », simple citoyen) qui eux aussi ont subi l’horreur suite à la défaite de l’armée de Jiang Jieshi (qui déménage alors sa capitale à Wuhan).

Selon ceux, chinois ou occidentaux, qui ont assisté au massacre, les soldats japonais se sont livrés, pendant plusieurs semaines après la reddition en décembre 1937 et la chute de la ville, à des viols, des meurtres, des incendies volontaires et autres pillages.

La BD met en avant John Rabe, un expatrié allemand, membre du parti nazi, qui avec d’autres étrangers a mis en place le Comité international, ainsi qu’une « zone de sécurité » destinée aux civils, qui a certainement sauvé de la mort plusieurs milliers de personnes (voir notamment le film John Rabe, le juste de Nankin pour plus d’informations sur sa biographie).

Même si aucun décompte précis des victimes n’existe en raison notamment de la destruction de la plupart des rapports japonais, le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient (TMIEO) a estimé ce nombre à 200 000, alors que les Chinois retiennent officiellement celui de 300 000.

Nankin est là pour appeler qu’en Asie de l’Est (Chine, Corée…) le ressentiment est encore fort suite aux agissements du Japon impérial il y a plus de 70 ans. Le pays du soleil levant, contrairement à l’Allemagne, en raison notamment de la puissance des courants nationalistes dans la vie politique intérieure, n’a jamais vraiment fait amende honorable sur la partie la plus sombre de son passé et continue de s’adonner de façon importante au révisionnisme historique. Les partis d’extrême-droite japonaise s’appuient ainsi sur les « trois sans » : sans repentance, sans culpabilité et sans indemnité. A l’heure où l’Empire du Milieu s’affirme de façon de plus en plus agressive sur les scènes asiatique et internationale, où le pouvoir change de mains en Corée du Nord, cela revêt une résonance particulière.

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Défense et des bulles – décembre 2011 : Nankin, de Nicolas Meylaender et Zong Kai

Ce mois-ci, je signale la BD Nankin, de Nicolas Meylaender et Zing Kai, aux éditions Fei. Pas spécialement adapté au jour de Noël, cet ouvrage revient sur le massacre de Nankin commis en 1937 et 1938 par les troupes japonaises dans l’ancienne capitale de la Chine nationaliste.


En quatre couleurs (noir, blanc, gris et rouge), nous suivons un avocat chinois qui, 75 ans après les évènements, tente de retrouver la trace de la petite Xia Shuqin, une survivante de Nankin – âgée de quelques années au moment des faits – et va rencontrer plusieurs témoins (soldat, « femme de réconfort », simple citoyen) qui eux aussi ont subi l’horreur suite à la défaite de l’armée de Jiang Jieshi (qui déménage alors sa capitale à Wuhan).

Selon ceux, chinois ou occidentaux, qui ont assisté au massacre, les soldats japonais se sont livrés, pendant plusieurs semaines après la reddition en décembre 1937 et la chute de la ville, à des viols, des meurtres, des incendies volontaires et autres pillages.

La BD met en avant John Rabe, un expatrié allemand, membre du parti nazi, qui avec d’autres étrangers a mis en place le Comité international, ainsi qu’une « zone de sécurité » destinée aux civils, qui a certainement sauvé de la mort plusieurs milliers de personnes (voir notamment le film John Rabe, le juste de Nankin pour plus d’informations sur sa biographie).

Même si aucun décompte précis des victimes n’existe en raison notamment de la destruction de la plupart des rapports japonais, le tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient (TMIEO) a estimé ce nombre à 200 000, alors que les Chinois retiennent officiellement celui de 300 000.

Nankin est là pour appeler qu’en Asie de l’Est (Chine, Corée…) le ressentiment est encore fort suite aux agissements du Japon impérial il y a plus de 70 ans. Le pays du soleil levant, contrairement à l’Allemagne, en raison notamment de la puissance des courants nationalistes dans la vie politique intérieure, n’a jamais vraiment fait amende honorable sur la partie la plus sombre de son passé et continue de s’adonner de façon importante au révisionnisme historique. Les partis d’extrême-droite japonaise s’appuient ainsi sur les « trois sans » : sans repentance, sans culpabilité et sans indemnité. A l’heure où l’Empire du Milieu s’affirme de façon de plus en plus agressive sur les scènes asiatique et internationale, où le pouvoir change de mains en Corée du Nord, cela revêt une résonance particulière.

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