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lundi 1 août 2011

Les 100 lieux de la géopolitique, coordonné par Pascal Gauchon et Jean-Marc Huissoud

Un peu par hasard, j'ai acheté l'autre jour Les 100 lieux de la géopolitique, coordonné par Pascal Gauchon et Jean-Marc Huissoud, publié chez PUF dans la collection Que sais-je ? (3ème édition de 2010, mais il semble qu'il y en a une 4ème de mai 2011).



Comme son nom l'indique, de "Afghanistan" à "Vienne", en passant par "Ormuz", "Malacca",, "Sarajevo", "Shanghai" ou "Chiapas", l'ouvrage passe en revue les lieux "d'où rayonne la puissance", "dont le contrôle donne la puissance", "d'affrontement de la puissance" (coeur de l'ouvrage) ainsi que "les espaces qu'organise la puissance".

Les auteurs sont partis du principe que, à la manière du médecin chinois analysant l'organisme, "le géopoliticien recherche dans le corps de notre planète les forces d'attraction et de répulsion, les mouvements de concentration et de dispersion, les points où se concentrent le pouvoir...".

Il en résulte une centaine de petits articles (de quelques lignes à deux pages) donnant un aperçu, certes non exhaustif (car choisir c'est renoncer, mais on peut par exemple être étonné de la sélection d'Amritsar comme seule ville indienne du chapitre "Les grandes villes mondiales", ou du grand nombre d'articles consacré à l'Europe) et manquant parfois de détail (c'est l'une des règles de l'exercice), des principaux théâtres d'affrontements humains.

On peut également regretter l'absence de carte, ce qui est toujours un manque dans ce type d'ouvrage où la géographie joue un grand rôle.

A signaler que Sonia Le Gouriellec signe une dizaine d'articles consacrés à l'Afrique.

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mercredi 2 février 2011

La guéguerre du général Desportes

C'est un fait, Vincent Desportes est un agitateur d'idées dans la sphère stratégique française. Ce fut d'ailleurs pour cela qu'il fut le premier invité des Cafés Stratégiques de l'Alliance Géostratégique (voir le compte-rendu du café sur la pensée stratégique française du 7 octobre 2010).



L'allié Mars Attaque rend compte d'un article du général (2s) publié dans le Figaro, intitulé Ne craignons plus le terme "guerre". Disons-le tout de suite, il est évident qu'en France et en Europe on a eu tendance à évacuer le terme "guerre" depuis belle lurette, notamment grâce (car c'est bien sûr une bénédiction) à l'absence de conflit armé sur notre sol (mais pas à nos portes) depuis des décennies.

C'est l'un des points que je développe dans ma contribution à l'ouvrage Les guerres low-cost : il faut cependant arrêter de se cacher derrière son petit doigt et appeler un chat un chat. Oui, le conflit en Afghanistan est bien une guerre : la France est donc bien en guerre, même s'il s'agit d'une guerre limitée. Nous ne pouvons pas nous bercer d'illusions kantiennes, sous peine, comme certains l'affirment déjà (j'y reviendrai très prochainement), de sortir de l'Histoire. Il est par ailleurs évident que le soft power pur que semble privilégier l'UE ne sera pas suffisant face aux défis du XXIème siècle, alors que d'autres, comme la plus qu'émergente Chine promeuvent la guerre hors limites et la montée en puissance "dans toutes les directions stratégiques". Bref, la "pause stratégique", pour reprendre l'expression de Michel Goya dans Res Militaris, De l'emploi des forces armées au XXIème siècle (un ouvrage incontournable) est néfaste.

Cependant il me semble que faire de la guerre un prisme de lecture omniprésent (pour reprendre les mots du général : " "guerre contre le terrorisme", où la dissymétrie peine contre l'asymétrie; "guerre économique", utilisant l'arme de la monnaie pour conquérir de nouveaux marchés, usant de l'espionnage industriel organisé par les États ou les grands groupes, faisant du commerce international un véritable "combat"; "cyberguerre" désorganisant les marchés financiers ou perçant les secrets de défense les mieux gardés; "guerre de l'information" pour manipuler la psychologie des marchés et des foules; "guerres virtuelles", univers des adolescents accrochés à leurs consoles; "guerres des banlieues", avec de véritables embuscades militaires "), une grille d'analyse incontournable, revient à tomber dans l'excès inverse.

Tout phénomène économique, concurrentiel, social, criminel ou délictuel n'est pas du ressort de la guerre. Un tel amalgame a à mon sens trois effets contre-productifs :
  • il transforme la recherche de compétitivité, de sécurité ou de bien-être en posture paranoïaque ou l'autre est toujours un ennemi -mortel- potentiel
  • il galvaude plus qu'il ne "réhabilite" le terme de guerre, ce qui fait manquer son but à la tribune de Desportes
  • plus important, le nivellement qu'il introduit empêche, ou du moins ne facilite pas, l'établissement d'une stratégique exhaustive mais rationnelle
Attention, si une vision du monde actuel comme un jeu à somme nulle est bien sûr simpliste, cela ne signifie pas pour autant que toutes les issues, pour continuer dans la théorie des jeux, soient toujours positives pour l'ensemble des parties prenantes, du simple fait que la plupart des joueurs essaient d'établir leurs propres règles, qui deviennent un enjeu fort des relations internationales, et un facteur de montée des tensions, entre "blocs" antagonistes. Pour parler plus simplement, non l'histoire n'est pas finie, non il n'est pas dit que la guerre limitée soit le modèle prédominant à moyen ou long terme. L'accès aux ressources, la recherche de débouchés, que l'on le veuille ou non, nécessitent dans un monde changeant et fini une certaine dose de hard power, et la volonté sans faille de s'en servie si besoin impérieux (que l'on espère pas voir venir) s'en fait sentir.

Bref, la guerre pour l'économie, que je distingue de la "guerre économique", notion beaucoup plus vague, n'a certainement pas dit son dernier mot (lire à ce propos De Hong Kong au Pirée, de la guerre pour l'économie à la guerre économique ?). Et contrairement à ce que professent les tenants de la géoéconomie, la fin des conflits territoriaux n'est pas acquise.

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samedi 18 décembre 2010

A lire : le repas du guerrier

A lire sur Lemonde.fr, un article sur les rations alimentaires des soldats des différents contingents engagés en Afghanistan : Le repas du guerrier.


Voir également le portfolio qui illustre les différents menus qui font le régal des soldats américains, français, italiens ou sud-coréens.

Bon appétit !

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lundi 22 novembre 2010

Les Operational Mentoring & Liaison Teams françaises en Afghanistan, entretien avec Florent de Saint Victor

Florent de Saint Victor (FSV), membre de l'Alliance Géostratégique et animateur du blog Mars Attaque, a participé à l'ouvrage Faut-il brûler la contre-insurrection ? sous la direction de Georges-Henri Bricet des Vallons, au travers d'un article intitulé "Les OMLT françaises en Afghanistan (2006-2010)".

coin


Il a accepté de répondre à quelques questions sur ces Équipes de Liaison et de Tutorat Opérationnel (en français), petites équipes pluridisciplinaires dont le rôle est de conseiller (instruction, entraînement) les militaires des unités de l'Armée Nationale Afghane (ANA) au sein desquelles elles sont intégrées, dans le cadre de l'ISAF. Un sujet particulièrement d'actualité, au moment du sommet de l'OTAN et alors que la France vient de changer de ministre de la défense, qui aura certainement fort à faire sur le "front" afghan.


JGP - L'énumération de l'empilement et du chevauchement des différentes structures de commandement des opérations alliées en Afghanistan (OEF et ISAF) est assez frappante, de même que la répartition changeante des rôles et responsabilités et le flou relatif qui peut exister quant à ces dernières. Ceci n'a-t-il pas un impact sur la lisibilité des actions et sur la "conquête des esprits et des cœurs" ?

FSV – Sans aucun doute ! Le système est un ensemble de strates qui se décomposent, se recomposent et se superposent. Si ces modifications se caractérisent souvent en un simple acte administratif, il en est parfois autrement avec des changements d’interlocuteurs préjudiciables pour la confiance bâtie dans le temps. À cela s’ajoutent les numéros d’équilibriste pour jongler avec les relèves qui différent selon les contingents (tous les quatre mois, six mois, douze mois, etc.).

Pour relativiser, je rajouterais que la compréhension de ces structures est surtout importante pour les militaires. Pour l’anecdote, j’ai en mémoire les difficultés administratives d’anticiper les intitulés de postes disponibles jusqu’à quelques jours avant le départ en mission d’officiers français. Ce besoin est moins important pour les populations locales qui sur le terrain voient moins les changements par le haut de ces organisations et les populations internationales qui n’ont que peu d’intérêt à savoir que c’est NTM-A et non plus CSTC-A qui agit.


JGP - Quelles sont les principales différences entre OMLT et ETT (Embedded Training Teams) ? De même entre OMLT et MiTT (Military Transition Teams) mises en place pour accompagner la montée en puissance de l'armée irakienne ?

FSV – Il est possible de dépasser le simple distinguo sémantique entre un concept 100% américain, les Embedded Training Teams (ETT) et la reprise tardive (2005) à la sauce otanienne que sont les OMLT. À la différence des OMLT qui prennent en compte les unités afghanes à la sortie des écoles de formation, les ETT sont au contact de leurs homologues afghans dès les cours dispensés dans « les usines à kandak ». Une fois la formation initiale reçue, la distorsion de moyens (en particulier financiers) lors des missions sur le terrain est la deuxième grande différence. Les ETT ont la capacité d’opérer de manière complètement autonome prenant en compte la trésorerie, l’intendance, l’appui, etc. D’ailleurs, les moyens mis à disposition par les ETT, sorte de poules aux œufs d’or pour une armée afghane généralement sous-équipée, n’étaient pas sans entraîner des difficultés lorsque l’ANA préférait outrageusement ces équipes. Finalement, les ETT ont un domaine d’action beaucoup plus global, comme les Military Transition Teams (MiTT) employées en Irak, que des OMLT plus axées sur une finalité : accompagner des unités locales dans leur cœur de métier.


JGP - On évoque souvent une "École française" de la contre-insurrection (avec une connotation laudative ou péjorative), avec un héritage allant de Bugeaud à Trinquier, en passant par Gallieni, Lyautey, Galula ou Lacheroy. Peut-on parler aujourd'hui d'OMLT à la française ? Quelles en seraient ainsi les caractéristiques distinctives par rapport au OMLT anglo-saxonnes ?

FSV – Appliquer aux OMLT la grille de lecture de l’école française de la contre-insurrection me semble pertinent à la marge. À l’époque de l’Indochine et surtout de l’Algérie, fondements de cette école, il s’agissait de renforcer les troupes françaises par des supplétifs recrutés sur place et encadrés par des Français. En Afghanistan, il s’agit de mettre sur pied à terme une armée autonome, instrument d’un pays indépendant. Ainsi, il s’agit de tirer de la culture stratégique française des enseignements sur un comportement adéquat plus que sur des doctrines d’emploi.

C’est dans l’art de faire au quotidien que les OMLT françaises peuvent se distinguer, et encore. Malgré l’échec dans le sud de l’Irak de l’approche douce fondée sur le contact et le dialogue, les OMLT britanniques n’ont pas hésité à retenter l’expérience dans le sud de l’Afghanistan. Par contre, n’ayant pas intégré comme la France ou la Grande-Bretagne ces expériences coloniales, d’autres nations n’ont pas fondé leur approche sur un mode d’action au contact permanent des unités mentorées. C’est le cas, par exemple, des OMLT allemandes qui ne sortent pas sur le terrain et s’occupent uniquement de la formation en garnison.


JGP - Réciproquement, du fait du changement induit pour des "unités ankylosées par des années d'escarmouches africaines et de maintien de la paix balkanique", quels sont les principaux apports des OMLT au "processus d'adaptation" de l'armée française ?

FSV – Les premiers mandats des OMLT, puis le tragique réveil de l’embuscade d’Uzbeen en août 2008, mettent définitivement fin à plusieurs dizaines d’années marquées par des évènements épisodiquement violents. Loin des débats sémantiques stériles et irrespectueux pour ceux qui sont sur le terrain, la guerre dans toute sa dureté s’impose aux exécutants puis aux décideurs. Sous la pression de la violence et de la récurrence des engagements, le système rentre en phase d’excitation et les processus d’action-réaction se multiplient. Sans rentrer dans les détails, des achats sont effectués dans le domaine de la protection, des documents de doctrine sont réécrits, l’entraînement est densifié, etc. Ce qui est notable c’est que ces apports, destinés à l’origine aux OMLT (quelques centaines de personnes par an) bénéficient progressivement à un nombre toujours plus important d’unités. C’est un exemple parfait d’adaptation partant du bas, irriguant tout le système jusqu’à atteindre le haut qui formalise alors les pratiques.


JGP - L'opinion publique occidentale en général et française en particulier est très sensible aux pertes humaines dans les rangs de ses soldats, et préfère de loin, selon les sondages mentionnés dans l'article, l'envoi de formateurs à celui de troupes combattantes. La communication stratégique autour des OMLT y est-elle pour quelque chose ? Cet état de fait est-il aligné sur ce que l'OTAN et les USA "attendent" de leurs alliés sur le théâtre afghan ? N'y a-t-il pas un risque d'effet "pervers" dans le cas où l'évolution du conflit rendrait nécessaire un renversement de tendance et la plus grande mobilisation d'unités combattantes ?

FSV – Entre deux maux, le choix est au moins pire. Une fois intégré par tous, qu’un retrait immédiat est difficilement envisageable, l’envoi de formateurs est vu comme la solution ayant un rapport coût-bénéfice dans le temps le plus sensé. Et cela, malgré le fait que le rôle des OMLT à la française est loin d’être sans risque. Il est possible de voir dans cela une forme d’incohérence, camouflée par la communication stratégique, qui régulièrement fait un effort particulier pour convaincre de l’importance de l’ANA dans la sortie de crise.

Cela arrange bien d’ailleurs l’OTAN et les USA qui sont à la recherche permanente de formateurs afin d’atteindre un nombre toujours plus important de soldats afghans sur le terrain. Encore récemment, le chiffre de 900 formateurs nécessaires circulait. D’ailleurs, il faut signaler que les contingents qui se sont retirés ou se retirent sous peu (Canada et Pays-Bas principalement) acceptent de fournir des effectifs uniquement pour la montée en puissance de l’ANA.

Pour répondre à la dernière partie de la question et couper court, il y a fort à parier que si l’évolution du conflit nécessite dans l’avenir un renversement de tendances (plus de combattants moins de formateurs), un retrait chaotique serait accéléré et les nations contributrices n’iraient pas plus loin.


JGP - Finalement, quelles sont les principales réalisations à mettre au crédit des OMLT sur le terrain afghan ? Quel chemin reste-t-il à parcourir pour que les ANSF soient pleinement autonomes, et sont-elles sur la bonne voie ?

FSV - Difficile de répondre à l’échelle du théâtre. En effet, les chiffres aidant à juger de la situation font partie intégrante du discours narratif que construisent la coalition et les sceptiques. Ils sont donc à prendre avec précaution. Néanmoins, il semble que les tendances de fond sont encourageantes. Mais le chemin est encore long et des difficultés perdurent : budget dépendant de l’aide internationale, équipements, taux d’alphabétisation, etc.

C’est au niveau local que l’action des OMLT se fait le plus ressentir. L’autonomie de l’ANA dépendant largement de l’expérience acquise au contact de la coalition. Les OMLT françaises ne peuvent rougir de leurs résultats. Les unités afghanes mentorées par les Français sont souvent appelées dans les Quick Reaction Force (QRF) de niveau national et ont participé à la dernière grande opération de l’ère McChrystal, l’opération Moshtarak lancée en février 2010.

Plus globalement, l’ANA est pour moi enfermée dans une manière de faire la guerre (à l’américaine, à l’otanienne) qu’elle ne pourra assumer à terme. On ne s’improvise pas en une dizaine d’années un monstre froid de planification, de normes, de processus. Cet échafaudage construit par la coalition, quoique critiquable, est pourtant incontournable.

Décoller progressivement l’ANA de la coalition est le défi du transfert des compétences exécuté district par district. D’ailleurs, et quoique ayant commencé depuis des mois, il ne fait que depuis récemment les gros titres à l’approche du sommet de l’OTAN de Lisbonne. C’est d’ailleurs étrange que l’OTAN ne communique pas plus sur l’application de ce plan déjà mis en place et qui semble donner, en particulier dans la capitale Kaboul, des résultats probants.

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vendredi 5 novembre 2010

De l'arc de crise au Moyen-Orient

Entre la définition de l'arc de crise par Zbigniew Brzezinski en 1978 ("An arc of crisis stretches along the shores of the Indian Ocean, with fragile social and political structures in a region of vital importance to us threatened with fragmentation. The resulting political chaos could well be filled by elements hostile to our values and sympathetic to our adversaries") et celle de Nicolas Sarkozy en août 2010 ("Il n'y a pas aujourd'hui de coordination opérationnelle entre les groupes qui agissent d'un bout à l'autre de cet arc de crise. (...) Mais si la situation devait se dégrader, le risque serait grand de voir apparaître une chaîne continue liant les bases terroristes de Quetta (Pakistan) et du Sud-afghan à celles du Yémen, de la Somalie et du Sahel"), voici une analyse relative à une autre acception de cet arc, "restreinte" d'Israël au Pakistan.

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jeudi 4 novembre 2010

Arc de crise : menace ou victime ?

Dans les propos de Zbigniew Brzezinski ou de Nicolas Sarkozy relatifs à "l'arc de crise", quelle que soit son extension géographique, il est énormément question de menace contre nos intérêts occidentaux, qu'il s'agisse à la fin des années 1970 du danger communiste ou aujourd'hui du terrorisme islamiste (et ses différents avatars, d'AQ et ses franchisés à l'arc chiite mené par l'Iran).


Étant donné le nombre de pays que traverse cet arc, leur diversité économique, culturelle, de même que leur intégration dans le concert des nations, il est évident que les mettre dans un même sac procède d'une approche simplificatrice ; et que même si, dans une optique de "global war on terror" que tout le monde n'a pas abandonnée, c'est une notion qui s'avère bien pratique, elle peut être contre-productive dans la "conquête des coeurs et des esprits" chère aux tenants de la COIN.

Par contre, il ne faut pas oublier que comme le souligne Antonio Guterres, haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés (UNHCR) et ancien premier ministre portugais, cette zone est à l'origine des deux-tiers des réfugiés que compte notre planète :

There is an arc of crisis reaching from Pakistan and Afghanistan through the Middle East to Yemen, Somalia, Sudan and Chad that produces two-thirds of the world's refugees,
These problem areas were increasingly linked. They became "breeding grounds" for terrorism. And all such problems were exacerbated, in turn, by global megatrends – population growth, urbanisation, food and energy insecurity, water scarcity and, particularly, climate change
La situation des Somaliens est particulièrement peu enviable, avec une population d'à peu près 700 000 réfugiés fin 2009 :

I do not believe there is any group of refugees who are as systematically undesired, stigmatised and discriminated against as Somalis … It is difficult to conceive a situation more abject than that of the Somali refugee

Sans surprise, Guterres appelle à un "new deal" et à débat international permettant notamment une plus grande coopération (particulièrement dans l'accueil des déplacés) et un plus grand équilibrage du fardeau entre pays développés et pays ayant besoin d'aide. Il plaide également pour plus de "prévention", au coup à long-terme moins élevé. Cette prévention passe bien évidemment, entre autres, par une lutte (multidimensionnelle, dont la composante militaire ne doit pas être sur- ni sous-estimée) contre les facteurs favorisant le terrorisme international. Reste à savoir si les guerres d'Irak et d'Afghanistan, puisqu'il s'agit des points focaux les plus proéminents, ont bien joué ce rôle ou si au contraire elles ont pour le moment plutôt attisé les braises.

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mercredi 8 septembre 2010

Inondations au Pakistan : les islamistes à la conquête des coeurs et des esprits

En fin de semaine dernière, le FMI a enfin décidé d'une aide d' "urgence" (combien de temps après la catastrophe ?) de 450 M$ en faveur du Pakistan, touché depuis juillet par de graves inondations.

Sur le terrain, et ce n'est pas une exclusivité (cf. l'Algérie par exemple), les islamistes n'ont eux pas perdu de temps, se retrouvant souvent les premiers à fournir vêtements, nourriture et eau à la population qui a tout perdu. Ce qui a pour effet de marquer des points auprès de l'opinion, qui leur en est reconnaissante.

crédits : Paris Match

En Occident, et particulièrement en Europe, il a été souligné que la faible empathie globale de la population (et des dirigeants) résultait d'un manque de proximité culturelle. Pourtant, si l'on considère les discours de nos dirigeants, la première menace pesant sur le monde est le terrorisme islamiste mené par Al-Qaida et ses franchises, dont les zones tribales du Pakistan constituent la principale base arrière. Aussi, il apparaît assez paradoxal de voir que tout n'est pas fait au plus tôt, dans de telles situations, pour montrer que la communauté internationale est là pour aider massivement la population pakistanaise, qui joue par ailleurs un rôle pivot dans la lutte contre les Talibans, Al-Qaida et leurs alliés.

Il y a un proverbe chinois qui dit à peu près "pour séduire une femme, un homme doit traverser mille murs de pierre, alors que pour séduire un homme, une femme doit seulement franchir un mur de papier". Malgré la réalité du terrain (plus des deux tiers des victimes civiles de la guerre en Afghanistan sont le fait des insurgés), nous sommes de fait un peu dans cette situation : les États-Unis et l'OTAN doivent accomplir des efforts autrement plus importants que leurs adversaires pour persuader la population locale qu'ils ne sont pas que des occupants voire des envahisseurs.

C'est une réalité, le sentiment anti-américain prévaut dans la rue pakistanaise, même si les gradés US veulent croire que les images de soldats paskistanais et américains oeuvrant ensemble pour aider les sinistrés ont pu contribuer à la conquête des coeurs et des esprits :

Le général Nagata, le deuxième plus haut gradé américain sur le terrain, a néanmoins assuré que les civils pakistanais "sont impressionnés lorsqu'ils voient les soldats pakistanais et américains travailler côte à côte, voler dans les mêmes hélicoptères et oeuvrer ensemble sur les zones d'atterrissage".

Dans le Nord-Ouest du pays, zone particulièrement sinistrée, alors que les opérations militaires (notamment dans la vallée du Swat) de l'armée pakistanaise ont dû être interrompues à cause des intempéries et des destructions qu'elle a causées, les Talibans ont eux été relativement épargnés, notamment grâce à l'altitude de leurs camps. Ils viennent par ailleurs juste de rompre la trêve en vigueur depuis le début des inondations avec le triple attentat de Lahore ayant fait des dizaines de victimes chiites : la division des communautés, facteur de déstabilisation du pays, joue également en leur faveur. Et ils ne se privent pas de souligner toutes les insuffisances des puissances étrangères, et même de menacer directement les humanitaires déployés sur le terrain :
Aucune aide n'atteint les gens affectés, et quand les victimes ne reçoivent pas d'aide, cette horde d'étrangers est pour nous totalement inacceptable

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vendredi 20 août 2010

Wikileaks a l'intention de continuer à fuiter, avec l'aide du Pentagone

Alors que le Pentagone a demandé à Wikileaks de restituer les documents (Le Pentagone demande à Wikileaks de restituer les documents fuités) vraisemblablement communiqués par un jeune militaire américain, Julian Assange, fondateur du site, a affirmé qu'il avait bien l'intention de publier l'intégralité des informations en sa possession dans les prochaines semaines.


Bradley Manning, le GI de 22 ans suspecté d'être la Gorge Profonde de Wkileaks


Ceci dit, Daniel Schmitt, porte-parole allemand de Wikileaks, a annoncé qu'une demande d'assistance a été faite au DoD afin d'éditer les documents et rendre leur publication moins dommageable aux civils afghans et autres individus dont les noms y figurent :

Schmitt said the site wanted to open a line of communication with the Defense Department to review an additional 15,000 classified reports in an effort to “make redactions so they can be safely published.”

Le Pentagone ne semble cependant pas prêt à accepter une telle "coopération".

Julian Assange avait notamment, tout en justifiant les premières publications, exprimé des regrets quant aux conséquences néfastes sur la vie des Afghans nommés. Et pendant que le Pentagone étudie cette proposition, les Talibans épluchent les informations déjà publiées et commencent la chasse aux informateurs :

We knew about the spies and people who collaborate with U.S. forces. We will investigate through our own secret service whether the people mentioned are really spies working for the U.S. If they are U.S. spies, then we know how to punish them.

Wikileaks affirme qu'une telle demande de caviardage avait déjà été faite au début de l'été avant les premières révélations, ce que le Pentagone nie.

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dimanche 8 août 2010

Le Pentagone demande à Wikileaks de restituer les documents fuités

Alors que le "mal" est déjà fait, le gouvernement US demande à Wikileaks la restitution de l'ensemble des documents en possession du site de whistleblowing, ainsi que la suppression définitive de ces documents, qu'il s'agisse des versions en ligne ou stockées sur disque dur.

Julian Assange, fondateur de Wikileaks

Le Pentagone redoute la publication d'autres informations sensibles (même si dans l'ensemble il n'y a pas eu jusqu'ici de révélations fracassantes), dans la droite ligne des liens entre services secrets pakistanais et Talibans, des "bavures" étouffées ou des révélations de noms d'informateurs afghans.

Le débat sur l'intérêt de la guerre en Afghanistan et les progrès réalisés s'effectue bien évidemment au travers du prisme médiatique (nourrir le débat est d'ailleurs l'un des buts affichés "officiellement" par Julian Assange), champ de bataille qui connaît lui aussi une certaine asymétrie, entre acteurs étatiques qui cherchent, avec plus ou moins de bonne foi, à suivre une certaine règle du jeu, et acteurs plus indépendants qui aiment les coups d'éclats et sont moins dans le politiquement correct. On se rappelle du thème "les guerres low cost" du moins de février dernier sur l'Alliance Géostratégique : au-delà des technologies, du recours au privé ou même des doctrines d'emploi des forces, le coût de la guerre perçu par les populations dépend fortement de ce qui filtre de la sphère informationnelle.

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vendredi 6 août 2010

Des motivations qui poussent à Wikileak-er

Dans l' "affaire" Wikileaks, puisqu'il semble bien que les fuites soient l'oeuvre d'un insider ayant accès à l'information classifiée, on peut s'interroger sur les raisons qui ont poussé la personne en question, malgré la dissuasion que peuvent représenter les mesures de traçabilité et de non répudiation a posteriori :

1 - soit la personne ignore tout simplement l'existence de ces mesures. Peu probable...

2 - soit elle pense, à cause du volume de données échangées sur les réseaux de type SIPRNet (et on en revient au problème de la noyade informationnelle, à toute les étapes du cycle, qu'implique la philosophie NCW), de l'à-peu-prisme des logs (autant chercher une épingle dans une botte de foin), des ruptures de process de suivi (que devient un document imprimé ?) de l'usurpation/prêt d'ID (on se refile les identifiants et mots de passe entre collègues) ou autre, passer entre les gouttes. Possible... quoique quand on voit l'ampleur que prend l'affaire (indépendamment de son importance réelle), on peut tout de même penser que tous les moyens existants seront mis en oeuvre.

3 - soit elle assume l'acte quasi-politique que cela représente. Y compris dans le cas d'une fuite organisée par certains insiders haut placés (après tout c'est Wikileaks, pas Wikihacks).

4 - soit elle est inconsciente / veut faire l'intéressante en montrant qu'elle a accès à de la documentation classifiée. Facteur jamais à négliger, notamment pour ceux qui ont fait un peu d'intelligence économique.

Et bien sûr, tout ceci ne dit rien sur l'avancement des enquêtes internes en cours, ni de la divulgation éventuelle de leurs résultats au grand public.

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vendredi 16 juillet 2010

Le retour du dirigeable, version drone

Il a récemment été annoncé que l'armée américaine avait commandé à Northrop Grumman trois dirigeables devant être déployés en Afghanistant à partir de mai 2011, pour un montant d'environ 500 M$. Quoi de bien extraordinaire, si ce n'est le retour d'un type d'aéronef que l'on a plus trop l'habitude de voir voler depuis plusieurs décennies (même si l'on se rappelle que dans les années 1980 l'US Navy pensait en acheter pour anticiper les attaques de missiles de croisière, ou que le programme Walrus de la DARPA s'est arrêté en 2006) ?


Un LEMV en images de synthèse
crédits : flightglobal.com

Tout simplement le fait que lesdits dirigeables seront en fait des drones aériens, pilotés depuis le sol, à l'endurance imbattable (de l'ordre de 3 semaines) pouvant embarquer, avec leur 100 mètres de long, quantité de senseurs (un peu plus d'une tonne) très utiles pour les missions d'ISR (Renseignement, Surveillance, Reconnaissance). D'où leur nom : LEMV, pour Long Endurance Multi-Intelligence Vehicle.

Un des principaux atouts de tels appareils en serait, outre la rapidité du programme, le coût d'exploitation : environ 50$ par heure si l'on en croit Northrop Grumann ; à comparer aux 5000$ du Predator ou au 25000$ du Global Hawk pour la même durée.

Le cahier des charges prévoit en outre des mécanismes permettant une destruction rapide des équipements ISR dans le cas d'une capture de l'appareil par l'ennemi. Même si en l'espèce, celui-ci dispose de peu de moyens de contrôle de l'espace aérien (qui plus est à 20000 pieds), il a prouvé sa capacité à pirater les drones américains...

Une initiative à rapprocher de la mise en oeuvre de la constellation TacSat, elle aussi destinée à améliorer les capacités de reconnaissance dont je parlais il y a un peu plus d'un an ici-même : Les drones s'envoient en l'air.

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lundi 21 juin 2010

Session plénière de l'Assemblée de l'UEO : rapports en pagaille

Du 15 au 17 juin a eu lieu l'une des dernières sessions plénières de l'Assemblée de l'UEO (ou plus exactement de l'Assemblée Européenne de Sécurité et de Défense), avant sa dissolution annoncée pour juin 2011.



Les rapports adoptés lors de la session figurent sur le site de l'AUEO :

*

J'avais déjà évoqué le rapport relatif à l'Afghanistan et aux opinions publiques. Voici le communiqué de presse qui l'accompagne :

Paris, le 16 juin 2010 – L’Assemblée a demandé à l’Union européenne et à l’OTAN d’améliorer leur stratégie de communication sur la guerre en Afghanistan, déclarant qu’une plus grande honnêteté et une plus grande franchise peuvent sans doute permettre de rallier le soutien de l’opinion publique aux efforts pour lutter contre le terrorisme.

Présentant un rapport intitulé « L’Afghanistan : expliquer à l’opinion publique les raisons d’une guerre » au nom de la Commission pour les relations parlementaires et publiques, John GREENWAY (Royaume-Uni, Groupe fédéré) a déclaré que de manière générale, le soutien apporté par l’opinion publique à « l’opération militaire la plus complexe et la plus délicate depuis peut-être deux générations ou plus » s’effrite, même s’il y a des divergences d’opinion au sein des pays et entre eux.

Cette baisse de popularité est « souvent la conséquence directe des pertes en vies humaines, qui choquent les sensibilités et se heurtent aux valeurs de justice et d’humanité ». On obtiendra sans doute « plus aisément le soutien de l’opinion publique en expliquant avec une plus grande honnêteté et une plus grande franchise pourquoi nous sommes là et ce que nous cherchons à faire ». Pour l’heure, l’opinion publique a l’impression que la guerre « s’enlise et que les efforts de militaires comme des civils ne sont pas couronnés de succès », a dit M. GREENWAY.

L’objectif majeur du rapport est de « s’efforcer de faire le point sur les évolutions ou les revirements de l’opinion publique à propos de la guerre » dans les pays contributeurs de troupes. Il ne s’agit pas de savoir si la guerre est justifiée, ni comment elle devrait être menée ou comment y mettre fin. Un autre élément capital, auquel les pays de l’UE n’ont guère prêté attention, est l’opinion à l’intérieur de l’Afghanistan, a dit M. GREENWAY, qui a ajouté que « la présentation faite jusqu’ici à l’opinion publique manquait de clarté et de précision ».

Il est dit notamment dans le rapport qu’il faut donner davantage d’informations sur les progrès et les réalisations de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), qui regroupe les forces de l’Alliance placées sous le commandement de l’OTAN ; en outre, il importe de rappeler constamment que « l’objectif premier de la guerre est la lutte contre le terrorisme ». Il est indispensable de « souligner les progrès dans la construction de meilleures relations avec la population afghane, la création d’institutions viables gérées par les Afghans et le rejet de la corruption et des trafics illicites ». De plus, l’assistance en matière de formation et la coopération avec les médias afghans doivent être intensifiés pour « aider à l’établissement de normes plus satisfaisantes pour rendre compte de la situation en Afghanistan ».

Intervenant en séance plénière, Françoise HOSTALIER (France, Groupe PPE/DC) a remarqué que la « terreur se nourrit de l’ignorance » et souligné la nécessité d’améliorer la communication. Elle a insisté également sur l’importance d’adopter le ton juste ; selon M. GREENWAY, il aurait été bon de mentionner ce point dans le rapport. Oliver HEALD (Royaume-Uni, Groupe fédéré) a lancé une mise en garde : les stratégies de communication ne remportent pas les guerres ; il a ajouté que les vues de l’Assemblée étaient conformes à celles du nouveau gouvernement de coalition britannique.

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lundi 12 avril 2010

Les gagnants seront les perdants

Signalé par Laurent H., un petit article de Nick Murray publié sur le blog de l'US Army Combined Arms Center et intitulé "Do we correctly measure success in wars? A lesson for Afghanistan" part du paradoxe apparent qui veut qu'un certain nombre des plus grands généraux des deux derniers siècles, ayant pourtant remporté de belles batailles, comme Napoléon, Massena, Lee, Rommel ou Ludendorff se sont tout de même retrouvés du côté des perdants à la fin :
What then makes us think of them as great? What normal measure of success includes ultimate failure?
Le maréchal Massena par E. Adolphe Fontaine (1856)

D'un autre côté, souligne l'article, la défaite lors de certaines batailles a pu rapprocher de la victoire finale :
On the other hand, a tactical failure that does fit with the bigger picture is more useful than a brilliant success that does not
C'est tout le problème de l'alignement entre tactique, opérationnel et stratégique. Un grand pas n'est pas toujours un grand pas dans la bonne direction. Bien évidemment, il est plus difficile de discerner, même a posteriori, l'apport qu'a pu constituer un échec apparent, ou même le recul entraîné par une victoire sur le terrain.

La fin de l'article me paraît un peu rapide...tout ces rappels historiques pour en conclure simplement qu'en Afghanistan, l'important n'est pas tant de détruire l'adversaire que de l'empêcher de continuer le combat (selon la célèbre citation de Carl von C.)

Cela me fait penser à l'analyse tout à fait intéressante de la bataille de l'Atlantique (2ème Guerre Mondiale) que Bernard Schnetlzer nous propose dans son ouvrage La guerre intelligente. Partant de la lutte technologique entre glaive et bouclier, il élève le débat au niveau opérationnel puis stratégique pour en conclure que dès son déclenchement par la Kriegsmarine, et malgré ses succès initiaux, elle était vouée à l'échec (certes, c'est plus facile à dire aujourd'hui).


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mercredi 31 mars 2010

Obama peut-il vendre la guerre d'Afghanistan à l'opinion publique européenne ?

Selon un document mis en ligne par le site Wikileaks, la CIA préconiserait une opération d'influence auprès des populations française et allemande dans le but d'assurer leur soutien en faveur de la guerre d'Afghanistan.


Partant du constat que la chute du gouvernement néerlandais a démontré la faiblesse du soutien des populations européennes en faveur de l'engagement de l'ISAF, le rapport préconise une action de communication offensive s'appuyant sur
  • la popularité du président Obama en Europe de l'Ouest
  • la préoccupation des Français pour le sort des réfugiés et des civils
  • celle des Allemands pour le coût perçu des opérations et leur incompréhension de l'intérêt de ces dernières pour leur pays
C'est à lire sur Wikileaks : CIA report into shoring up Afghan war support in Western Europe, et bientôt sur nos petits écrans et dans nos journaux ?

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lundi 22 février 2010

Les raisons de la guerre en Afghanistan bientôt expliquées à l'opinion publique

En lien avec les très intéressantes discussions qui ont eu lieu sur l'Alliance Géostratégique (lire l'article et les commentaires) sur la situation en Afghanistan et les moyens d'atteindre la victoire, je signale que la Commission pour les relations parlementaires et publiques de l'Assemblée de l'Union de l'Europe Occidentale (AUEO) prépare un rapport intitulé "Afghanistan : expliquer à l’opinion publique les raisons d’une guerre".



Il doit être présenté lors de la prochaine session plénière de l'Assemblée qui aura lieu du 15 au 17 juin 2010 à Paris. J'espère sincèrement :
  1. que ce rapport analysera les causes du relatif manque de soutien des populations européennes à l'engagement actuel
  2. qu'il présentera des pistes de solutions originales et concrètes, qu'il ira au-delà du fond pour toucher la forme, i.e. quels canaux et quels types de messages pour toucher les populations ?
  3. qu'il sortira de la recherche de la "conviction" pure (même si l'intitulé du rapport souligne une volonté de rester dans la rationalité et la pédagogie) pour toucher à la "persuasion", souveraine dans le domaine politique (inutile de se cacher derrière son petit doigt)
  4. qu'il permettra aux décideurs eux-mêmes de faire le point et d'apprécier le rôle du théâtre afghan dans la War on terror à l'échelle planétaire, et d'en tirer des conclusions dans un sens ou dans l'autre sur l'engagement global (s'il prend comme hypothèse inamovible le fait que la guerre est bien menée -politiquement s'entend- et qu'elle avance bien sans en dresser un état des lieux, une partie de l'intérêt sera perdu à mon sens)
  5. que ses conclusions et recommandations pertinentes seront reprises par les gouvernants des membres de l'UE, ce qui constitue souvent un problème pour ce type de rapport, guetté par la syndrôme de l'archivage
Ceci paraît d'autant plus important et urgent que la semaine dernière le gouvernement néerlandais est tombé précisément sur un désaccord concernant l'engagement en Afghanistan. De quoi relativiser le terme de "guerre limitée" ?

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dimanche 14 février 2010

Afghanistan : à lire sur Alliance Géostratégique

Je vous conseille vivement l'article Afghanistan : chronique d'une défaite organisée de Charles Bwele sur Alliance Géostratégique. Avec un style assez provocateur, il met les pieds dans le plat et lance le débat, très bien alimenté par les commentaires des lecteurs du blog.


Un point de départ (assez pessimiste) à une réflexion plus large sur les raisons de l'engagement des Alliés et de la France sur ce théâtre, la réelle mesure des progrès, sa place dans la War on Terror, les moyens de triompher...capital en cette période d'opération Mushtarak.

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lundi 18 janvier 2010

Russie et Chine, ennemies pour le terrorisme islamiste

Lu sur un blog qui se réclame d'une mouvance proche d'Al-Qaïda (je ne vais quand même pas lui faire de pub directe, mais le lecteur trouvera facilement la source) :
Il y a deux ennemis bien pire que les Occidentaux, ce sont la Russie et la Chine et il va falloir les combattre plus fortement.
La Russie et la Chine ont, depuis des siècles, été les ennemis des Musulmans. La Russie a aidé les Serbes à faire des génocides contre les Musulmans en Bosnie et au Kosovo. Les Russes martyrisent nos frères dans le Caucase ainsi que nos frères Tatars, Bachkirs et autres. La Chine essayent de faire disparaître nos frères Ouighours, Kirghizes ou Hui.
Quand les croisés occidentaux quitteront l'Irak et l'Afghanistan, qu'aucun militaire occidental ne sera sur un territoire de la Umma et qu'ils arrêteront de soutenir l'entité sioniste, nous pourrons faire une trêve avec eux. Cette trêve nous permettra de consacrer nos forces à la lutte contre la Russie et la Chine.
Je ne sais pas quel est le niveau de partage de cette opinion au niveau de la mouvance terroriste islamiste, mais voilà qui fait contrepoint au le soft power chinois (sachant que durant l'été dernier AQMI avait menacé de venger les morts Ouïghours) ou même au fort souhait de la Russie de renforcer sa coopération avec l'Organisation de la Conférence Islamique. Est-ce là la marque d'une nécessaire solidarité qu'Al-Qaeda ne peut s'empêcher de manifester pour des raisons de PR ? On se souvient en tout cas que des experts ont estimé que la nébuleuse ne pouvait se permettre d'ouvrir de nouveaux "fronts" simultanément aux conflits actuels.

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mardi 5 janvier 2010

Afghanistan : le compte à rebours a commencé ?

Selon un cadre de l'OTAN, qui souhaite conserver l'anonymat, le temps commence sérieusement à être compté en Afghanistan pour l'ISAF :
Time is running out. Taliban influence is expanding
L'Express rapporte même que la même source parlerait d'un délai d'un an tout au plus, avant que la défaite ne soit inexorable au train où vont les choses.


crédits : US Army

Le principal facteur de puissance des insurgés est la faiblesse du gouvernement afghan actuel, facilitant l'exploitation de son impopularité et de sa corruption. D'autant qu'en face, l'organisation, l'efficacité et la cohésion se font chaque jour plus grandes. Le haut fonctionnaire parle même de "gouvernement fantôme" dans 33 des 34 provinces que compte le pays. Et il semblerait même que l'ISAF ait des leçons à recevoir sur le plan logistique de la part de son adversaire, qui se prépare à faire face aux prochains renforts (30 000 Américains et 7000 issus d'autres pays de l'OTAN).

D'autant que contrairement au théâtre Irakien, les IEDs restent un problème majeur en Afghanistan, causant par exemple plus de 80% des pertes britanniques (voir d'ailleurs à ce sujet l'article de Mars Attaque sur l'Alliance Géostratégique).

Le président Obama l'a dit, les forces US n'ont pas vocation à rester éternellement en Afghanistan, avec un retrait annoncé dès 2011. D'ici là, la stratégie a mille occasions de changer, mais les Taliban n'ont finalement qu'à résister sur cette période...le temps jouant en leur faveur.

Le financement des opérations de l'insurrection, pour un total estimé entre 100 et 200 millions de dollars annuels, proviendrait d'Al-Qaïda, du commerce de la drogue et d' "impôts" prélevés plus ou moins par la force auprès de la population.

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lundi 4 janvier 2010

L'invasion des buzzwords

Alors que la période des fêtes de fin d'année est derrière nous, une indigestion d'une toute autre nature nous guette.

Il est normal que toute discipline, qu'elle soit scientifique, culturelle ou même sportive, développe son propre vocabulaire, utilisé pour définir les notions et concepts qui lui sont spécifiques ; son jargon, en quelque sorte. Certains termes sortent parfois soudainement de leur contexte initial et deviennent des buzzwords, expressions très "marketing" recouvrant souvent des notions aux contours évanescents et parfois fourre-tout, que tout le monde se met à utiliser d'un coup, très fréquemment sans en maîtriser le sens. Bien sûr, certains termes sont directement créés pour faire office d'écran de fumée et « faire sérieux » de par leur complexité apparente.

Les intentions de ceux qui "inventent" et promeuvent ces expressions sont donc rarement neutres, même si leur création peut parfois leur échapper. C'est souvent le cas des locutions du jargon technologique, récupérées par les sociologues, les publicitaires, les futurologues...

« Synergie », « proactivité », « B2B », « business model », « Web 2.0 », « gouvernance », «transversalité», « outside the box » sont ainsi souvent entendus dans le monde de l'entreprise. « Développement durable », « mondialisation », « réforme » ou « participatif » fleurissent dans les médias. La liste est quasiment infinie, et se renouvelle sans cesse.


Les buzzwords sont particulièrement présents dans la sphère politique, qui tend à intégrer l'ensemble des usages de la publicité et de la communication, storytelling et omniprésence des spin doctors oblige. Le monde militaire et de la défense n'est pas épargné, l'usage de tels termes y répondant souvent à un besoin d'euphémisation. Mais après tout, c'est normal, puisque la guerre est un concept politique.
Ainsi on a vu fleurir plus ou moins récemment la liste suivante, où se mélangent des concepts, des slogans, des termes marketing :

  • la Guerre Propre

  • le Zéro Mort

  • une frappe chirurgicale

  • les dommages collatéraux

  • War on Terror

  • l'Axe du Mal

  • les munitions intelligentes

  • Network Centric Warfare...

Ces expressions, qui ne sont pas purement du jargon militaire à usage interne, sont principalement utilisées à des fins de communication vers des interlocuteurs non militaires (notamment les six premiers cités). Au vu de l'importance de l'image dans la guerre d'aujourd'hui, renforcée par le fait que les populations du monde entier sont abreuvées d'informations provenant de sources diverses, difficiles à contrôler, il est important pour la force militaire et politique de promouvoir (à juste titre ou non) une vision positive de ses actions. Ne serait-ce que pour susciter l'adhésion de sa propre population. Ceci passe donc nécessairement par une volonté de masquer le sang, la chair et les larmes, pour faire de la guerre (au moins en surface) une notion aseptisée, presqu'aussi ludique qu'un "serious game" et modélisable par des chiffres.

L'édulcoration va bien sûr au-delà des buzzwords : ainsi on entend de moins en moins le terme "guerre" au profit de "conflit", on ne parle plus de "soldats morts / tués" mais de "soldats tombés / perdus".

">Une autre fonction possble de ce type d'expressions est le recyclage, ou plutôt l'enrobage d'un existant ancien dans un concept nouveau, qui peut servir à justifier un échec ou la mise en oeuvre de solutions radicales et souvent coûteuses. Pour provoquer un peu, on peut penser ici à la "guerre asymétrique" ou aux "engins explosifs improvisés".

Il est intéressant de voir à quelle vitesse ces buzzwords sont souvent repris par les journalistes, qui en font parfois des termes banalisés et neutres, alors qu'ils ne le sont évidemment pas. Le lobbying des industriels autour de la "guerre technologique" (terrain d'expression de la Revolution in Military Affairs et du Network Centric Warfare), qui porte la promesse d'opérations voire de conflits presque sans violence grâce à la toute puissance du matériel acheté à grands coups de milliards de dollars, n'y est pas étranger. De l'autre côté, les terroristes de la "War on Terror" n'ont pas le même souci de l'euphémisme, et utilisent volontiers des termes et images plus "crus", même s'ils savent également entretenir un champ lexical non exempt de grandiloquence creuse.

Bien sûr personne ne peut croire à une guerre totalement "propre" et faisant "zéro mort", d'autant que les opposants se saisissent des buzzwords pour en montrer les limites. Ces expressions peuvent aussi représenter des objectifs vers lesquels tendre...ou du moins communicables. En cette période où un nouveau surge doit avoir lieu en Afghanistan pour « finir le travail », alors que la France semble avoir redécouvert récemment que ses soldats risquaient la mort au combat, n'est-il pas grand temps pour les dirigeants politiques de tenir un discours de vérité et allant droit au but ?

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lundi 14 décembre 2009

Le défi des IEDs - Interview de Barthélémy Courmont

IED


Barthélémy Courmont, chercheur à l'IRIS et auteur, avec Darko Ribnikar, d'un ouvrage sur les Guerres asymétriques, a accepté de répondre à quelques questions sur les IEDs. Cette interview est également publiée sur le site de l'Alliance Géostratégique.


Alliance Géostratégique : Que sont les IEDs et en quoi relèvent-ils par essence de l’asymétrie ?


Barthélémy Courmont : Dans les conflits contemporains opposant des forces militaires importantes à des combattants asymétriques, l’utilisation des improvised explosive devices (IEDs) par les insurgés s’est révélée très efficace, et s’est fortement généralisée, notamment en Irak. Les IEDs sont souvent des mines traditionnelles installées près de la route. Pour les cacher, les insurgés les enterrent ou les mettent derrière des panneaux et des glissières de sécurité. Ils les installent également dans les voitures (VBIEDs) afin de réaliser des attentats-suicide. Il existe aussi des radiocommandes BDIED portées par des kamikazes (ce type de dispositif permet de déclencher la charge si le kamikaze est tué ou s’il change d’avis au dernier moment). Ces engins explosifs sont si faciles à fabriquer qu’ils peuvent être produits artisanalement. Comme les attentats suicides, les IEDs permettent à la guérilla d’attaquer les forces militaires sans les combattre directement de manière conventionnelle. Du fait de leur efficacité, ils jouent ainsi un rôle majeur dans la guerre asymétrique, et en sont devenues l’une des caractéristiques.


AGS - Est-il possible d’en dresser une typologie ? Quels sont leurs principaux cas d'utilisations sur les théâtres actuels ?


B.C. : Les IEDs sont le plus souvent des mines traditionnelles installées sur les lieux de passage des convois. Mais il existe de multiples variantes. Les bombes EFP (Explosively Formed Penetrators) contre lesquelles les blindés seraient sans défense sont manifestement de fabrication artisanale, et leur mode de fabrication se retrouve sur les sites internet. Leur utilisation est cependant moins répandue, car elle suppose la présence de combattants, et donc la possibilité pour eux d’être exposés à des représailles.On trouve aussi des VBIED (véhicules transformés en engins explosifs), qui peuvent même contenir des produits toxiques, comme du chlore. Il existe encore des radiocommandes BDIED portées par des kamikazes (ce type de dispositif permet de déclencher la charge si le kamikaze est tué ou s’il change d’avis au dernier moment). Les insurgés ont aussi pour habitude de piéger des maisons HBIED, la tactique consiste à tirer sur descombattants armés puis d’attendre qu’ils prennent d’assaut la position, une fois qu’ils ont pris la maison, la charge est déclenchée. L’explosion amplifiée par l’effondrement du bâtiment laisse peu de chance à ceux qui se trouvent à l’intérieur. En fait, les IEDs peuvent revêtir de multiples formes, et ces dernières sont par ailleurs évolutives.

L’IED présente sûrement le meilleur exemple d’asymétrie, et on peut les retrouver sur tous les théâtres d’opération, plus facilement encore quand nous sommes en présence d’acteurs disposant de moyens très limités, qui trouvent dans les IEDs une réponse à leurs carences techniques. Comme l’a fait remarquer le général Vincent Desportes dans son livre La guerre probable, tandis que les dépenses dans la lutte contre les IEDs des Etats-Unis ont coûté plus cher que le projet Manhattan (programme de recherche nucléaire entre 1942 et 1945), à l’opposé Al-Qaïda et tout autre acteur non étatique serait probablement financièrement incapable de s’offrir des F-22. Que ce soit en Irak ou en Afghanistan, la guérilla a trouvé des moyens plus discrets pour cacher les IEDs aux yeux de soldats qui les cherchent de plus en plus prudemment : ils les cachent dans les carcasses des animaux, les camouflent comme des roches ou les colorent afin qu’ils soient indifférenciables d’un morceau de béton. Ils les cachent aussi dans des charrettes, des boîtes de peinture, des sacs-poubelles et des bouteilles en plastique. Tous les moyens, en particulier les plus rudimentaires et de ce fait quasi invisibles, sont bons.


AGS : Quelle a été jusqu’ici leur influence sur les approches (de niveaux stratégique et tactique) de contre-insurrection en Irak et en Afghanistan ?


B.C. : Elle est importante, mais s’inscrit dans une prise de conscience plus générale du phénomène de guerre asymétrique, qui était totalement négligé il y a encore quelques années.La généralisation de l’utilisation des IEDs explique en partie la tactique américaine, qui consiste à détruire des bâtiments qui peuvent abriter des combattants hostiles plutôt que de prendre le risque de tomber dans un piège.

A partir de quelques paradoxes simples, la plupart des principes de la guerre conventionnelle sont remis en cause dans le manuel de contre-insurrection utilisé en Irak à partir de 2007 :

- « Parfois, plus vous protégez votre force, moins elle est sécurisée » ;

- « Parfois, plus la force est utilisée, moins elle est efficace » ;

- « Parfois ne rien faire est la meilleure solution » ;

- « Certaines des meilleures armes des soldats chargés de la contre-insurrection ne tirent pas » ;

- « il vaut mieux un résultat moyen obtenu par les forces locales qu’un bon résultat par nos troupes » ;

- « une tactique efficace une semaine ne l’est pas nécessairement la suivante. Le fonctionnement dans une province ne garantit pas son succès dans une autre ».

On voit très nettement dans ces différents points que, sans être nommés, les IEDs ont fortement déterminé les changements dans les modes opératoires. Désormais, les forces armées des grandes puissances s’engageront sur des théâtres extérieurs en tenant compte de la très probable utilisation d’IEDs par leurs adversaires.


AGS : Peut-on dire aujourd’hui que l’armée américaine et ses alliés ont largement pris la mesure des IEDs ?


B.C. : Oui, et le cas de l’Irak est ici particulièrement significatif. Les IED sont considérées comme une telle menace que cela a poussé les Américains à créer une nouvelle organisation inter armée, la JIEDDO (Joint IED Defeat Organisation). La JIEDDO disposait d’un budget de 4,4 milliards de dollars en 2008 pour réfléchir à des parades efficaces. Mais si les parades existent, elles sont chères et souvent difficiles à utiliser. Par exemple, les véhicules MRAP (Mine Resistant Ambush Protected) coûtent plus de 100.000 dollars à transporter depuis les Etats-Unis vers un théâtre d’opération comme l’Irak ou l’Afghanistan. Mais les Américains ont besoin de six mois entre le moment où un type d’IED est constaté et le moment où le système est fixé sur les véhicules en Irak. Dans une période de paix, il s’agit d’une vitesse remarquable, mais en ce qui concerne l’Irak, en six mois un autre type de menace a déjà émergé avec l’apparition de nouveaux IEDs. Ces engins sont ainsi presque toujours en avance sur les moyens pour y faire face. Néanmoins, les forces américaines ont réalisé les achats de véhicules MRAP et les opérations de renseignements nécessaires pour obtenir la baisse considérable de soldats tués par des IEDs en 2008. Il y a donc eu de réels progrès.

Les militaires américains étudient aussi comment faire face aux attaques au chlore. Le site près de Falloujah, où les forces américaines ont trouvé des cylindres de chlore destinés à des attaques futures, abritait aussi un camion et trois autres véhicules en cours de préparation pour être transformés en bombes, ainsi que des roquettes, des mortiers et autres munitions, a dit le général Odierno.Le général William Caldwell, porte-parole militaire américain à Bagdad, a qualifié cette stratégie de « tentative vraiment primaire d’accroître la terreur en prenant et en mélangeant des produits chimiques ordinaires avec des engins explosifs ». Là aussi, le problème a été identifié.

Globalement, il y a une réelle prise de conscience du phénomène, qui est associée aux efforts de contre-insurrection. Les réponses ne sont pas toujours appropriées et efficaces, mais il y a eu un réel progrès.


AGS : Quid de la « bombe radiologique » : son utilisation est-elle envisagée par certains groupes terroristes ? La menace est-elle à prendre au sérieux ?


B.C. : La possibilité pour des groupes non étatiques de disposer de missiles balistiques étant, pour l’heure, quasi nulle, et leur maniement n’étant pas accessible à tous, l’utilisation d’armes nucléaires par des terroristes n’est possible que de façon totalement asymétrique et à l’aide de moyens techniquement limités. Dès lors, se trouve posée la question de la menace de la « valise » nucléaire, à savoir le transport sur un lieu défini d’une charge nucléaire, de manière à produire des effets dévastateurs à moindre coût. Un tel scénario, dont la possibilité reste cependant très réduite, constitue la menace la plus réelle en matière de terrorisme nucléaire, car elle est la plus facilement réalisable. De même, elle permettrait de provoquer un effet de surprise, là où un missile balistique aurait de grandes chances d’être intercepté avant d’atteindre son objectif. A cet égard, une arme radiologique représente un défi de taille, d’abord en raison de la plus grande simplicité à déclencher l’explosion (il s’agirait d’utiliser n’importe quel type d’explosif, avec des effets de dissémination des matières radioactives provoquant l’effet escompté) ; ensuite en raison de la plus grande simplicité à se procurer les matériaux permettant de mettre au point une telle bombe sale. Il n’y a pas besoin d’une grande quantité de matériaux fissiles, et leur qualité importe peu. Des déchets radioactifs sont même tout aussi nuisibles. De même, il ne s’agit pas d’une bombe atomique, mais d’un engin explosif auquel sont associés des matériaux radioactifs. Le risque est donc réel, et est d’ailleurs pris très au sérieux. Parmi les différentes initiatives permettant d’identifier les risques et de réduire les possibilités d’accès à des matériaux sensibles (auxquels on peut ajouter des agents biologique sou chimiques), la résolution 1540 du Conseil de Sécurité de l’ONU s’efforce, depuis sa signature en 2004, de lutter contre la prolifération des acteurs non étatiques, en mettant l’accent sur la nécessité de protéger les sitesles plus sensibles. Les centres de retraitement et de stockage des déchets radioactifs sont bien entendu sur la liste. Quant à savoir si de telles armes intéressent les groupes terroristes, il est difficile d’apporter des réponses catégoriques, mais pour de multiples raisons évoquées ici, les bombes radiologiques présentent pour ces organisations un attrait certainement plus grand que les armes nucléaires « classiques ».

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