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vendredi 12 avril 2013

Publication "Guerre et économie : de l’économie de guerre à la guerre économique"

En juillet 2011 j'a participé au colloque "Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique" organisé entre autres par AGS à l'Ecole Militaire. Mon intervention s'est faite autour du sujet "Etat, grande stratégie et protection de l'économie".

Les actes, grâce à la persévérance sans faille d'Olivier Kempf, ont enfin été publiés récemment chez L'Harmattan, reprenant et enrichissant les propos tenus lors de cette journée particulièrement variée et intéressante. Je reproduis ici l'article d'Olivier sur l'ouvrage, et je vous invite bien évidemment à l'acquérir le plus rapidement possible !

***

AGS, il y a quelques mois, avait coorganisé un colloque sur Guerre et économie (voir ici). Les actes viennent d’en être publiés. Mais le livre est un peu plus fourni que de simples actes d’un colloque, et il est un peu plus qu’un simple ouvrage collectif. En effet, par son thème et par sa volonté de réunir deux aspects des relations entre la guerre et l’économie, il a pour ambition de revisiter un sujet curieusement négligé en France, celui de l’économie de défense. Cette dernière est un peu plus vaste que la simple « économie de l’industrie de défense » à laquelle elle est souvent assimilée. Aussi, avoir un livre qui rassemble, entre autres, Jacques Sapir, Ch. Schmidt, N. Bouzou, Ch. Harbulot, Ali Laïdi suscite l’intérêt.
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Voici donc les Actes du colloque organisé par Participation et progrès, Alliance géostratégique et l’École de guerre économique, en partenariat avec EPEE, le 1er juillet 2011 à l’École militaire. Aperçu sur l’avant-propos et le sommaire complet:
Avant-propos
Guerre et économie : ç’aurait pu être un de ces colloques courants, aux sujets rebattus, où les figures habituelles dispensent à répétition leurs non-messages monotones. Et pourtant, cela fait des lustres qu’un colloque ne s’est pas interrogé sérieusement sur les rapports entre guerre et économie. Soyons ici précis : il y a bien sûr des colloques évoquant « l’économie de défense », et d’excellents : mais ils sont surtout orientés vers l’industrie de défense, sa concurrence, ses conditions, son avenir. Or, ce n’est pas ce dont nous parlerons.
Quant à l’économie de défense, si elle avait connu une certaine effervescence à la fin des années 1990, (grâce à des auteurs comme Christian Schmidt, Nicole Chaix, Jean-Paul Hébert (+), Jacques Aben, Jacques Fontanel, …), l’impulsion initiale n’a pas été suivie, à la différence des pays anglo-saxons où une école de « défense and peace economics » témoigne d’une vigueur certaine .
Pourtant, il faut bien constater, aujourd’hui, l’interpénétration de la guerre et de l’économie : l’économie étant guerrière, et la guerre teintée d’économie.
1/ L’économie est-elle en guerre ?
L’utilisation du vocabulaire de la stratégie dans le monde de l’économie, notamment celui de l’entreprise, ne date pas d’hier : stratégie, tactique, cible, offensive, objectif, … autant de mots utilisés par les managers ou les dirigeants de Bercy. il faut également constater une inflation du mot guerre dans le discours ambiant (guerre à la drogue, à la délinquance, à la pauvreté, à la mucoviscidose…) et plus particulièrement dans celui de l’économie : la « guerre économique » est une expression qui fait florès, sans même parler de la guerre des monnaies, la guerre des taux, la guerre des matières premières, …. Cela mérite qu’on s’y attarde à nouveau en posant cinq questions :
  • a/ Cette guerre économique recouvre-t-elle seulement la concurrence exacerbée entre les entreprises, dont les conditions seraient plus intenses aujourd’hui ? si oui pourquoi ? qu’est-ce qui a changé ? et comment expliquer les phénomènes de coopétition, qui paraissent bien loin d’une expérience guerrière qui chercherait toujours la destruction de l’opposant ?
  • b/ S’agit-il de l’effet d’une mondialisation plus poussée qu’avant et qui verrait l’apparition de nouveaux acteurs, dit émergents : ceux-ci utiliseraient des atouts économiques (faut-il parler d’armes ?) qui mettraient en danger les structures économiques des leaders précédents ?
  • c/ Faut-il évoquer la compétition accrue pour des ressources rares : l’énergie vient la première à l’esprit, si on pense aux débats sur le pic pétrolier ou « la guerre du gaz », mais on voit apparaître des tensions sur l’ensemble des matières premières qui toutes, à tour de rôle, connaissent des flambées spéculatives qui ne sont pas dues seulement au dérèglements des marchés ; de même, la question des « terres rares » monopolisées par la Chine, les disputes accrues sur la maîtrise de l’eau, l’achat croissant de terres arables constituent autant d’indices qu’il y a une interpénétration entre le jeu économique (meilleure allocation des ressources rares) et la réalité écologique.
  • d/ On a de même l’impression que l’espace économique s’est compliqué avec le cyberespace : l’informatique mise en réseau facilite le développement économique, mais ouvre dans le même temps de nouvelles failles que la concurrence exploitera : tout le domaine de l’intelligence économique a ainsi un soubassement cyber qui est le lieu d’affrontements discrets, mais ô combien efficaces, et que l’analyse économique doit appréhender, par exemple en se posant la question : s’agit-il de deux espaces conflictuels distincts, ou faut-il les intégrer ?
  • e/ Dernière question, celle du rôle des acteurs, et tout d’abord de l’État : celui-ci avait été remisé lors de la mondialisation bienheureuse, on s’aperçoit, avec la crise, qu’il conserve encore quelque utilité : il ne s’agit pas seulement de régulation, mais aussi d’assurer une garantie en dernier ressort, notamment quand les dettes privées ne sont plus couvertes par les mécanismes de marché. Cependant, outre ce rôle que l’on pourra dire traditionnel, n’y a-t-il pas place pour un rôle plus actif de l’État, au service des entreprises, et selon une logique nationale et souveraine ? de ce point de vue, la « guerre économique » constituerait la conjonction des intérêts publics et privés, aussi bien dans l’offensive que dans la défensive, et selon des règles tacites d’autant plus vigoureuses que les conditions « extérieures » seraient plus pressantes.
Autant de questions qui veulent analyser cette notion de guerre économique, et ne pas la prendre pour « argent comptant ». Mais il faut aussi aborder les choses selon un autre point de vue, celui de la guerre.
2/ La guerre n’est-elle dorénavant qu’affaire d’économie ?
Les historiens et les stratèges évoquent depuis longtemps l’économie de guerre : la guerre industrielle, initiée au milieu du XIX° siècle, a conduit aux guerres totales du XX° siècle : si on sait donc qu’économie et guerre ont parties liées, on se rend compte aujourd’hui que la façon de conduire la guerre dépend directement du mode d’accumulation et de production. Là encore, cinq questions se posent.
  • a/ Tout d’abord, une interrogation vient immédiatement à l’esprit : les modifications actuelles des systèmes de production et d’accumulation économiques vont-ils avoir des conséquences sur la conduite de la guerre, et lesquelles ?
  • b/ En supposant que oui et en allant plus dans le détail, comment la complexité de l’économie (qu’on vient d’évoquer) affecte-t-elle déjà le déroulement de la guerre ? Y a-t-il des gammes de la guerre comme il y a des gammes de produits ? Peut-on parler de guerres low-cost qui s’opposeraient aux guerres high-cost, qu’on n’ose dire haut de gamme ? Et comment ces deux types de guerre peuvent-ils coexister ? Un acteur de la guerre, régulier ou irrégulier, a-t-il le choix lorsqu’il construit son appareil militaire ? Est-il optimal (à supposer que cela soit possible) de vouloir se positionner dans toutes les gammes, ou la préférence donnée à l’une ne conduit-elle pas à une asymétrie systémique ? Ne faut-il pas parler de « concurrence » des modèles de guerre, en utilisant les outils de l’analyse économique pour déterminer le choix le plus efficient ?
  • c/ La guerre contemporaine connaît une profonde mutation, n’étant plus que rarement régulière. Cet élargissement de la conflictualité paraît d’ailleurs similaire à l’élargissement de la compétition économique que nous avons déjà évoqué. Ne faut-il pas, dès lors, introduire l’espace économique comme un des nouveaux espaces lisses de la guerre, le macro renvoyant au stratégique, le micro au tactique ?
  • d/ Pareillement, la notion de crise est également utilisée par les stratèges et les économistes : y a-t-il une liaison de cause à effet entre une crise économique et une crise stratégique ? Cette liaison obéit-elle d’ailleurs à une causalité simple ?
  • e/ Comment les stratèges contemporains utilisent-ils les outils économiques ? cette question se pose au travers de la privatisation de la guerre (développement des sociétés militaires privées, mais aussi des sous-traitants locaux) et donc du partage du monopole étatique de la violence ; elle se pose aussi dans le contexte de l’approche globale, l’action militaire ne pouvant plus à elle seule décider de l’issue d’un conflit et devant donc se conjuguer avec d’autres actions (sécuritaires, diplomatiques, d’éducation, de justice, de développement) : quelle coopération envisager avec les acteurs économiques, à buts lucratifs ou non, dans la sortie de crise ? Comment concilier le profit des uns et les buts de guerre des autres ?
On l’a compris, les questionnements sur la guerre et l’économie ont pris une épaisseur nouvelle, à l’aune des évolutions tant du monde économique (mondialisation, crise de 2008, émergence) que du monde stratégique (guerre irrégulière, développement de réseaux privés, crise écologique, révoltes arabes).
Un colloque ne propose que des réponses forcément partielles à ces questions : espérons simplement qu’il contribuera à relancer l’intérêt pour ce champ passionnant qu’est l’économie de défense.
Les textes réunis ici ne reprennent pas l’ordre adopté lors du colloque : ils ont été réordonnés et augmentés de quelques contributions nouvelles. Une première partie s’intéresse à la guerre face à l’économie, afin de penser économiquement la guerre (A) mais aussi de décrypter le rôle de l’économie dans la conduite de la guerre (B).
Une deuxième partie étudie la guerre économique, en évoquant l’économie en guerre (A) puis en décrivant quelques procédés de guerre économique (B).
Avant propos : des relations entre la guerre et l’économie (O. Kempf)
1ère partie : la guerre face à l’économie
  • Thème 1 : Penser économiquement la guerre
  • Crises et guerres : de la crise économique à la crise stratégique (Christian Schmidt)
  • L’économie de guerre a-t-elle encore un avenir (Jacques Sapir)
  • La guerre et l’économie : de la micro à la macro ; du tactique au stratégique (Olivier Marcotte)
  • Mutations de l’économie, formes de la guerre (Nicolas Mazzucchi)
  • Thème 2 : rôle de l’économie dans la conduite de la guerre
  • Le modèle low cost appliqué à la guerre (Stéphane Dossé)
  • Guerre irrégulière, actions civiles, actions militaires (François Chauvancy)
  • La guerre, la ville et l’économie (Bénédicte Tratnjek)
  • Entreprenariat militaire et modèle économique : esquisse d’une typologie historique du recours au mercenariat (Georges-Henri Bricet des Vallons & Sébastien Le Gal)
2ème Partie : la guerre économique.
  • Thème 3 : L’économie en guerre
  • État, grande stratégie et protection de l’économie (Jean Pujol)
  • La grille de lecture Puissance/Marché/Territoire (PMT) (Christian Harbulot)
  • Les pays en guerre économique (Ali Laïdi)
  • La piraterie maritime : un business porteur ? (Sonia Le Gouriellec)
  • La guerre et l’entreprise (Jacques Hogard)
  • Cyberguerre et économie (Guillaume Tissier)
  • Thème 4 : procédés de la guerre économique
  • Monnaies : l’Europe doit s’armer pour éviter la guerre (Nicolas Bouzou)
  • Guerre en coalition et guerre des normes (Florent de Saint Victor)
  • De la sécurité énergétique à la sécurité des flux (Olivier Kempf)
  • Stratégie des approvisionnements (Matthieu Anquez)
  • L’affrontement sino-américain autour des terres rares, entre survie et expansion des puissances (Edouard Chanot)
Conclusion (Pierre Pascallon)
  • Bibliographie
  • Table des matières



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vendredi 28 septembre 2012

Chronique Industrie – septembre 2012 : l’industrie IT européenne en voie de marginalisation ?


Alors que le cyber est désormais conjugué à toutes les sauces (d’ailleurs le MinDef a signalé le petit rôle d’AGS dans l’émergence du débat stratégique sur le sujet) et que le mois de septembre a vu pléthore d’annonces des géants de l’électronique grand public, un rapport d’AT Kearney dresse un constat pessimiste sur l’état de l’industrie IT européenne.



Ainsi, seulement 15 des 100 premières sociétés IT mondiales (matériel, logiciel, services, semi-conducteurs, électronique grand public…) ont leur siège social en Europe et parmi elles aucune n’est leader sur son marché. Si l’on regarde le marché européen des SSII, on s’aperçoit qu’il est très morcelé, avec très peu de fournisseurs capables d’adresser les grands appels d’offres internationaux. Les sociétés nord-américaines et (de plus en plus) indiennes en profitent pour placer leurs pions, y compris chez nous, comme en témoigne le récent rachat de Logica par le canadien CGI pour 2,6 milliards d’euros.

Les emplois du secteur, qui s’élèvent à 3 millions aujourd’hui, quittent le Vieux Continent au profit des pays émergents, notamment d’Asie. Et faut-il le rappeler, on ne parle pas ici que de main d’œuvre non qualifiée, mais aussi de façon croissante des activités de recherche et développement. Rien d’étonnant car la plupart des acteurs, occidentaux ou non, s’orientent vers un modèle global assez uniforme dans lequel les développements sont réalisés en Inde, au Vietnam ou même en Egypte, avec un front office local réduit à sa plus simple expression chargé de gérer la relation client.
Or il est évident qu’une industrie IT vigoureuse est clé pour la compétitivité d’une économie toute entière ne serait-ce que par l’importance prises par les technologies de l’information dans la part de R&D mondiale (qu’il s’agisse de produits de grande consommation ou des domaines touchant à la souveraineté nationale).
Comme le souligne le rapport d’AT Kearney, la tendance s'est accélérée récemment dans d'autres secteurs connexes, tels que les semi-conducteurs, où des entreprises européennes telles que Qimonda ont mis la clé sous la porte.
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce phénomène et en premier lieu, ce n’est pas surprenant, le coût de la main d’œuvre. Ainsi le salaire moyen d’un ingénieur en Europe est de 75900$ en 2010, contre 26800$ en Inde et 16900$ en Chine (voir page 18), même si les écarts tendent à se réduire.
L'Europe souffre également d'un manque d'ingénieurs et scientifiques qualifiés, en partie dû au manque de valorisation des filières de recherche et à la désaffection pour les sciences à l’université. Ainsi 17% de nos étudiants sont inscrits en sciences, ingénierie ou informatique, contre 31% en Chine. Nous n’avons pas (encore ?) l’attractivité des États-Unis qui compensent le relatif désintérêt de leurs citoyens par un apport massif d’étudiants et de travailleurs qualifiés provenant du monde entier.
Le manque de financement est un autre problème souligné par le rapport. L'Europe investit 15 milliards de dollars de moins par année dans le capital-risque que les USA, selon une étude récente de la Commission européenne. La même étude a montré que l'Europe investit 0,8 point de moins du PIB dans la R&D que l’Oncle Sam et 1,5 point de moins que le Japon.
Des entreprises américaines et asiatiques comme Samsung, Qualcomm, Panasonic, Sony ou LG figurent ainsi aujourd'hui parmi les dix premiers déposants de brevets les plus prolifiques dans l’Union Européenne.
Quelques pistes de réflexion, non inédites ni révolutionnaires, sont avancées par le rapport pour pallier cet état de fait et peut-être faire oublier l’échec la Stratégie de Lisbonne.
Si nous sommes définitivement (?) à la traîne dans l’électronique grand public, nous devons mieux capitaliser sur notre position dans l’ingénierie système (nous avons des systémiers de premier plan) ou l’embarqué (combinant logiciel et matériel) et leurs multiples applications industrielles, de l’automobile à la défense. Cela suppose de se concentrer sur quelques domaines sans vouloir se disperser à courir trop de lièvres à la fois, pour diriger nos maigres moyens financiers sur les bonnes cibles.
Le rapport évoque également la piste, qui peut prendre des allures de serpent de mer, des pôles de compétitivité européens. Ils pourraient permettre de contourner les limitations dues aux cloisonnements nationaux et d’améliorer les conditions de financement des projets de R&D. Encore faut-il que la crise de l’euro nous laisse des marges de manœuvre et surtout que les différents membres de l’UE s’entendent sur la distribution desdits pôles, ce qui n’est pas une mince affaire…
Autre point que j’ai moi-même souvent abordé, le cadre de financement des start-ups innovantes est largement déficient. Sans parler de Small Business Act, il s’agit véritablement d’assurer à nos jeunes pousses les moyens de se développer et faciliter leur transformation en ETI voire en champion national (Quel est l’âge moyen de nos champions nationaux ? Avons-nous des Facebook, Google, Apple, Microsoft ou même IBM ?).
Parce que la technologie passe avant tout par le facteur humain, il convient de renforcer et revaloriser les filières académiques scientifiques et techniques, en s’inspirant de l’exemple des pays nordiques. L’attractivité vis-à-vis des ressources qualifiées est également un facteur clé de compétitivité, même s’il est sujet à polémique en période de crise économique et d’augmentation du chômage.
Enfin, le dernier axe avancé concerne la sécurisation de l’accès aux matières premières nécessaires aux industries high tech, qui ne sont pas purement virtuelles. Ceci passe par des accords avec les fournisseurs de terres rares (en veillant à la diversification des fournisseurs pour ne pas rester dépendants de … la Chine) mais également en développant d’avantage l’industrie du recyclage, deux sujets sur lesquels notre voisin allemand a une longueur d’avance.

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samedi 9 juin 2012

Chronique industrie – juin 2012 : impacts sur l’économie US des réductions du budget de défense


Chez nous, le débat sur la réduction du budget de défense en cette période de crise agite la scène politique (voir notamment l’interview de Michel Goya « Crise ou pas, réduire les dépenses en matière de dépense serait tragique » par Romain Mielcarek). Je souhaite revenir sur une étude publiée fin 2011, analysant les impacts des réductions de budget prévues pour 2013 aux Etats-Unis.
Cette étude, menée par Stephen S. Fuller de l’université George Mason, intitulée The US Economy impact of approved and projected DOD spending reductions on equipment in 2013, en arrive au fait implacable qu’un dollar d’économisé représente bien plus d’un dollar de richesse « perdue » dans l’économie américaine. Ainsi, les 45 G$ de coupe budgétaire pourraient amputer près de 25% la croissance du PIB. Et ceci pour plusieurs raisons.
En premier lieu parce que les fournisseurs du Pentagone sont eux-mêmes intégrés à un écosystème de sous-traitants très vaste, où les SMB se taillent la part du lion, et qui emploient des millions d’Américains, qu’il faut donc ajouter au million d’employés directs de l’industrie de défense. Au total, 164 G$ en moins seraient injectés dans l’économie, du fait principalement (à 71%) de l’impact sur la consommation des salariés licenciés ou subissant des baisses de revenus. Lesquelles s’élèveraient à un total de 60 G$ dont près de 50 G$ en dehors du secteur de la défense.
Par ailleurs, le chômage ferait un bon de 0,6 point, avec un million d’emplois détruits en tout : un peu plus de 100 000 chez les fournisseurs de rang 1 (les Boeing, Raytheon, Northrop Grumman…) mais plus de 650 000 en dehors du secteur de la défense (prime contractors et sous-traitants) : distribution, construction, santé, loisirs…
L’étude mentionne également les conséquences négatives sur l’investissement des entreprises, autre composante de la croissance économique, pour un montant 27 G$, touchant principalement, là encore, les secteurs autres que la défense.
Au total, le PIB des Etats-Unis serait amputé de 86 G$.
Certains Etats américains seraient particulièrement touchés, notamment la Californie, le Texas, la Virginie, ce qui ne manquerait pas, dans une période ou même les Etats-Unis connaissent un chômage élevé, de provoquer des remous locaux.
Bien évidemment, une telle étude, largement mise en avant par l’AIA (Aerospace Industries Association, lobby des entreprises aérospatiales), doit être prise avec des pincettes. Car en premier lieu il est évident que la période est à la rigueur budgétaire, et que quels que soient les arbitrages pris, ils auront des impacts sur la croissance. Cependant, elle a le mérite de rappeler que la BITD, et c’est le cas également en France, de par la variété de ses métiers, des technologies mises en œuvre, est un maillon très important de la chaîne de valeur globale de l’économie américaine. Que ce soit au travers du recours aux sous-traitants, de la consommation de ses employés (massivement localisés aux Etats-Unis) ou de l’investissement de ses entreprises.
Si Michel Goya dans l’article cité ci-dessus évoque surtout l’impact des réductions budgétaires sur les capacités de défense, il ne faut donc pas négliger non plus les effets sur l’économie ; qui, dans le monde actuel, est plus que jamais un facteur de puissance et une dimension non négligeable de la « grande stratégie » de nos Etats.

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vendredi 11 mai 2012

Chronique industrie – mai 2012 : « l’Europe de la défense, vu de moi elle ne fonctionne pas »


Le mois dernier, je faisais ici un résumé de l’intervention du général Jean-Robert Morizot lors de la conférence « Défense-Aéronautique : quelle adaptation des stratégies des industriels »sur le thème « quelles attentes des armées face aux industriels de la défense ? ». En ce mois de mai, je reviens succinctement sur les paroles du DGA Laurent Collet-Billon, qui avait ouvert la conférence.


Même sans révélation fracassante, l’intervention de Laurent Collet-Billon résonne d’une façon particulière, au lendemain d’une campagne présidentielle pauvre sur le plan international mais avec quelques saillies sur l’importance de l’industrie française, dont notre BITD est une part non négligeable (250 000 emplois avec la sous-traitance).

Un constat pour commencer : les USA, dont la suprématie technologique et militaire est et sera de plus en plus contestée par l’Asie (le DGA mentionne ici implicitement la Chine, mais il est vrai que ce terme est extrêmement vague d’un point de vue géopolitique), se désengagent de l’Europe. Cette dernière doit donc, même si elle a du mal à y croire, assumer sa propre défense ; ce dont aucun des pays membres de l’Union Européenne n’est actuellement capable. Alors que les budgets militaires indiens et chinois ne cessent de croître, que celui des Etats-Unis reste loin devant tous les autres, seuls les Britanniques sont dans une démarche similaire à celle des Français sur le Vieux Continent. Ainsi les deux pays couvrent à eux seuls les 2/3 de la Recherche & Développement de défense de l’UE, alors que les autres pays sont plus favorables aux achats sur étagère (aux Américains principalement).

France et Royaume-Uni figurent d’ailleurs dans le Top 5 des producteurs d’armements dans le monde – relativement stable ces dernières années, représentant 90% des ventes –, avec la Russie, Israël, et bien évidemment les Etats-Unis, qui « jouent dans une autre cour ». Une hiérarchie qui est de plus en plus remise en question par les émergents, chinois bien sûrs, mais également coréens (notamment dans le naval) ou turcs. Ces nouveaux acteurs, sans surprise, s’appuient sur les transferts de technologies – car il est aujourd’hui impossible d’exporter sans montrer qu’il y a création de valeur locale – pour monter en puissance, et essayer de transformer leurs achats à l’étranger d’hier ou d’aujourd’hui en ventes demain. Toujours est-il que la France, qui a réalisé 6,5 milliards d’euros de ventes à l’export en 2011, a un catalogue qui pour Laurent Collet-Billon constitue une alternative crédible à l’offre américaine sur son périmètre, permettant à ses clients (d’une diversité régionale assez importante) de disposer d’une « souveraineté réelle ».

Notre pays pousse l’émergence d’une BITD de dimension européenne, hormis sur certains domaines comme la dissuasion ou la cryptographie. Ce qui n’est pas l’idée de tous les membres de l’UE dont certains, au-delà de l’appétence citée plus haut pour le made in USA, favorisent une mise en concurrence totale au sein de l’Union, y compris pour ce qui touche aux études amont (les Suédois notamment, champions du low cost dans l’aéronautique). En tout état de cause, la mutualisation semble être le seul moyen de pallier l’augmentation qui semble sans fin des coûts des programmes d’armements depuis la Deuxième Guerre Mondiale (de 2% par an pour les équipements à faible contenu technologique comme les véhicules de transport de troupes à 5% par an pour les chars de combat).

Nous ne sommes cependant pas prêts à la mise en place d’une Europe de la défense de l’Atlantique à la Mer Noire, pour des raisons tant politiques qu’économiques. Mieux vaut s’appuyer sur un petit noyau de bonnes volontés et des initiatives bien ciblées pour obtenir des résultats concrets sans dilapider les faibles moyens dont nous disposons, tout en assurant l’alignement avec nos objectifs stratégiques. Laurent Collet-Billon, préconise donc pour avancer rapidement de privilégier les échanges bilatéraux avec le Royaume-Uni, à l’image des accords de Lancaster House en 2010, et de laisser les autres pays de l’UE adhérer ou non. Inutile de dire que devant une assemblée où EADS était bien représentée, et dans le contexte politico-budgétaire actuel, de tels propos ont entrainé la question de l’axe franco-allemand. Le DGA a répondu qu’il était très dubitatif sur la volonté de nos amis d’outre-Rhin de coopérer dans le domaine de la défense, et a souligné la divergence de vision entre nos deux pays. Une divergence qui s’est manifestée notamment dans le partage industriel relatif à l’A400M, ainsi que dans les variations concernant les volumes commandés.

Autre moyen : les « travaux pratiques », pour reprendre l’expression de Laurent Collet-Billon, où autour d’un projet amont, la coopération se fait d’abord entre industriels (et non entre Etats), qui ont la responsabilité d’assurer l’adhésion de leur pays ; ce qui peut être aléatoire dans un contexte de cloisonnement encore fort des marchés nationaux. Ceci doit permettre à la fois de mettre en valeur la R&D de l’UE et de préparer de futurs programmes communs, tant sur les aspects technologiques que sur la gouvernance desdits programmes.

Dans une intervention où l’Agence Européenne de Défense n’a, à ma connaissance, pas été citée, le DGA est également revenu sur le nécessaire soutien aux petites entreprises innovantes, donnant l’exemple du dispositif RAPID, sans lequel « nous nous ferons bouffer ».

En résumé, la pérennité de notre BITD nationale passe paradoxalement par une plus grande coopération, mais réfléchie et ciblée, avec (certains de) nos partenaires européens, même si cela ne va pas jusqu’à une « Europe de la défense ». Ceci, pour paraphraser Ulrich Beck, nécessiterait certainement de mettre de côté une partie de notre autonomie, mais favoriserait un gain réel de souveraineté à plus long terme.

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dimanche 15 avril 2012

Chronique industrie – avril 2012 : « Les commandes, c'est pas seulement pour maintenir la BITD »

Le 14 février dernier, à l'occasion de la conférence « Défense-Aéronautique : quelle adaptation des stratégies des industriels », le général de corps aérien Jean-Robert Morizot (en remplacement du CEMA Édouard Guillaud) est intervenu sur le thème « quelles attentes des armées face aux industriels de la défense ? ».


De façon intéressante, son intervention, devant un public composé de représentants d'Airbus, Dassault, Thales, Safran et autres, n'a pas été tant orientée sur le type d'équipements nécessaires aux besoins opérationnels des armées qu'à la posture que ces dernières attendent de leurs fournisseurs, en cette période de tension budgétaire, mais également sur le plus long terme. Un discours sans langue de bois, de la part d'un intervenant visiblement soucieux de faire passer certains messages en public. Dommage que le délégué général à l'armement, Laurent Collet-Billon, ait dû quitter la conférence un peu plus tôt.

Entamant son discours par les questions fondamentales du « pourquoi, comment et contre qui doit-on utiliser un armement ? », le général Morizot a voulu souligner que

les commandes, c'est pas seulement pour maintenir la BITD

Il est ensuite revenu sur la durée des programmes, qui selon lui s'inscrivent dans un temps trop long par rapport aux trajectoires budgétaires, aux durées des législatures et par voie de conséquence aux projections opérationnelles. En lien avec la dimension temporelle, vient naturellement le « coût astronomique des programmes ». Qui pour autant, ne sont rien par rapport aux coûts de possession, qui sont « à la limite du raisonnable », d'autant plus que l'on a « utilisé tous les bouts de ficelle ». Il traduisait ainsi, selon ses propres mots, une réelle préoccupation du CEMA, pour lequel le « futur n'est pas rassurant ».

Tous ceux qui ont quelques vagues connaissances du cycle de vie d'un équipement militaire savent bien que le MCO (maintien en condition opérationnelle) est in fine le poste le plus dispendieux. Mais comme l'explique Jean-Robert Morizot,

la durée de vie des matériels ne doit pas être matière à une rente de situation pour les industriels

Or il est vrai que, dans de très nombreux secteurs d'activité, les fournisseurs font leur marge sur les moyens et longs termes, en profitant de la relative captivité de leurs clients, auxquels ils ont pourtant consenti de lourdes remises lors de l'acquisition initiale.

Autre reproche, la complexité des armements :

Les industriels poussent au développement de systèmes très sophistiqués, que l'on a énormément de mal à faire fonctionner correctement lorsqu'on les reçoit

Remarque intéressante, car d'après les industriels que je côtoie et qui sont de l'autre côté de la barrière, les militaires et la DGA sont réputés pour « aimer se faire plaisir » en matière de spécifications et pour se laisser aller au toujours plus technologique.

Autre aspect qui se dégage implicitement de la citation ci-dessus, les progrès à réaliser dans la maîtrise de la conduite des programmes et dans les pratiques d'ingénierie systèmes, sur l'ensemble du cycle de développement (de la gestion des exigences jusqu'à la qualification opérationnelle). Un point également soulevé par le DGA lors de sa propre intervention en introduction de la conférence : il est nécessaire de se hisser au niveau de l'état de l'art en termes de méthodes de travail, afin de franchir le « mur de la complexité » dans la conception des systèmes de systèmes. D'autant que comme l'ont révélé les RETEX de l'Opération Harmattan, notre boucle OODA est lacunaire et la connexion entre nos différents équipements (capteurs – C2) est imparfaite.

Les matériels doivent être utilisés par les soldats dans des situations souvent éprouvantes, on voit bien donc le danger de l'excès de complexité et de la « surspécification ». Mais les armées sont-elles prêtes pour autant, afin de raccourcir les délais et les coûts, à recourir à plus d'achat sur étagère ?

Il n'y a aucune réticence à l'achat sur étagère mais il convient d'en évaluer les conséquences.

Conséquences qui s'envisagent notamment à l'aune des besoins d'évolution des matériels, au vu de leur durée de vie et leurs nécessaires adaptations de finalités au cours de celle-ci. Mais également des besoins croissants d'interopérabilité, vue comme indispensable avec l'OTAN par le général Morizot, et plus particulièrement avec les Anglais et les Américains (ce qui n'est pas, il faut le relever, la même chose, car les Américains ont la fâcheuse habitude de n'être interopérables qu'avec eux-mêmes). On notera au passage que le recours au « off-the-shelf » et l'appui sur des standards partagés contribue à cette interopérabilité. Ceci indépendamment de toute logique de souveraineté économique et technologique, comme l'a montré le débat sur les drones MALE à l'automne 2011.

En résumé, le discours de Jean-Robert Morizot a eu pour mérite de mettre en lumière, de façon très explicite, les inquiétudes et les attentes du principal client de nos fleurons industriels de la défense, qui certes sont de plus en plus tentés par le civil et l'international, mais qui ne doivent pas oublier qu'ils sont un des maillons essentiels.

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vendredi 3 février 2012

Citation de la semaine : de la pertinence du fabless

Citation du patron d'un grand fond d'investissement français, à resituer dans les débats (ou les invocations) sur le made in France :


Le fabless, c'est de la mégaconnerie

On pourra relire mon article Real men have fabs

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samedi 21 janvier 2012

Citation de la semaine (anonyme) : ingénieurs des grandes écoles et R&D

Citation récente d'une de mes connaissances qui travaille dans l'industrie de défense :
Je vous en veux à vous, les ingénieurs des grandes écoles (Polytechnique, Mines...). Plutôt que de bosser dans la technique, vous préférez faire du management. Il faudrait que vous soyez obligés de consacrer 10 ans à la R&D en sortant de l'école. C'es du gâchis d'intelligence.

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lundi 16 janvier 2012

Chronique industrie – janvier 2012 : de la motivation des employés du secteur défense

Obsession des résultats court-terme et du chiffre, client roi, postures usantes, objectifs irréalisables, pression managériale, tâches répétitives, mobilité forcée, perte de sens, les causes de stress et de souffrance dans la vie professionnelle sont nombreuses. En contact régulier avec des employés de diverses entreprises de défense, de l’ensemble des filières (marketing, ventes, programmes, R&D…), j’évoque brièvement dans cet article deux points qui reviennent assez souvent dans les entretiens que j’ai avec eux sur leur motivation.

On pourra les mettre en perspective avec le sondage interne réalisé chez EADS fin 2009, révélant notamment un désengagement des salariés, alors que le géant de l’aéronautique est pourtant l’entreprise préférée des futurs ingénieurs français.


Attention, mes propos concernent principalement les emplois technologiques qualifiés.

1/ Je suis proprement effaré de constater que de nombreux ingénieurs et techniciens travaillant dans les bureaux d’études de nos plus grands industriels, et notamment de défense, ont tellement le « nez dans le guidon » qu’ils ne connaissent pas les tenants et aboutissants des programmes auxquels ils participent, ni même les doctrines d’emplois qui sous-tendent les systèmes, matériels et logiciels qu’ils développent. Souvent, si l’on exclut les très expérimentés et les architectes, ils ont une vision très limitée de l’activité globale de leur entreprise, de leur business unit, voire des services voisins du leur. Quels marchés, quels clients, quels produits, quels besoins opérationnels, quels concurrents ? Autant de questions qui restent trop souvent sans réponse. Parmi les plus jeunes, j’en connais même qui ne savent même pas quel est le nom de l’entité à laquelle ils appartiennent… La finalité de leurs tâches leur échappe donc, face aux impératifs quotidiens de délais et de coûts.

Pour ma part je trouve que c’est une faute professionnelle de la part des managers de ne pas savoir mettre en perspective les travaux accomplis par leurs équipes vis-à-vis de ces dernières. Le monde de la défense est assez diversifié et ouvert sur un grand nombre de domaines pour que l’on puisse lier facilement la technologie (et donc l’ensemble des technologies entre elles, notamment dans un produit ou système), l’opérationnel (i.e. l’emploi militaire), l’économique et le géopolitique. Il n’y a pas de raison que ce type d’action soit uniquement dirigé vers l’extérieur, i.e. les clients et les décideurs publics.

D’autant que de ce que j’ai pu en voir, expliquer l’importance de chacun et faire partager les ingénieurs entre eux mais aussi avec la direction de la stratégie, le marketing…, ça marche plutôt bien pour valoriser le travail de tous. En bref, donner une ouverture horizontale et verticale, une vision et du sens pour éviter l’enfermement dans le quotidien et le routinier.

2/ Deuxièmement, et c’est intimement lié, on doit donner à chacun des perspectives d’évolution de carrière concrètes. Sans aller jusqu’à du « à la carte » irréaliste et ingérable et en évitant le syndrome de la « carrière tracée à l’avance », un ingénieur ou un technicien doit toujours pouvoir disposer d’une vue claire des alternatives qui s’offrent à lui dans les années à venir : fiches de postes et responsabilités afférentes, compétences nécessaires (techniques, managériales…), durées indicatives des jalons à passer. Et cela aussi bien dans une filière « managériale » qu’une filière « expertise », cette dernière devant être valorisée : ceux qui se plaisent dans la technique ne doivent pas être stigmatisés.

Cela nécessite la mise en œuvre de réels « parcours » qui ne soient pas uniquement du ressort de la communication pour faire beau sur les brochures RH. Pour cela il faut donc un réel suivi en transverse et une pression sur la hiérarchie locale pour lui imposer de laisser ses équipes évoluer (ce qui n’est pas aisé, étant donné qu’on aura souvent tendance à se garder les « bons » sous le coude). Là encore, le monde de la défense, pour autant que l’on parle d’entreprises présentes sur plusieurs marchés, les possibilités sont énormes. La connexité des sujets, des technologies, des méthodes…permet d’aborder des contextes variés, et petit à petit de compléter sa palette de compétences, avant éventuellement de se spécialiser. Sans tomber dans l’excès inverse de la mobilité forcée…

L’entreprise doit penser à son avenir : cela passe par une vision prospective de sa pyramide des âges et des compétences, et cela doit se faire avec ses employés, qui sont les premiers intéressés. Tout cela pour dire qu’une réflexion sur l’avenir des différents métiers (plus d’intégration, moins de réalisation en interne, technologies de plus haut niveau d’abstraction….) se fait de bout-en-bout, depuis la stratégie business jusqu’au dispositif de suivi effectif de la mobilité.

*

Dans un prochain article je reviendrai sur quelques traits caractéristiques des emplois civils dans l’industrie de défense, fréquemment mentionnés par mes interlocuteurs du secteur, et qui font écho aux points ci-dessus.

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