Je vous en veux à vous, les ingénieurs des grandes écoles (Polytechnique, Mines...). Plutôt que de bosser dans la technique, vous préférez faire du management. Il faudrait que vous soyez obligés de consacrer 10 ans à la R&D en sortant de l'école. C'es du gâchis d'intelligence.
samedi 21 janvier 2012
Citation de la semaine (anonyme) : ingénieurs des grandes écoles et R&D
mardi 26 juillet 2011
EADS et Thales en tête des entreprises préférées des futurs ingénieurs français
jeudi 14 juillet 2011
Rapport du CNISF sur la situation socio-économique des ingénieurs fin 2010
Basé sur une enquête réalisée auprès de 40000 ingénieurs en activité (dont moi, fidèle répondant depuis plusieurs années), il dresse un panorama de cette population assez hétérogène (on ne peut parler de "profession" étant donnée la diversité des débouchés et des activités en entreprise ou ailleurs...) autour de plusieurs sujets :
- la formation et l'accès à l'emploi
- l'activité professionnelle, le positionnement dans l'entreprise, en France et à l'étranger
- les ingénieurs face à l'innovation et la création d'entreprise
- le marché de l'emploi des ingénieurs (attractivité, mobilité...)
- le salaire
- les ingénieurs face aux questions d'actualité : éthique, diversité, mixité, emploi des séniors, crise économique
La synthèse et le rapport complet, ainsi qu'un petit outil de calcul de salaire en ligne, sont disponibles ici : 22ème enquête sur la situation socio-économique des ingénieurs français
vendredi 21 janvier 2011
Prévalence du diplôme : le mythe de la spécificité française
Une étude montre qu'aux États-Unis, dans les domaines très sélectifs (conseil en stratégie, banque, cabinets d'avocats), la discrimination sur le diplôme est au moins aussi forte que chez nous. Et ce, pour la même raison : le recruteur croulant sous les candidatures prend comme un acquis le fait que la sélection optimale s'est déjà faite à l'entrée à la fac, plusieurs années auparavant. Comme le dit Tom Bartlett :
When you read the accounts of recruiters at these firms, you get a sense of why they might choose these metrics. They have multiple stacks of resumes. They meet hundreds of applicants at career fairs. Rather than scrutinizing anyone’s resume it’s easier just to limit the pool to the top three or four universities. Do you really want to pore over the transcript of that kid from the University of Michigan? Wouldn’t it be easier just to call the Harvard grad? In essence, what they’re assuming is that the admissions offices at the super-elite schools have already picked the best of the best.On peut y ajouter l'importance des réseaux d'anciens. Toujours est-il que ce ne sont pas les performances aux examens qui font la différence :
Educational credentials were the most common criteria employers used to solicit and screen resumes. However, it was not the content of education that elite employers valued but rather its prestige. Contrary to common sociological measures of institutional prestige, employers privileged candidates who possessed a super-elite (e.g., top four) rather than selective university affiliation. They restricted competition to students with elite affiliations and attributed superior abilities to candidates who had been admitted to super-elite institutions, regardless of their actual performance once there.
samedi 2 octobre 2010
Georges Charpak, la main à la pâte

Au-delà du grand chercheur prix Nobel de Physique, je salue l'initiateur de La main à la pâte, démarche lancée en 1996, visant à promouvoir l'investigation scientifique auprès des élèves du primaire, et à laquelle j'ai eu la chance de participer avec grand bonheur il y a un peu plus de dix ans.
jeudi 16 septembre 2010
L'emploi dans l'industrie aérospatiale française
mercredi 7 avril 2010
Les entreprises de défense toujours parmi les préférées des futurs ingénieurs français
Et pour la troisième fois, les entreprises de défense/aéronautique trouvent une place de choix dans le classement dédié aux ingénieurs, malgré une petite baisse par rapport à 2009 : EADS reste en première place, Thalès est troisième et Dassault Aviation est sixième. En termes de secteur, la défense est deuxième, juste derrière l'énergie/environnement.
Pour de plus amples développements, je vous renvoie à mes billets précédents sur le sujet :
mardi 22 décembre 2009
Si la défense ne vient pas à toi...
Cet article est simultanément publié sur le site de l'Alliance Géostratégique. Je reçois, de même que plusieurs autres membres de l’Alliance Géostratégique, de nombreuses questions, notamment de la part d’étudiants en M2 pro sciences politiques / histoire / relations internationales, sur les débouchés du domaine de la défense au sens le plus large, i.e. embrassant la sécurité, la stratégie et finalement tout ce qui entre de près ou de loin dans l’escarcelle géopolitique. Étant moi-même ingénieur, j’ai une vision partielle et biaisée du sujet, mais essayons tout de même de poser quelques pistes générales. Il s'agit d'un domaine extrêmement étendu et aux composantes très diverses, même si l’on reste dans le périmètre civil : elle touche aux relations internationales, à la politique intérieure, à l’économie ou à la technologie. A titre d’exemple, les entreprises de la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne représentent un total de 600 000 emplois. L'univers de la défense et de la géopolitique sait attirer les étudiants, si l’on en juge par la floraison de formations universitaires plus ou moins spécialisées, ou même par les classements mesurant l'attractivité des entreprises vis-à-vis des futurs diplômés (voir notamment celui-ci qui concerne les ingénieurs). Mais au moment de franchir le pas et de postuler, quels peuvent être les débouchés d’un diplôme en sciences humaines qui certes, a été extrêmement enrichissant pour la culture générale et la réflexion, mais qui peut aussi sembler loin des besoins parfois très concrets des employeurs potentiels ? Et quel comportement adopter pour optimiser ses chances de succès dans la filière ? Les administrations centrales sont bien évidemment un employeur naturel : ministères de la défense (et les multiples entités qui en dépendent : DGA, DAS, IRSEM, DRM…), des affaires étrangères et européennes (Conseiller ou Secrétaire des Affaires Etrangères…), de l’économie et des finances (Direction des relations économiques extérieures) de l’intérieur, Matignon (SGDN)… mais attention, la titularisation (en catégorie A voire B) nécessite de passer des concours extrêmement sélectifs, d’autant que le recours aux contractuels (CDD ou CDI), à des fins de réduction et de flexibilisation de la masse salariale, est de plus en plus prononcé. Le statut de contractuel peut tout de même représenter des opportunités en termes de mobilité et d’ouverture à des profils un peu différents, d'autant que de nombreux corps de métiers sont couverts. Pour les sessions de concours et les offres de postes de contractuels, assurer une veille continue sur le Web, et notamment les sites ministériels (de la famille ".gouv.fr"). Le Parlement (Assemblée nationale et Sénat) est aussi un employeur potentiel. Les collectivités territoriales (notamment régions et grosses communes) se dotent également de compétences en relations internationales, en analyse économique et prospective, et doivent également être considérées comme une piste sérieuse. De même que les institutions internationales (échelon européen, Nations Unies, OTAN), même s’il apparaît qu’elles sont déjà plutôt bien pourvues en représentants français (par contre les ressortissants de certaines nationalités ont plus de possibilités). Pour les postes disponibles au sein de l’UE et les sessions de recrutement, voir notamment le site Web de l’EPSO(European Personnel Selection Office) L’ONU recrute exclusivement par concours ses jeunes cadres, la sélection étant nationale Le Secrétariat International de l’OTAN a un recrutement plus traditionnel Il existe des organismes de préparation spécifique de ces concours internationaux : voir par exemple le Centre de Préparation aux Concours Européens de Sciences Po. L’enseignement et la recherche (cette dernière ayant déjà été évoquée succinctement plus haut) dans un établissement public sont également possibles, mais bien évidemment ils ne sont pas la voie naturelle pour des étudiants de M2 Pro. Egalement très sélectifs, ils nécessitent de réfléchir sérieusement à une spécialisation. Et pourquoi pas un état ou gouvernement étranger ? De nombreux pays en voie de développement peuvent avoir besoin de personnes maîtrisant les approches décisionnelles, les enjeux de la mondialisation, la dynamique des instances internationales, des échanges économiques et de l’intégration régionale, à des fins de conseil voire pour exercer des responsabilités opérationnelles directes. Les multiples facettes du secteur privé Les grandes entreprises de défense (EADS, Thales, Dassault, Nexter, Panhard…), de par leur coeur de métier hi-tech, offrent principalement des débouchés aux ingénieurs (et aux commerciaux). Cependant, leurs directions juridiques, marketing (au sens large), des ventes (notamment export), de la stratégie (par exemple dans le cadre de M&A avec des partenaires étrangers), de la sécurité ou de la communication peuvent présenter des opportunités pour les diplômés en relations internationales. Il ne faut pas non plus négliger le développement de l’intelligence économique, à cheval sur plusieurs de ces disciplines, ceci étant vrai dans tous les secteurs économiques, et pas seulement la défense : veille concurrentielle, économique, réglementaire, technologique, sécuritaire, études, benchmarks en tous genres. Secteurs de l’énergie, du hi-tech, mais également institutions financières (qui ont également des besoins spécifiques sur le financement des échanges internationaux), entre autres, en sont friands. Des entreprises spécialisées dans ce domaine, comme Kroll, peuvent également constituer un débouché. Autre grosse tendance, la professionnalisation de la gestion des risques (politiques, industriels, environnementaux, financiers, sociétaux…) au sein des grandes entreprises, qui se dotent de plus en plus de structures et de compétences spécifiques. Avec la privatisation annoncée dans les RGPP, en plus du plus grand recours aux contractuels de la fonction publique, les entreprises de service et les SMP comme DCI sont amenées à se développer. En complément, aller voir du côté des groupements d’entreprises, de type ASD, GICAT, GIFAS…qui disposent de moyens propres, notamment sur les aspects liés à la communication. Les cabinets de conseil en stratégie et management (McKinsey, BCG, Bain, Oliver Wyman , Booz Allen Hamilton, ATK, AD Little, Stratorg, Kea & Partners, Roland Berger, Mars & Co, Capgemini, Accenture, Ineum Consulting, Orga Consultants…) peuvent également être une piste à envisager, même s’ils recrutent principalement des ingénieurs et diplômés de business schools (et encore, ils savent être plutôt sélectifs), et qu’ils sont assez généralistes (même s'ils ont des entités dédiées au secteur public et à la défense) : en clair, il est difficile d’être sûr en y entrant du type précis de missions et de clients pour lequel on va travailler, surtout que les juniors n’y sont pas spécialisés. Instituts de recherche et autres think tanks (IFRI, CERI, IRIS, Choiseul, Prometheus, CF2R…), en plein développement (et la France a encore du retard face aux Anglo-saxons), peuvent offrir quelques débouchés. De même que les cabinets de lobbying, eux aussi en plein boom à Paris, Bruxelles ou Strasbourg, et les cabinets juridiques. Bien sûr, il est très difficile d’y entrer directement en CDI, le stage étant plutôt la règle, même s’il est en général peu rémunérateur, voire pas du tout rémunéré. Les médias généralistes et spécialisés sont également une piste intéressante à suivre. De même que les ONG (françaises, étrangères ou internationales), qui en lien avec leur coeur de métier ont des besoins sur les aspects économiques, politiques, juridiques, technologiques, organisationnels… Sur le marché, avoir un bel étal est un avantage concurrentiel se construire une idée assez claire, mais pas forcément précise à la virgule, de la cible rêvée et des moyens d’y parvenir Bref, trouver les moyens de se différencier par rapport à la masse des autres candidats, que ce soit dans les expériences originales, les langues maîtrisées, l'évolution à l'international (penser aux VIE et VIA !), la conjugaison de savoir-faire spécifiques…souvent une formation en relations internationales “nue” sera considérée comme trop généraliste : il faut bien réfléchir aux types de cordes (économie, finance, management notamment en "mode projet", droit, communication…) à rajouter à son arc. Évidemment, toutes vos précisions, suggestions et additions sont plus que les bienvenues ! JGP, Mon Blog DéfenseLe secteur public : embouteillages en vue ?
Il est évident que l’envoi de candidatures spontanées ou même en réponse à des offres publiées plus ou moins récemment comporte une part importante d’aléa et n’est souvent pas suffisant. Il est crucial d’être proactif dans sa recherche (ceci peut s'appliquer à bien d'autres secteurs d'activités) :
samedi 21 novembre 2009
La spectaculaire progression de l'enseignement du chinois
La diffusion de la langue est un élément important du soft power. Surtout quand cette langue est très liée à son pays d'origine, comme le français, le japonais ou le chinois.
Quant au Hanyu Shuiping Kaoshi (HSK), le test d'évaluation standardisé de chinois reconnu par les universités et les entreprises locales (le "TOEFL chinois"), il ne cesse de voir son nombre de candidats augmenter depuis sa création au début des années 1990 : il y aurait aujourd'hui plus de 500 000 candidats annuels.
Selon Ji Baocheng, président de l'Université Populaire de Chine
La tendance est irréversible, parce que la Chine est maintenant la troisième économie mondiale et le deuxième plus grand pays commercialCertes, en tant que langue d'échange, et surtout comme langue pivot entre "locuteurs non natifs", on est à des années-lumière de l'anglais, qui ne sera probablement pas rattrapé à moins d'un cataclysme. Par ailleurs, il est évident que bon nombre d'étudiants arrêtent avant d'avoir acquis un niveau "opérationnel" en chinois, qui pour un Français est plus difficile à atteindre qu'en anglais ou en espagnol... et autant dire que sans pratique régulière, la perte de niveau est exponentielle, langage non alphabétique oblige. De même, les candidatures au HSK se concentrent sur les niveaux les plus élémentaires (le nombre annuel de reçus en France au niveau le plus avancé, n'étant pas d'origine chinoise, est de l'ordre de grandeur de la dizaine).
Cependant, on ne peut plus parler d'effet de mode comme il y a une dizaine d'années. La Chine commence à comprendre l'intérêt de l'exportation et de la diffusion de sa langue pour le tissage de liens. Et comme dans d'autres domaines, elle a décidé de mettre le paquet !
samedi 7 novembre 2009
[Le blog de la semaine] : Armée du futur
jeudi 5 novembre 2009
Classements des universités de Shanghai : ça coince toujours pour la France
Les critères de classement, discutables, reposent exclusivement sur les aspects liés à la recherche, en privilégiant les universités versées dans les disciplines scientifiques et le management, au détriment d'autres champs académiques. La note est ainsi composée de la façon suivante :
- Nombre d'anciens étudiants ayant obtenu un Prix Nobel ou la Médaille Fields (10%)
- Nombre de chercheurs ayant obtenu un Prix Nobel ou la Médaille Fields (20%)
- Nombre de chercheurs figurant dans les listes des "chercheurs les plus fréquemment cités" de l'Institute for Scientific Information (ISI) sur 21 domaines (20%)
- Nombre d'articles publiés dans Nature et Science (20%)
- Scores au Science Citation Index et au Social Sciences Citation Index, eux aussi issus de l'ISI (20%)
- Performance académique par tête calculée sur la base des indicateurs précédents (10%)
Les critères sont intrinsèquement de nature à favoriser la langue anglaise, et, mais c'est voulu, ne traitent absolument pas d'un des objectifs principaux d'une université, à savoir l'enseignement et le devenir des étudiants (hormis évidemment ceux qui gagneraient un Prix Nobel ;-)). En France, pays du fractionnement du supérieur, où une bonne partie de la recherche, même publique, est réalisée en dehors des universités (CNRS, CEA, INRIA...), on part forcément défavorisés ! Et ne parlons même pas de nos grandes écoles : Polytechnique et autres HEC sont loin...
J'en avais déjà parlé, l'Ecole des Mines de Paris, partiellement en réaction au classement de Shanghai, a défini le sien, dont le critère exclusif est le nombre d'anciens élèves devenus patrons d'entreprises du Fortune 500 (500 plus grandes entreprises mondiales selon Forbes). Et là, étant donné le système académique français et la façon dont marchent nos plus grosses entreprises, HEC, l'ENA, Polytechnique, Sciences Po et les Mines de Paris se retrouvent toutes dans les vingt premières.
Les points servant au classement sont divisés entre les différents établissements du parcours d'un patron donné. Ainsi par exemple Carlos Ghosn, patron de Renault, donne 0,5 point à l'Ecole Polytechnique et 0,5 point au Mines de Paris, car il est X-Mines. Dans le cas des Grands Corps Techniques de l'État, cette approche est discutable dans la mesure où la base de recrutement est quasiment réduite à l'École Polytechnique. Et c'est bien normal car il s'agit d'écoles d'application. Ainsi, pour le Corps des Mines, avant sa fusion avec celui des Télécoms, il y a chaque année une douzaine d'élus dont un seul est issu des Mines de Paris (cursus ingénieur civil), un autre de l'ENS, et tous les autres de Polytechnique. Une telle formation est plus un prolongement spécifique de Polytechnique qu'une offre totalement maîtrisée par l'École des Mines de Paris.
L'exemple des classements, au-delà des polémiques qu'il provoque, est là pour montrer que l'éducation et la recherche sont des enjeux majeurs de compétition (mais également d'alliance) entre les états, et donc touchent à la géopolitique.
Voir également : Les écoles d'ingénieurs forment-elles encore des ingénieurs ?
vendredi 18 septembre 2009
Repenser la formation des élites ?
Ce livre fait le point sur la formation dans nos plus grandes business schools et questionne l'éthique et les valeurs inculquées aux étudiants, futurs ordonnateurs des entreprises et de l'économie mondiale. Le formatage et le respect du moule, le culte de la réussite et du profit coûte que coûte, et le relatif conformisme qui en découle (discipline face à l'ordre économique établi, absence de remise en cause profonde et de recherche de modèles alternatifs) ne sont-ils pas à compter parmi les causes fondamentales de la crise globale actuelle ?
A l'heure où l'on cherche (ou plutôt que l'on semble chercher, voire que l'on fait semblant de chercher) à réformer le capitalisme triomphant, cet ouvrage a le mérite de présenter des pistes peu explorées dans les médias, même si pour des gens "du milieu" il n'y a guère de scoop.
Voir aussi : les écoles d'ingénieurs forment-elles encore des ingénieurs ?
lundi 10 août 2009
Eloge du spécialiste
Je souhaiterais non pas remettre en question cette opinion mais donner un éclairage un peu différent et complémentaire, issu de mon expérience dans diverses situations (étant moi-même un "généraliste" ayant eu maille à partir avec de nombreux spécialistes de tous domaines).
Tout d'abord, je suis d'accord pour dire qu'il est dangereux de ne voir un sujet que sous un angle précis sans prendre de hauteur. Et je suis également de l'avis qu'il est tout à fait naturel que le tenant d'une discipline tire la couverture à lui en expliquant que son domaine est prépondérant dans ou permet à lui seul l'explication de tel ou tel phénomène.
Il est évident que dans notre monde actuel, tout problème est multifacettes : un décideur (qu'il soit commandant militaire, gouvernant politique ou chef d'entreprise) ne peut à lui seul maîtriser l'ensemble de ces facettes. Un de mes vieux professeurs avait coutume de dire que Bergson était certainement le dernier "génie universel", capable de comprendre l'état de l'art de tous les domaines scientifiques (au sens large) de son époque. Que cela soit vrai ou faux, cette idée illustre le fait que l'époque du chef omniscient est révolue, si tant est qu'elle ait jamais existé. Et il est illusoire de penser que même un bon généraliste pourra se muer en spécialiste d'un sujet donné si le besoin s'en fait sentir (idée que l'on entend ici ou là...). Il faut être capable, pour prendre des décisions pertinentes, d'une vue synthétique de chaque dimension d'un problème, chose plus facile à dire qu'à faire (et qui suppose bien entendu d'avoir au préalable identifié de façon exhaustive et traité lesdites dimensions)... mais l'aspect "synthétique" ne suffit pas en lui même : il faut en premier lieu que cette synthèse se fonde sur une analyse approfondie et exacte (i.e. spécialisée).
La question ne repose pas tant dans la nature "spécialiste" d'un individu, mais plutôt dans sa capacité à prendre du recul sur une situation donnée et d'avoir conscience de sa complexité et de ses dimensions multiples. Autrement dit, être spécialiste (ou expert) d'un domaine n'empêche pas intrinsèquement d'être un bon généraliste. Et n'avoir aucune spécialité n'est pas non plus un gage de capacité à envisager de façon systémique une problématique : ne pas être spécialiste ne signifie donc pas automatiquement être généraliste. On compte ainsi nombre de généralistes auto-proclamés qui ne font en fait que donner des opinions superficielles de façon désordonnée sur tout un tas de sujets qu'ils ne maîtrisent pas (on peut évoquer de façon connexe l'opinion selon laquelle un bon technicien est forcément un mauvais manager, alors qu'un bon manager serait nécessairement un non-technicien). Je ne reviendrais pas ici sur les dérives potentielles de la "pensée PowerPoint", déjà évoquée par ailleurs (ici ou là).
Et soyons clairs : comme l'indique Von Mestein, les spécialistes sont nécessaires pour aller au fond des choses. Sans spécialistes (ou travaux de spécialistes) pour l'appuyer, un généraliste aura du mal à produire de lui-même un point de vue argumenté et précis, et il perdra donc sa raison d'être. Et il est également une lapalissade de dire que l'on s'adresse avant tout à un spécialiste pour exploiter ses compétences relatives à sa spécialité.
Tout ça pour dire quoi ?
- Etre généraliste, ça ne se décrète pas et ce n'est pas mutuellement exclusif d'une spécialisation, i.e. d'une expertise sur un ou plusieurs sujets donnés. Plutôt que d'une opposition entre généraliste et spécialiste, il y a plutôt complémentarité : un système s'envisage certes globalement, mais sa compréhension fine passe aussi par l'analyse de ses composants. La littérature au sein de la blogosphère est déjà abondante à ce sujet
- Nous avons besoin de spécialistes, qu'il s'agisse d'ingénierie, d'humanités, de finance...i.e. de personnes connaissant l'état de l'art sur un domaine très ciblé et visant à repousser les limites de cet état de l'art
- Nous avons besoin de ponts entre les spécialistes (et de nombreux spécialistes sont capables de les créer eux-mêmes), afin d'éviter le cloisonnement entre spécialités et d'introduire un souffle "généraliste"
- Nous avons aussi besoin de généralistes, capables non pas forcément de se substituer aux spécialistes (au risque de me répéter : être généraliste ne signifie pas être capable de devenir rapidement spécialiste) ou de se placer au-dessus d'eux (d'ailleurs un spécialiste peut endosser le costume de généraliste), mais d'adresser des situations nouvelles, complexes et multidimensionnelles, voire de faciliter le dialogue entre spécialistes en s'assurant de l'équilibre "systémique" entre les différentes spécialités concernées
Voir également :
mercredi 24 juin 2009
L'ENSTA à Saclay en 2012
La décision avait en fait été prise il y a déjà quelque temps, l'annonce de la semaine dernière explicitant le projet retenu pour ce déménagement. L'ENSTA, membre fondateur de Paristech (une alliance de douze grandes écoles françaises, parmi lesquelles Polytechnique, les Mines de Paris ou Télécom Paris, et même HEC) rejoindra ainsi le pôle de Saclay, dans le sud de la région parisienne, destiné à devenir un campus d'envergure mondiale. Il accueille déjà plusieurs écoles de Paristech (Polytechnique, HEC et Supoptique), des laboratoires de l'ENSTA ainsi que d'autres écoles (Supélec, Paris XI) et instituts (CNRS, CEA, INRA, ONERA). Il se trouve également tout proche du centre de gravité du pôl de compétitivité System@tic destiné aux systèmes complexes et technologies de l'information. Au titre du plan Campus (décidé par le gouvernement Fillon), le pôle Saclay a été dôté de 850 millions d'euros.
Le rapprochement avec les autres écoles présentes devrait également permettre (et c'est aussi l'un des buts du groupement Paristech) à l'ENSTA de recentrer ses efforts sur quelques domaines d'excellence (énergie et transport), tout en profitant de partenariats privilégiés avec ses homologues et des industriels pour instaurer une dynamique d'innovation à plus grande échelle.
lundi 8 juin 2009
Partenariat entre l'ESSEC et les écoles de Coëtquidan
crédits : Adrien Marquette
Il convient de noter qu'un partenariat entre l'ESM et plusieurs autres écoles de commerce françaises (dont HEC, l'EM Lyon ou Reims Management School) permet déjà à des élèves de ces derières d'effectuer une partie de leur scolarité (9 semaines de cours et 10 semaines de stage en régiment) à Saint-Cyr et d'obtenir le statut d'officier (sous-lieutenant) de réserve.
jeudi 21 mai 2009
Louis Gallois : Il manque 3 000 ingénieurs en aéronautique
Nous manquons d'ingénieurs en Europe - de 3.000 à 3.500 chaque année pour la seule filière aéronautique. Il faut redonner le goût de ces carrières à nos jeunesComme un écho lointain à mes articles récents sur les entreprises préférées des futurs ingénieurs et la formation au sein des écoles d'ingénieurs françaises...
Louis Gallois veut voir dans la crise économique actuelle quelques raisons de lancer, au niveau européen, des projets d'envergure afin de préparer le futur :
La crise pourrait être l'occasion d'exprimer une ambition européenne industrielle forte, et pas seulement dans la défense. C'est le moment d'engager de grands programmes européens. Les sujets ne manquent pas : voiture électrique, nanotechnologies, confinement du CO2, l'homme dans l'espace ou les drones militairesParallèlement, il annonce, pour la première fois, une date pour le premier vol de l'A400M : cela devrait être pour la fin de cette année, avec une marge d'erreur de quelques semaines. Une paille, pour un programme déjà en retard de quatre ans...
vendredi 15 mai 2009
Les écoles d'ingénieurs forment-elles encore des ingénieurs ?
Car si la question de la carrière militaire se pose pour les Cyrards, celle d'ingénieur tout court se pose pour les écoles citées ci-dessus. En effet, et la tertiarisation de l'économie n'y est pas pour rien, les traditionnels débouchés dans les métiers de la production, du génie industriel ou de la R&D sont depuis assez longtemps concurrencés par le marketing, le commerce, le conseil (sous toutes ses formes, de la stratégie aux systèmes d'information), l'audit et surtout, salaire oblige, la finance. Les écoles d'ingénieurs ne sont pas les seules concernées, puisque même Sciences Po a sa majeure finance. Bien évidemment, la crise économique actuelle pourrait, selon certains, rebattre les cartes en faveur de l'industrie, les embauches dans le secteur financier étant encore plus timide que dans les autres domaines. Mais rien n'est moins sûr pour le moyen terme.
Alors bien sûr, la majorité des jeunes diplômés (majorité devenant écrasante dans les écoles spécialisées type ENSI, mais c'est bien normal) s'engagent dans une carrière d'ingénieur, cependant une part de plus en plus grande investit des chasses anciennement gardées des écoles de gestion et de commerce, les HEC / ESSEC / ESCP et consorts...que ce soit au niveau des secteurs de l'économie ou des fonctions dans l'entreprise. L'essor du concept d' "ingénieur généraliste", touche à tout, formé superficiellement à de nombreux domaines, et censé pouvoir prendre du recul tout en s'adaptant facilement à tout nouveau contexte, est concomitant à ce phénomène : les formations d'ingénieurs, parmi les plus côtées, offrent presque autant d'heures de cours en management (au sens large) qu'en sciences de l'ingénieur. Pour en avoir discuté avec des camarades d'anciennes promotions, certains pensent que c'est une perversion du concept d'ingénieur, qui se doit au contraire d'être au coeur de l'invention, du perfectionnement et de la pratique de nouvelles techniques et technologies, et non pas se préoccuper de problématiques financières, commerciales ou support (RH, marketing...) : tout ça est à laisser aux épiciers.
Exemple pris pas totalement au hasard, l'ENSTA (Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées), sous la tutelle du Ministère de la Défense (plus précisément, de la DGA) et dirigée par un ingénieur général de l'armement. École d'application de l'X, elle forme entre autres les ingénieurs du Corps de l'Armement (et certains officiers des armées). Selon la plus récente étude de placement, la somme des jeunes diplômés des dernières promotions travaillant dans l'audit-conseil/fonction financière/direction-management/achats-logistique/marketing-vente/autres (non R&D/production/systèmes d'information/assistance technique) s'élève à 40%.
En soi, qu'une école offre à ses élèves de nombreux débouchés est un atout. Et il y a bien sûr de très intéressantes carrières en dehors de l'ingénierie. Pour aller encore plus loin, une formation d'ingénieur peut être un sérieux atout dans un contexte non-scientifique.
Cependant, le fait qu'une part non négligeable des meilleurs potentiels ingénieurs et scientifiques français se dirigent vers une toute autre voie est-il problématique ? Déjà, juste une remarque : encore heureux que chacun, quel que soit son potentiel, puisse avoir le choix de ses études et de sa carrière (dans la limite des places disponibles, naturellement...).
Considérons le système éducatif français : entre 16 et 20 ans, tout ou presque se joue pour l'accès aux filières sélectives. Bac, choix d'orientation supérieure, concours aux grandes écoles (et leur part de loterie). Les écoles d'ingénieurs étant vues comme une des principales voies royales, de nombreuses lycéens bons ou pas trop mauvais en sciences s'engagent en prépa. Évidemment, jusqu'au lycée la plupart n'ont qu'une vision réduite de ce qu'est vraiment la science (maths, physique...) et des débouchés qu'elle offre, alors le métier d'ingénieur, c'est très loin... Donc finalement pas étonnant qu'après 3, 4 ou 5 années d'études de nombreux élèves ingénieurs se tournent vers d'autres voies, qui selon la période sont plus ou moins porteuses. D'ailleurs, les recruteurs ne s'y trompent pas, et utilisent la sélectivité des concours d'entrée aux écoles (qui a lieu au minimum 3 ans avant le recrutement !) mais également l'aspect "généraliste" et ouvert des formations pour embaucher des jeunes prometteurs, parfois dans des domaines assez éloignés de leur cursus d'origine.
On en vient là à une certaine contorsion du système : en fonction des débouchés et du contexte économique, mais également (cercle vertueux/vicieux) des souhaits des étudiants, les écoles d'ingénieurs élargissent leur offre de formation, quitte à sortir carrément de la notion d'ingénieur, mais sans élargir outre-mesure leur base de recrutement, qui reste de façon prépondérante LE concours d'entrée destiné aux prépas scientifiques. Certes, cela passe parfois (souvent ?) par des partenariats avec des écoles ou formations universitaires en management/gestion.
Contrairement à une idée reçue, le système éducatif français n'est pas le seul à disposer de filières d'ingénierie d'élite. Par contre, c'est le seul dans lequel ces filières se matérialisent dans des petites écoles indépendantes (de l'ordre de quelques centaines d'étudiants), et non au sein d'universités plus larges. Ce benchmark avec ce qui se passe à l'international n'est pas anodin : aujourd'hui, et plus encore demain, l'éducation supérieure est et sera un marché de plus en plus mondialisé. Si bien qu'en plus de la concurrence 1/ entre écoles d'ingénieurs 2/ entre écoles d'ingénieurs et écoles de commerce, la compétition se fait aussi avec les formations étrangères. En témoignent l'émergence de classements internationaux, non plus limités aux MBA. Ces classements se font non pas seulement sur les formations mais également sur les établissements dans leur ensemble. Le classement de Shanghai, reléguant aux limbes nos champions nationaux, a fait couler beaucoup d'encre...notamment chez nous, les uns et les autres tentant soit d'expliquer qu'en France c'est "différent", soit y voyant un argument pour telle ou telle réforme de l'enseignement supérieur. L'Ecole des Mines de Paris y est allée de son classement mondial maison, avec pour critère exclusif le nombre de patrons des 500 plus grands groupes mondiaux : reproduction des élites au sein de nos grandes entreprises oblige, les X-HEC-ENA et Mines (surtout en tant qu'école d'application de Polytechnique, au passage) s'y taillent la part du lion.
Alors, il n'est pas question ici de lancer le débat "grandes écoles" VS "universités" ni de proner une fusion pure et simple. Ceci dit, il est peut-être temps pour nos écoles d'ingénieurs de reconsidérer leur positionnement, pourquoi pas comme étant les "pôles ingénierie" d'ensembles plus vastes, ayant nécessairement plus de moyens...et surtout de casser cet éclatement qui fait que chaque initiative, prise au niveau de chaque école, ne concerne que quelques centaines d'élèves, et qu'elle est à dupliquer dans les autres écoles. Des projets comme Paris Tech sont bien évidemment à saluer comme allant dans le bon sens, celui d'une coopération renforcée entre grandes écoles, leur permettant à la fois d'acquérir une taille critique pour la visibilité internationale, mais offrant aussi plus de passerelles à leurs élèves, histoire de mettre en valeur plus de facettes du métier d'ingénieur.
Je vous conseille au passage la lecture du très bon ouvrage de Pierre Veltz, ancien directeur de l'Ecole des Ponts, Faut-il sauver les grandes écoles ?
J'ai conscience d'avoir un peu élargi le sujet que je comptais aborder initialement, et en même temps qu'il reste beaucoup à dire. J'y reviendrai donc, c'est certain, même si le lien avec la défense est assez distendu. Mais après tout, c'est mon blog, donc je suis maître pour décider ce qui est hors-sujet ou non ;-)
mercredi 6 mai 2009
Les entreprises du secteur défense toujours parmi les préférées des futurs ingénieurs
Le Figaro a ainsi publié une étude de l'institut Trendence relative aux entreprises "préférées" des futurs diplômés français, ingénieurs et "commerciaux". Elle donne, malgré toutes les réserves que l'on peut émettre (la première d'entre elles étant évidemment le fossé existant entre la réalité et l'image que l'on peut en avoir lorsqu'on est encore à l'école), des indications sur l'attractivité des entreprises et des secteurs économiques.
Je faisais déjà référence à une étude similaire l'an dernier. Et comme en 2008, en ce qui concerne les futurs ingénieurs, les principales entreprises du secteur Aerospace & Defense sont plutôt bien positionnées. Ainsi, EADS et Thales sont encore aux deux premières places, tandis que Dassault Aviation est toujours cinquième. Safran se glisse à la dixième place et Dassault Systèmes est dix-huitième. Chez les futurs diplômés d'écoles de commerce, seule EADS apparaît dans le classement - dominé par le luxe et le consumer business (LVMH, L'Oréal), ainsi que l'audit (Ernst & Young, Deloitte, KPMG) - à la vingt-sixième place.
Globalement, le classement pour les ingénieurs est assez stable par rapport à l'an dernier, même si, crise oblige, les constructeurs automobiles sont en baisse, au profit justement de l'aéronautique, de l'énergie, de l'environnement ou...du BTP.
L'intérêt des missions est, sans surprise, le premier critère mis en avant par les étudiants comme guidant leur choix. A noter que, mais cela est bien normal, le classement ne rend pas compte des écarts d'image parfois énormes pouvant exister entre différents métiers au sein d'une même entreprise. Ainsi, est-ce bien la R&D qui attire chez EADS, Thales ou Dassault ? Et si oui, est-ce le cas pour tous leurs domaines d'activités ?
Par ailleurs, et la crise n'est pas là pour arranger les choses, les produits et systèmes des principaux industriels incluent de plus en plus d'éléments sous-traités (sous formes de composants bien physiques ou de prestations intellectuelles). Donc si le "métier" de base d'un EADS intéresse, il faut savoir que les sociétés d'ingénierie, notamment, vont recruter une part non négligeable des jeunes qui s'y destinent (quel que soit le volume global que cela représente, forcément plus faible qu'en période faste, sachant qu'ici et là les embauches sont gelées jusqu'en septembre prochain). La structure du marché du travail français y est certainement pour quelque chose. Et certains y trouvent leur compte, troquant flexibilité et manque d'avantages de type CE contre des salaires à l'embauche souvent supérieurs...
Ceci étant dit, il faut voir derrière cette étude un message important et positif : les entreprises de défense, de part leurs activités, leur rayonnement au niveau mondial et les opportunités variées qu'elles présentent, jouissent d'une bonne image auprès de la population des futurs ingénieurs français. Et il est évidemment vital que le secteur conserve une forte attractivité auprès des jeunes scientifiques, qui est un facteur clé permettant le maintien d'une base industrielle compétitive. Une sorte de cercle vertueux en somme.
Voir aussi : Les entreprises du secteur défense parmi les préférées des ingénieurs jeunes diplômés (article de juin 2008)
vendredi 20 juin 2008
Les entreprises du secteur défense parmi les préférées des ingénieurs jeunes diplômés
En cette période d'actualité chargée pour la défense (Livre Blanc, Dassault qui a presque exporté son Rafale, EADS et ses déboires avec la Cour des Comptes américaine...), changeons un peu de sujet.
Le Figaro a publié cette semaine son classement annuel des entreprises préférées des jeunes diplômés, séparant les "futurs managers" (issus des écoles de commerce) et les "futurs ingénieurs" (issus des écoles...d'ingénieurs).
Trois entreprises du secteur de la défense, mais également très présentes sur des activités connexes (aéronautique, spatial, sécurité...) figurent parmi les 10 premières du classement "ingénieurs". Il s'agit dans l'ordre d'EADS (1ère), Thales (2ème) et Dassault Aviation (5ème).
Bien sûr il y a un monde entre l'image que les jeunes diplômés ont des différentes entreprises et du monde du travail d'un côté, et la réalité (des métiers, des possibilités d'évolution, du nombre de postes disponibles...) de l'autre.
Cependant, le premier critère de choix cité est l'intérêt des missions, et force est de constater que le secteur Aerospace & Defense offre en France des perspectives intéressantes, de par sa relative vitalité en R&D, son rang au niveau mondial et bien sûr son aspect "high-tech" à la pointe de ce qui peut se faire (que ce soit sur le logiciel, l'électronique, les télécoms, le matériel, la cryptographie, la mécanique...).
Certes, les SSII risquent encore, en 2008, d'embaucher de nombreux jeunes talents (même si leur rang dans le classement du Figaro est beaucoup moins flatteur), pour des raisons de salaires (même s'il ne s'agit que du sixième critère cité par ordre d'importance) mais aussi et surtout de postes ouverts. Sachant que pour leurs développements, en régie ou au forfait, les industriels de la Défense ont de toute façon recours de façon intensive aux prestataires...plus ou moins spécialisés, standardisation et dualité des technologies aidant. Et de plus en plus, situés hors de France (Maghreb, Europe de l'Est, Inde...), notamment sur des tâches à peu de valeur ajoutée, mais cela pourrait changer.
Il serait également intéressant d'accéder au classement par école ou groupe d'écoles. Car on observe de plus en plus, pour les écoles du "Groupe A" (Polytechnique, Centrale Paris, Mines Paris, Télécoms, Ponts, Supélec, Supaéro...), un tropisme vers les métiers de la finance et du conseil, bien plus rémunérateurs que l'industrie en général, et la défense en particulier. N'est-il pas dommage (et dommageable) que les esprits scientifiques les plus prometteurs s'éloignent, souvent de façon définitive, des métiers de l'ingénierie ?
Disposer d'apport fréquent de "sang neuf" est un aspect vital, notamment dans un secteur très technologique, où malgré la longueur des cycles de vie des produits, surviennent des innovations et des ruptures assez fréquemment. L'attractivité vis-à-vis des jeunes ingénieurs est un levier majeur de compétitivité et de pérennité, qui doit contribuer au maintien et au développement de l'indépendance technologique de la France et de l'Europe grâce à un effort important en R&D. A condition que les budgets suivent, mais ceci est une autre histoire.
