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dimanche 17 juillet 2011

La stratégie américaine pour le cyberespace dévoilée le 14 juillet


Le Pentagone a publié ce 14 juillet sa stratégie relative au cyberespace. Le document est en ligne et met en avant cinq initiatives :
  • Considérer le cyberespace comme un domaine opérationnel à part entière (au même tire que la terre, l'air ou la mer) nécessitant une organisation, un entraînement et un équipement spécifique, afin que le Department of Defense (DoD) en retire tout le potentiel
  • Développer de nouveaux concepts opérationnels pour mieux protéger les réseaux et systèmes du DoD (appui notamment sur les ressources humaines, prise en compte de la mobilité, du cloud computing, capacités de défense dynamique basée sur des logiciels, capteurs et autres senseurs...)
  • S'appuyer sur des partenariats avec d'autres administrations US et le secteur privé (IT au sens large, éditeurs, constructeurs et intégrateurs) pour la mise en place d'une approche réellement globale
  • Construire des relations solides avec les alliés des Etats-Unis pour l'émergence de réelles coalitions internationales (bizarement, l'OTAN n'est mentionné que dans la légende d'une photo et non directement dans le corps du document. On se souvient pourtant des déclarations de William Lynn, sous-secrétaire d'Etat à la défense : Lynn veut un bouclier triple action pour l'OTAN)
  • Tirer profit de et catalyser les compétences et les efforts de R&D étatsuniens dans le cyberespace, avec une volonté de réduire le time-to-delivery

Tout ceci dans un contexte, précise le rapport, sans grande surprise, où la dépendance du DoD au cyberespace n'est pas appuyée par une politique de cybersécurité adéquate. Des puissances étrangères (non nommées) s'efforcent d'accéder à de l'information classifiée ou de perturber les infrastructures américaines. Mais elles ne sont pas les seules, car des organisations non-étatiques se font également menaçantes, avec un impact potentiel sans commune mesure avec leur propre taille ni leurs moyens financiers. Pour certains, cette publication ne fait qu'entériner ce que d'aucuns affirment depuis longtemps : la cyberguerre est bien là.

Transparaît également dans le document la menace posée par la fabrication à l'étranger (i.e. en Asie) de matériels et systèmes conçus et utilisés aux Etats-Unis. C'est donc le boomerang de la délocalisation qui revient dans la figure des Occidentaux sur ce dossier.

En termes de coopérations, le rapport fait du Department of Homeland Security le responsable de la coordination inter-agences pour tout ce qui touche à l'identification et la maîtrise des menaces contre les cyber-infrastructures de la Nation. On se souvient que nombre d'experts critiquent la potentielle emprise du DoD et des militaires sur la cybersécurité intérieure (voir par exemple La cyberguerre aura-t-elle lieu ?).

Concernant la coopération avec le privé, il est intéressant de noter que le Pentagone est conscient de la compétition qui se joue pour l'attraction des talents, notamment dans un contexte de tensions budgétaires pour le secteur public. Par ailleurs, l'accent est mis sur la collaboration avec le tissu de PME, qui aux Etats-Unis est au coeur de l'innovation IT.

Pour le moment, peu de réactions à ce rapport se sont fait entendre. mais il est vrai que le sujet est moins polémique ou polarisant aux Etats-Unis que d'autres, comme la défense anti-missile.

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lundi 4 juillet 2011

Liste de lecture prévisionnelle pour la période estivale

Les beaux jours sont là, à défaut des vacances, donc voici quelques ouvrages que je compte lire dans les prochaines semaines (sans aucune garantie, n'étant pas maître de mon emploi du temps).


Michel Kerautret : Histoire de la Prusse



Edouard Pflimlin : Le retour du Soleil Levant, La nouvelle ascension militaire du Japon



Yves Lacoste : Ibn Khaldoun, naissance de l'Histoire, passé du tiers monde


André Clot : L'Egypte des Mamelouks, L'Empire des esclaves : 1250-1516



Olivier Kempf : L'OTAN au XXIe siècle


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mercredi 8 juin 2011

Lybie : OTAN, Russie, Monitor Group et Michael Porter

Deux remarques sur la Libye :

Russie et médiation

La Russie en fin de semaine dernière, par la voix de Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères, a estimé que l'OTAN "dérapait vers une intervention terrestre" en Libye, à la suite des premières frappes des hélicoptères français et britanniques, ajoutant qu'une telle intervention serait "déplorable".

Alors qu'elle s'est rangée, tout comme (apparemment) les Chinois qui ont pris langue avec les rebelles, dans le camp de ceux qui souhaitent un départ de Kadhafi (lors du G8 de Deauville), elle se pose depuis fin mai en médiatrice entre le régime en place, les rebelles et la coalition internationale, qu'elle envisage donc comme belligérante. L'envoi d'un émissaire à Benghazi, tout comme la visite de Jacob Zuma, n'ont pas pour le moment porté leurs fruits...

On voit là que les deux membres permanents du Conseil de Sécurité, qui s'étaient abstenus lors du vote relatif à l'intervention armée, veulent reprendre la main, ce qui fait sens si les champs d'hydrocarbures se retrouvent tous dans les régions contrôlées par les rebelles, appuyés par les avions et hélicoptères occidentaux. Rappelons ici que Kadhafi avait au début de l'année réaffirmé qu'il souhaitait attirer les investissements russes, chinois ou indiens. Un Kadhafi, qui, aux dires des Français, Allemands et Britanniques n'est pas vraiment un interlocuteur pertinent pour des négociations.

Monitor Group et la proposition libyenne

Pour tous ceux qui travaillent dans le conseil en stratégie, Monitor Group a longtemps eu une image d'excellence, notamment par son statut de boutique "exclusive" et au travers de Michael Porter, le célèbre gourou de la stratégie d'entreprise, l'un de ses fondateurs.

Or il est apparu récemment que le cabinet avait proposé ses services en 2006 au régime libyen, avec une proposition commerciale visant à redorer le blason du colonel sur la scène internationale (à lire en ligne : A proposal for expanding the dialogue around the ideas of Muammar Qadhafi). Ceci principalement au travers d'une biographie que l'on suppose impartiale ;-) de Kadhafi écrite par Monitor, réalisée notamment par le biais de "visites" d'experts internationaux en Libye. Le tout pour environ 3 millions de dollars.

Si le manuscrit n'a jamais été publié, le lobbying a fait son oeuvre, puisque des articles élogieux sont parus dans la presse américaine (Gaddafi's Libya: an ally for America?) et que des contacts ont été établis au sommet entre les deux exécutifs. Cependant, la crise libyenne a stoppé net les élans de Monitor et le scandale a éclaté aux USA. D'autant que le cabinet avait semble-t-il oublié de déclarer ses activités de conseil auprès de gouvernements étrangers à l'administration américaine.

Bref, de quoi sérieusement écorner la réputation de Monitor, mais également de Michael Porter, qui s'est mouillé personnellement pour défendre et promouvoir la Libye (Michael Porter on Libya's potential). Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, comme dit le proverbe, mais pour la crédibilité de la profession il serait sage qu'ils assument leurs actes.

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samedi 2 avril 2011

Trois alliés géostratégiques dans la Revue de Défense Nationale

Le numéro d'avril 2011 de la RDN (voir le sommaire) contient pas moins de trois articles de membres de l'Alliance Géostratégique :

  • Les guerres low cost - Stéphane DOSSÉ : Activité sous contraintes financières de plus en plus fortes, la préparation et la dotation des forces en moyens de combat doit se repenser. Les clés de ce qui pourrait être une révolution sont la concentration sur l’action opérationnelle, la préservation de la qualité du noyau essentiel et la limitation drastique de l’accessoire. L’adaptation permanente devient la règle.

  • La DAMB, l’Otan et le spatial - Olivier Kempf : L’auteur explore les relations complexes qui existent entre la défense antimissiles balistique et la stratégie spatiale. Il expose la réalité de la menace balistique et montre comment l’Otan s’est saisie de cet enjeu et a arrêté sa politique lors du récent Sommet de Lisbonne.

  • Entreprises militaires et de sécurité privées et réserve opérationnelle - Victor Fèvre : Comment articuler les entreprises militaires et de sécurité privées et la réserve opérationnelle ? C’est à cette question complexe que répond l’auteur qui examine les options et les limites, à la fois légales et pratiques, et propose différentes possibilités de mise en oeuvre.

Il contient également une critique de l'OTAN au XXIe siècle d'Olivier Kempf, que je me suis procuré mais que je n'ai pas encore lu (je me le réserve, vu son épaisseur, pour une période plus calme).

Les guerres low cost sont bien évidemment toujours en vente.

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vendredi 26 novembre 2010

De l’Alliance à l’Europe : une géopolitique de l’ensemble euro-atlantique, par Jean-Sylvestre Mongrenier

Dans le cadre du programme de recherche « Défense et Sécurité : le coût de la non-Europe », Jean-Sylvestre MONGRENIER, chercheur associé à l’Institut Thomas More, décrypte les enjeux du sommet de l'OTAN qui a eu lieu les 19 et 20 novembre derniers.

Anders Fogh Rasmussen
Anders Fogh Rasmussen

La redéfinition du rôle et des missions de l’OTAN n’est pas un simple exercice de convenance. Le précédent concept stratégique datait de 1999, avec la guerre du Kosovo en toile de fond, et les adaptations se sont depuis faites au moyen d’ajustements successifs et de directives politiques globales (CPG) (1). La méthode a ses limites et les multiples sollicitations de l’environnement international sont susceptibles d’entraîner les Alliés dans des missions trop variées, avec des risques de sur-extension et de dilution des compétences, au détriment de leur engagement premier : la défense mutuelle. Il faut donc clarifier les enjeux, trouver de nouveaux points d’équilibres, redéfinir l’assise conceptuelle et doctrinale de l’OTAN. Il en va de la sécurité de l’Europe à ses frontières mais aussi sur les théâtres extérieurs où se développent de nouvelles menaces. Plus généralement, cet aggiornamento ouvre la « question d’Occident ». Quelle place pour l’OTAN dans un monde polycentrique qui semble basculer vers l’Asie? Une Europe politique et militaire serait-elle en mesure d’assumer une part du « fardeau » et de peser sur les équilibres mondiaux ? A bien des égards, la situation présente et les perspectives géopolitiques requièrent « plus d’Europe » mais la voie est étroite et le rationalisme constructiviste a épuisé ses mérites (2).


La « Transformation » de l’OTAN : enjeux et fondamentaux

La « nouvelle OTAN »

Dans l’après-Guerre froide, c’est une OTAN profondément rénovée qui prend forme, ce phénomène stratégique matérialisant la nouvelle donne géopolitique dans l’Ancien Monde. Progressivement, le « nouvel atlantisme » a englobé dans sa sphère d’action et de coopération l’Europe centrale et orientale (Partenariat pour la Paix, 1994) ainsi que le Bassin méditerranéen (Dialogue méditerranéen, 1995). Des « têtes de pont » ont aussi été jetées dans le Sud-Caucase, en Asie centrale, via des partenariats plus ou moins poussés, et dans le golfe Arabo-Persique (Initiative de coopération d’Istanbul, 2004). L’OTAN a mené en fait un triple élargissement : un élargissement fonctionnel avec l’adjonction de nouvelles missions (projection de stabilité et de sécurité) (3) ; un élargissement de la zone d’influence euro-atlantique à l’Est comme au Sud ; un élargissement du nombre des États membres (4).

Les 21-22 novembre 2002, le sommet de Prague a ensuite lancé la transformation de l’OTAN en une alliance globale et expéditionnaire, engagée dans la lutte contre l’islamisme et le terrorisme, voire la prolifération des armes de destruction massive. Les Alliés sont alors passés d’une perception géographique des enjeux de sécurité à une perception fonctionnelle et « hors zone » ; l’Afghanistan est le banc d’essai de ce modèle expéditionnaire (cf. infra). L’OTAN est ainsi devenue un vaste Commonwill euro-atlantique articulé sur la perception plus ou moins assumée d’une parenté de civilisation (5). Il y va des principes et valeurs qui fondent les communautés politiques occidentales et leurs solidarités géopolitiques.

Le front afghan

Censé donner un nouvel élan à cet aggiornamento continu, le sommet de Lisbonne se tiendra dans un contexte géopolitique en mutation, sous l’effet de phénomènes de longue durée qui arrivent simultanément à échéance : déclin occidental, affirmation des « émergents », dissémination du jihadisme, prolifération, rivalités pour l’accès aux ressources dans un monde malthusien. A court et moyen terme, l’Afghanistan demeure la grande affaire. Le retour d’expérience de ce front islamo-terroriste montre les limites de la « révolution dans les affaires militaires » et de la haute technologie face à des « insurgés innovants » (6) qui recourent à la guerre asymétrique. En Afghanistan comme sur d’autres théâtres, une « contre-révolution » militaire cherche à contourner la puissance occidentale et mise sur la lassitude des opinions publiques.

Confrontés aux Talibans, Américains et Alliés ont remis à l’honneur les théories de la contre-insurrection et des pans enfouis de la pensée militaire française. Ce type de guerre requiert une approche civilo-militaire intégrée visant à contrôler dans la durée le terrain conquis par les armes, condition sine qua non du développement politique et économique du pays. Cela suppose une action de conserve entre l’OTAN et diverses organisations régionales et fonctionnelles, ce qui mène à la question des partenariats avec une importance particulière pour un accord de haut niveau entre l’OTAN et l’UE. Enfin, le conflit afghan met en évidence le caractère limité et dispersé des efforts militaires européens, sans grande signification géopolitique de surcroit dans de larges parts des opinions publiques. Pour des sociétés postmodernes enclines au relativisme et dépourvues du sens de la durée, la guerre d’Afghanistan est une épreuve de vérité.

L’engagement américain en Europe

En dernière instance, ce sont l’engagement américain en Europe et le lien transatlantique qui constituent les enjeux géopolitiques essentiels de la transformation de l’OTAN et de ses interventions à l’extérieur de l’aire euro-atlantique. Depuis que l’équilibre des puissances et le concert des nations se sont effondrés – de 1914 à 1945, l’Europe bascule dans une nouvelle « guerre de trente ans » –, les États-Unis jouent le rôle de balancier au large et ils réassurent la sécurité européenne. C’est dans le cadre de l’OTAN et donc en bonne intelligence avec les États-Unis que la plupart des États européens organisent leur défense et leurs stratégies géopolitiques doivent être analysées dans le vaste ensemble spatial qui, à travers l’océan Atlantique, s’étire depuis Vancouver jusqu’à Vladivostok. Toutefois, la remise en cause du leadership global des États-Unis, la crise économique de 2008 et l’élection de Barack Obama à la présidence ont pu laisser à penser que les États-Unis se désintéresseraient de l’Europe. Désormais, une « Amérique post-occidentale » serait prioritairement tournée vers le Moyen-Orient et l’Asie quand une « Europe post-américaine » identifierait enfin son centre de gravité interne.

Quand bien même les principaux alliés des États-Unis ne produiraient pas les efforts militaires attendus, il est pourtant difficilement concevable que ces derniers puissent se désintéresser de l’Europe. Dans un discours prononcé à Paris (École Militaire), le 29 janvier 2010, Hillary Clinton, secrétaire d'État, a placé le Vieux Continent au cœur de la sécurité des États-Unis : « L’Europe, a-t-elle souligné, est le point d’ancrage de notre politique de sécurité ». De fait, le nouveau concept stratégique de l’OTAN et le déploiement de systèmes antimissiles en Europe devraient réaffirmer l’indivisibilité de l’espace de sécurité euro-atlantique. Il serait pourtant erroné de prétendre jouir d’une simple rente de situation stratégique. Face aux nouvelles menaces, les convergences transatlantiques sont larges mais les intérêts ne coïncident pas mécaniquement et l’écart croissant entre les appareils militaires menace la cohérence de l’OTAN. La montée en puissance des capacités militaires en Europe et le maintien de nations-cadres seraient tout à la fois une contribution à l’Alliance atlantique et à l’autonomie de décision de l’UE (7).

Les points d’équilibre de l’ « OTAN 2020 »

Sécurité régionale et engagements extérieurs

La perpétuation de l’Alliance atlantique, la cohésion de l’OTAN et l’action conjuguée des Occidentaux dans un monde polycentrique et hétérogène reposent sur l’identification d’un certain nombre de points d’équilibre entre les Alliés et les types de missions qu’ils entendent mener ensemble. L’engagement de l’OTAN sur le front afghan et son remodelage sur un modèle expéditionnaire ont suscité nombre de débats autour de l’équilibre entre les missions de type « article 5 » et « non-article 5 ». La perspective d’une « OTAN globale » dépourvue de référents géographiques, historiques et culturels a fait craindre la perte du sens des finalités et la dilution de l’ensemble euro-atlantique. Depuis, le retour en force de la Russie dans le Sud-Caucase et ses contrecoups dans l’Est européen, aux frontières de l’ensemble euro-atlantique, ont rappelé quelle était la mission première de l’OTAN. L’article 5 demeure le fondement de l’Alliance et la défense mutuelle exige que l’on s’y prépare (mise en œuvre de capacités militaires, planification et exercices).

Cependant, la sécurité régionale exige aussi que l’on prenne en compte de nouvelles menaces : cyber-attaques, recours à l’arme énergétique et prolifération. Enfin, la dynamique de lointaines menaces, leurs répercussions et contrecoups aux approches de l’espace euro-atlantique, la nécessité de compenser le déclin de puissance aussi, pourraient amener à d’autres engagements extérieurs. Il ne s’agit donc pas de trancher entre sécurité régionale d’une part, besoins de projection d’autre part, mais de disposer des moyens requis - civils et militaires – pour intervenir dans l’environnement proche comme dans l’environnement lointain. Cela nous renvoie à la question des budgets militaires nationaux et des partenariats. En parallèle, les principes directeurs des interventions extérieures doivent être fixés : le choix des terrains d’interventions sera sélectif, en fonction des diverses possibilités (acteurs géopolitiques et autres organisations). L’objectif n’est pas de faire flotter la bannière mais d’apporter la réponse adéquate aux défis. En cela, l'avenir de la relation entre l’OTAN et l'Europe de la défense recèle de véritables enjeux (8).

Antimissiles et défense des territoires

La situation géostratégique des alliés européens, plus spécifiquement confrontés à la prolifération, nous mène à la défense antimissile. D’ores et déjà, le Sud-Est européen est à portée de tir des missiles balistiques iraniens et les pressions internationales n’ont toujours pas refoulé les ambitions nucléaires de Téhéran. On sait que l’Administration Obama a renoncé à installer des systèmes antimissiles en Pologne et République tchèque. C’est un dispositif reconfiguré, plus modeste mais susceptible de monter en puissance, qui pourrait être déployé en mer Méditerranée et dans le Sud-Est européen (Roumanie, Bulgarie), voire en Turquie. Ces projets reviennent dans le champ de l’OTAN dont divers programmes s’efforcent de fédérer les efforts des uns et des autres en matière de défense de théâtre. Des études de faisabilité de défense des territoires ont été menées et il appartiendra aux Alliés d’étendre leur coopération politique et militaire à la défense antimissile.

L’Europe ne saurait s’abstraire de ce mouvement vers des formes de dissuasion globale fondées sur de nouveaux équilibres entre forces nucléaires, armes conventionnelles de haute technologie et systèmes antimissiles destinés à intercepter le petit nombre de lanceurs d’une puissance proliférante. Il y va de la protection de nos territoires et de l’indivisibilité de la sécurité transatlantique. Dans le cadre de la politique de la main tendue vis-à-vis de la Russie (le « reset »), les uns et les autres insistent sur la nécessité d’associer Moscou à de tels projets. Certes. Soulignons cependant deux points clefs : l’hostilité de Moscou à cette défense antimissile « new-look », en dépit des concessions américaines sur le choix des sites ; l’interprétation russe du traité post-START signé le 8 avril 2010, censé limiter le développement de tels systèmes (l’interprétation américaine n’est pas la même). Enfin, il faut rappeler que l’Europe vit déjà avec des systèmes antimissiles : ceux déployés de longue date par la Russie (9). Avec ou sans les Russes, il faudra aller de l’avant.

« Engagement constructif » et politique de la « porte ouverte »

Objet de divergences internes, la nature et la qualité des rapports à instaurer avec la Russie est l’un des enjeux majeurs du devenir de l’OTAN. Au climat de paix froide qui a dominé les dernières années des présidences Bush et Poutine a succédé la politique d’ « engagement constructif » adoptée par les États-Unis et l’OTAN. Sur le plan des relations russo-occidentales, cette politique a atteint quelques uns de ses objectifs : le traité post-START, le vote russe d’une nouvelle résolution contre l’Iran, des accords de transit par la Russie vers l’Afghanistan. La crise économique ayant mis à mal le rêve russe de « puissance émergente », cela pourrait aller dans le sens d’une plus grande ouverture à l’Occident ainsi que le laissent à penser les linéaments de la future doctrine russe de politique étrangère. Pourtant, la prudence est de rigueur.

Dans le Sud-Caucase, l’affaire géorgienne a montré les limites de l’influence russe sur ses partenaires de la CEI et de l’OCS, très en retrait, mais elle a aussi entamé le crédit des Occidentaux. On en a vu les contrecoups en Ukraine où les acquis de la « Révolution orange » sont menacés. Dans les Pays baltes, un regain d’activisme auprès des minorités de langue russe suscite un certain nombre d’inquiétudes. Doit aussi être prise en compte la nature du régime politique russe (un autoritarisme patrimonial) dont les modes de fonctionnement ne vont pas dans le sens d’une « grande alliance » mais d’une relation hybride de partenaire-adversaire. Sur un plan plus général, Moscou cherche à se faire reconnaître de facto, moyennant des concessions très limitées, une sphère exclusive dans l’aire post-soviétique. Aussi l’« engagement constructif » devrait-il être contrebalancé par une politique de la « porte ouverte » vis-à-vis de ceux qui aspirent à rejoindre l’OTAN (Géorgie) et le renforcement des partenariats dans l’« hinterland » eurasiatique (Sud-Caucase et Asie centrale). L’examen des propositions russes dans le domaine de la sécurité paneuropéenne ne doit pas mettre en péril la cohésion des instances euro-atlantiques et des cadres de coopération existants (COR, OSCE).

L’ « Europe de la défense » et les perspectives de l’UE

Des ambitions circonscrites

Quelle place pour l’« Europe de la défense » (la PCSD/Politique commune de sécurité et de défense) dans les équilibres euro-atlantiques et sur la scène du monde? Modeste au regard au regard d’une maquette idéale, cette politique a été mise en œuvre il n’y guère plus d’une décennie. Dans l’environnement proche et lointain de l’Europe, c’est une véritable percée en matière de gestion des crises (Balkans, Sud-Caucase, Moyen-Orient, Afrique). L’UE est aujourd’hui dotée des cadres juridiques et institutionnels qui lui faisaient défaut lors des conflits balkaniques, le traité de Lisbonne conférant une plus grande cohérence d’ensemble à ce dispositif. Menée au large des côtes de la Somalie, l’opération « Atalante » témoigne de la capacité de l’UE à s’engager dans cet espace névralgique – entre le golfe Arabo-Persique, l’Asie et Europe – où les intérêts européens sont plus spécifiquement en jeu que ceux des États-Unis.

Toutefois, il faut rappeler que la PCSD n’est pas en charge de la défense mutuelle de l’Europe mais des missions de Petersberg. Nonobstant les confusions introduites dans l’esprit public par les effets d’annonce, la défense stricto sensu des pays européens relève des souverainetés nationales et de l’OTAN pour ceux d’entre eux qui participent de cette alliance (21 des 27 États membres de l’UE), même si le traité de Lisbonne comporte une clause de solidarité et une clause d'assistance mutuelle (10). Quant aux opérations extérieures les plus lourdes, il n’est pas envisagé de s’y engager indépendamment des États-Unis ce qui nous ramène à l’OTAN ou à une coalition s’appuyant sur elle. Le plus souvent, c’est dans les interstices géostratégiques, en complément de l’OTAN ou par défaut, que la PCSD se déploie. Il serait vain de prétendre la valoriser en occultant cette dimension. Précisons que l’UE a sa valeur ajoutée propre dans d’autres domaines d’importance pour les équilibres géopolitiques régionaux (Politique de voisinage, Euro-Méditerranée et Partenariat oriental).

Un vaste et lâche Commonwealth paneuropéen

Lorsque l’on pense l’avenir des relations transatlantiques dans un monde où les énergies semblent basculer vers les puissances émergentes, l’idée régulatrice qui semble s’imposer est celle d’une alliance refondée entre les États-Unis et l’UE. Cette « union occidentale », nommée ainsi par Edouard Balladur, donnerait corps au « concept de l’haltère » mis en avant naguère par George Kennan, le théoricien du containment. Dans ce schéma de pensée, la PCSD serait appelée à devenir un pilier militaire européen apte aux fonctions de défense stricto sensu. La perspective est encore lointaine et le « couple » géopolitique envisagé est dissymétrique : si les États-Unis sont un acteur pleinement constitué, l’UE demeure un système de coopération multi-étatique, à géométrie variable selon les domaines et la conjoncture (voir le jeu oscillatoire des États membres sur l’une ou l’autre question). Mise en ordre, l’ « Europe de Lisbonne » sera plus efficiente mais ce Commonwealth paneuropéen ne se muera pas en un Commonwill capable de dégager une volonté et des capacités unitaires.

Les Coopérations structurées permanentes (CSP) pourraient faciliter l’agrégation des volontés nationales mais il serait hâtif d’anticiper la formation d’un « noyau dur » militaire, sorte de cœur battant de l’UE. Le modèle d’une Europe organisée en cercles concentriques autour du « couple franco-allemand » peut bien satisfaire l’esprit de géométrie, il n’en est pas moins déphasé par rapport à l’état des relations entre Paris et Berlin d’une part, l’accord de tous ou presque sur un fonctionnement principalement intergouvernemental d’autre part. D’aucuns expliquent qu’il faudrait négocier un nouvel accord institutionnel pour corriger les imperfections du traité de Lisbonne. L’affaire pourrait se révéler hasardeuse et contreproductive. Si les choses sont en l’état, c’est par absence de principe supérieur ou de force temporelle transcendant les souverainetés étatiques. Le volontarisme, l’agitation désordonnée et le constructivisme se heurtent à la nature même de la « construction européenne ».

Des marges d’action réelles mais limitées

A échéance prévisible, l’UE ne formera pas une véritable entité politique et l’acceptation de ce jugement doit déterminer nos points de référence et objectifs en matière de « défense européenne ». La PCSD ne doit pas être pensée comme l’indispensable dimension militaire d’un ensemble fédéralisé, au sens générique du terme, mais pour ce qu’elle est : un outil permettant aux États européens de rationaliser leurs efforts militaires et d’agir de manière autonome s’ils le veulent, sans prétendre supplanter l’OTAN. Dès lors, il faut considérer que la question n’est pas prioritairement institutionnelle. L’UE s’est déjà dotée des cadres d’action nécessaires à la conduite d’opérations militaires et ils suffisent à la tâche. Mise en avant dans le rapport Albright, la négociation d’un partenariat de haut niveau entre l’UE et l’OTAN permettrait d’accroître les synergies entre les deux organisations, le plus souvent amenées à intervenir sur les mêmes théâtres d’opérations (11).

Dans l’immédiat, les problèmes sont prioritairement d’ordre budgétaire et capacitaire. Alors que les dépenses militaires sont partout à la hausse dans le monde, il n’est pas exagéré d’évoquer, comme l’a fait le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, un désarmement de l’Europe. Cette tendance lourde donne la juste mesure des souverainismes qui minent une « Europe molle » : nombre d'États ont renoncé à toute forme altière de souveraineté. Plus encore pour l’UE que pour l’OTAN, l’atrophie des ressources militaires est inquiétante, les moyens américains ne pouvant y compenser les déficiences européennes. Les optimistes verront dans ce reflux des dépenses militaires une fenêtre d’opportunité pour une plus grande coopération européenne. Ainsi spécule-t-on sur l’avenir des coopérations franco-britanniques (12) ou la mutualisation des capacités européennes. S’il existe de réelles marges d’action, cette spirale négative soulève une question de fond : le plus peut-il sortir du moins ? La question ne doit pas être éludée et il faut la porter dans le débat public.

Une thérapeutique de la lumière

Si l’adoption d’un nouveau concept stratégique et la réaffirmation du bien-fondé de l’Alliance atlantique réduisent le champ des incertitudes, le recul des dépenses militaires en Europe, avec pour horizon la démilitarisation du Vieux Continent, n’en est pas moins source d’inquiétudes. La pertinence de l’OTAN comme organisation militaire, les équilibres transatlantiques et la sécurité des alliés européens sont en jeu, sans même parler d’une « défense européenne » dépourvue des moyens requis ; c’est à l’aune des budgets et des capacités que l’on juge des intentions. Plus grave encore: cette involution ne suscite pas l’inquiétude des populations, nombre de nos contemporains ayant écarté de leur champ de conscience le risque de toute « situation de détresse », au sens destinal de l’expression. Le sauvetage du « modèle social » européen est censé justifier le fait que les États baissent la garde, les budgets militaires servant de variable d’ajustement.

Aussi le débat sur la défense de l’Europe doit-il être conduit au-delà du cercle des spécialistes et experts de la chose militaire. La question est éminemment politique et c’est dans le cadre d’une pensée géopolitique ample, avec pour ligne de mire l’indispensable bataille des idées, que la réflexion doit être menée. Un préalable : le retour aux êtres et aux choses. Plutôt que de s’employer à minorer les faits ou à justifier les coopérations interalliées par la réduction induite des dépenses, une thérapeutique de la lumière s’impose. La précipitation des enjeux démographiques et écologiques, la prolifération des technologies de mort, les affrontements territoriaux et identitaires laissent présager une convergence des lignes dramaturgiques. Plongés dans cette gigantomachie, il nous faut donc penser la situation d’exception, celle qui met en jeu l’existence et la souveraineté. Gardons à l’esprit cette vérité énoncée par René Girard : « En voulant rassurer, on contribue au pire ».

Jean-Sylvestre Mongrenier

Cet article a déjà été publié sur le site de l'Institut Thomas More.

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(1) Les CPG (Comprehensive Political Guidance) sont des solutions provisoires fondées sur des compromis entre les diverses postures doctrinales et politiques des États de l’Alliance atlantique.

(2) Au sens que Karl Popper donne à ce terme. Le rationalisme constructiviste se donne comme illusoire objectif de transformer l’Homme, la Société et le Monde sur la base d’abstractions théorisantes.

(3) Ces missions variées sont dites « non-article 5 » par souci de la distinguer des missions de type « article 5 » qui recouvrent la défense mutuelle des Alliés (voir le traité de l’Atlantique-Nord, 4 avril 1949).

(4) L’OTAN comprend aujourd’hui 28 États membres, avec la Croatie et l’Albanie. Le cas de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine, a été reporté du fait d’un conflit non-résolu entre Athènes et Skopje sur l’appellation définitive de cet État.

(5) Cf. le contenu du préambule du traité de l’Atlantique Nord, texte aux allures de profession de foi civilisationnelle.

(6) L’expression est empruntée à Arnaud de La Grange et Jean-Marc Balencie, Les guerres bâtardes, Perrin, 2008.

(7) Sur cette question, voir Institut Thomas More, L’Europe de la défense, un an après le traité de Lisbonne, Note de Benchmarking n° 5, Octobre 2010.

(8) Voir sur ce point Leo Michel, NATO and the EU: Achieving Unity of Effort in a Comprehensive Approach, Atlantic Council, 21 septembre 2010.

(9) Ces systèmes sont en partie « dégradés » mais en cours de modernisation. Cf. Michel Guénec, La Russie et les défenses antimissiles, Institut Thomas More, 24 février 2009.

(10) La « clause d’assistance mutuelle » est formulée comme suit : « Au cas où un Etat membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies » (article 27, paragraphe 7). Les moyens militaires ne sont pas explicitement formulés et il est précisé que « cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains Etats membres » (les Etats dits « non-alliés »). Enfin, l’article 27 stipule que « les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l'instance de sa mise en œuvre ». Quant à la « clause de solidarité », elle est aussi de portée limitée : « L’Union et ses Etats membres agissent conjointement dans un esprit de solidarité si un Etat membre est l’objet d’un attaque terroriste ou la victime d’une catastrophe naturelle ou d’origine humaine ». Dans ces cas de figure, l’Union mobilise tous les instruments à sa disposition, y compris les moyens militaires mis à sa disposition par les Etats membres (…)» (article 188, paragraphe 1).

(11) Négociés par étapes entre 1996 et 2003, les accords de « Berlin plus »permettent à l’UE d’accéder aux moyens de l’OTAN pour mener ses opérations en propre. L’approche globale et civilo-militaire des conflits requiert des accords de plus haut niveau. Ne négligeons pas cependant l’obstacle des difficiles relations entre certains pays de l’UE et la Turquie. Au-delà des réserves suscitées par la candidature turque à l’UE et l’occupation du nord de Chypre, le défi consiste aussi à penser une politique d’ensemble vis-à-vis de ce pays allié et partenaire.

(12) Cf. Jean-Sylvestre Mongrenier, « La politique de défense britannique et le special relationship anglo-américain : l’hypothétique rééquilibrage euro-atlantique », Hérodote. Géopolitique des îles britanniques, n° 137, 2e trimestre 2010.

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vendredi 29 octobre 2010

Cyberdéfense : Lynn veut un bouclier triple action pour l'OTAN

Alors que le cyberespace est décidément de plus en plus dangereux, le sous-secrétaire d'état à la défense américain, William Lynn, a annoncé en ce mois d'octobre qu'il souhaitait que l'OTAN se dote d'un cyberbouclier composé de "trois couches" (ça réchauffe en hiver). D'ailleurs le SG de l'OTAN n'en parlait-il pas récemment ?

Il s'agit ni plus ni moins de sécuriser les infrastructures informatiques de l'organisation, qui comme celles des Etats-Unis (et de toutes les autres grandes organisations dans le monde) sont régulièrement soumises à des "attaques" (comprendre : un mix de vraies attaques plus ou moins ciblées, de fichiers douteux téléchargés imprudemment, d'exploitation de failles dans Windows ou autres logiciels...). En quoi consistent donc ces couches ?

La première relève juste de la bonne mise à jour des logiciels afin de pallier les failles détectées au fil de l'eau, ainsi que du bon fonctionnement des pare-feux, censés autoriser ou refuser la circulation de certains types de communications au sein du réseau. Ok rien de transcendant mais on se rappelle que la Marine a morflé à cause de Conficker notamment parce qu'elle avait oublié de patcher Windows.

La deuxième couche doit permettre la détection d'intrusions et la surveillance du réseau. Ouais ouais... rien de bien original.

Enfin, il faut une troisième couche un peu plus active, qui va faire le guet à l'entrée des zones sensibles et tenter de bloquer tout malware avant qu'il n'entre en action, ou qui, si cela n'est pas possible, va devoir mener une véritable chasse au virus/ver/... à l'intérieur du réseau otanien.

Même si de nombreuses technologies existantes couvrent une grande part des exigences requises (certes imparfaitement, mais c'est l'essence d'un système de défense de ne pas être inviolable), de grands progrès doivent être faits sur ce qui touchent au "zero day threats", c'est-à-dire les menaces qui apparaissent comme ça un jour, et pour lesquelles aucun test de dépistage (et a fortiori vaccin) n'est encore connu. J'avais déjà évoqué le sujet (Souris, mouches, araignées, chats et pots de miel), mais Charles Bwele en a également parlé (Invincea virtualise votre sécurité en ligne) : une solution peut consister en l'utilisation de "faux" environnements (soit un système complet, soit un navigateur Web), qui vont détecter et encaisser les attaques sans danger pour les "vrais".

Bien évidemment, ce bouclier doit aussi protéger des mauvaises actions, intentionnelles ou non, des insiders, affaire Wikileaks oblige : impossibilité de copier des fichiers vers et d'exécuter un programme depuis une clé USB, etc... Mais il doit aussi "sentir" les menaces montantes par l'envoi de sondes à l'extérieur du réseau de l'OTAN.

Intéressant à noter, tous les exemples donnés par l'article de Defense News cité ci-dessus concernent exclusivement les Etats-Unis, qu'il s'agisse des attaques ou des projets de cybersécurité. Certes, ils se sont mis à la cybersécurité avant la plupart de leurs alliés de l'OTAN, mais il eut été plus enrichissant d'expliquer en quoi la proposition de Lynn ne consistait pas uniquement en une promotion des technologies (voire plus) américaines au sein de l'alliance...

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mercredi 20 octobre 2010

L'Europe de la défense un an après le Traité de Lisbonne, par l'Institut Thomas More

L'Institut Thomas More me signale la parution de sa Note de Benchmarking intitulée "L'Europe de la défense un an après le Traité de Lisbonne : état des lieux et perspectives", dont voici la présentation :

Alors que le traité de Lisbonne est entré en vigueur le 1er décembre 2009, l’Union européenne (UE) se débat dans une crise économique qui met à mal une construction déjà fragile en raison de la diversité des histoires et traditions politiques sur le continent européen. La priorité est aux économies budgétaires.

Replacées dans l’évolution globale des dépenses de défense de ces dix dernières années, les récentes restrictions budgétaires renforcent le sentiment d’une Europe qui se refuse à se donner les moyens de devenir un acteur global. Les Européens seraient ainsi entrés dans cette « fin de l’Histoire » annoncée par le philosophe Francis Fukuyama dans les années 1990. Les recompositions bouleversant les anciennes hiérarchies de puissance, l'émergence désormais nette de nouveaux centres de pouvoir hors du monde occidental et l’augmentation générale des dépenses de défense sont pourtant autant de facteurs d’instabilité.

Près d'un an après l'adoption du traité de Lisbonne et à l’heure où les membres de l’OTAN négocient un nouveau « concept stratégique », les mois qui viennent seront l’occasion de s’interroger – une nouvelle fois – sur la place et les ambitions de l’« Europe de la défense ». La présente note ouvre une série de publications dans le cadre d'un programme de recherche intitulé « Défense et Sécurité : le coût de la non-Europe ». Elle s’inscrit dans la perspective du débat sur l'avenir de l'OTAN et de l'Europe de la Défense en dressant un état des lieux de l’évolution des politiques de défense des États membres de l’UE ces dernières années, ainsi que des perspectives offertes par le traité de Lisbonne.


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vendredi 23 avril 2010

"Parliamentary scrutiny of the CFSP and CSDP: the way ahead" by Robert WALTER, President of the Assembly of WEU

Robert Walter, MP (United Kingdom), President of the European Security and Defence Assembly/Assembly of WEU, reacts to the forthcoming dissolution of WEU announced in March. This article, written exclusively for AGS, is simultaneously published in French on the website of the Alliance (Contrôle parlementaire de la PESC et de la PSDC : la voie à suivre).


*

We all know that the Common Foreign and Security Policy (CFSP), which includes the Common Security and Defence Policy (CSDP), is an intergovernmental, not a supranational policy. This has always been the case and the Lisbon Treaty forcefully reaffirms that “intergovernmental” character of the CFSP, including the CSDP. An intergovernmental policy calls for interparliamentary scrutiny by those parliaments with competence for such scrutiny, in other words, the national parliaments of the member states of the European Union. The national parliaments vote defence budgets and decide on the deployment of troops abroad. The European Parliament (EP) has no fundamental competence in that area. It is true that under the Lisbon Treaty governments have a duty to inform and consult the EP on CFSP matters, but the parliamentary scrutiny of that policy is exclusively the responsibility of the national parliaments, which will maintain their prerogatives in that area in the future.

With its committees, transnational political groups, fact-finding missions, highly relevant political recommendations and well-documented parliamentary reports, the European Security and Defence Assembly/Assembly of WEU has proven its value for the interparliamentary scrutiny of European security and defence policy. To abolish that Assembly and leave it at that would be a grave mistake, whereas it would be highly judicious to build on the Assembly’s acquis in order to better serve Europe’s interests.

Several governments have referred to the current financial crisis as an urgent reason for denouncing the modified Brussels Treaty, the WEU founding treaty, which provides the legal basis for the European Security and Defence Assembly. That treaty also and above all contains a strong, legally binding European “collective defence” clause: Article V of the modified Brussels Treaty. The argument that the mutual assistance clause in the Lisbon Treaty – which relies for collective defence on NATO alone – could replace Article V of the modified Brussels Treaty word for word is not one that everyone agrees with. Indeed some political leaders take the view that the Lisbon Treaty’s mutual assistance clause is no substitute for the legally binding collective defence clause contained in the modified Brussels Treaty. Our governments would therefore be well advised to study carefully all aspects of European defence, bringing due historical insight and political acumen to bear on them! In the statement issued on 31 March 2010 by the Presidency of the Permanent Council of the WEU on behalf of the High Contracting parties to the modified Brussels Treaty – Belgium, France, Germany, Greece, Italy, Luxembourg, The Netherlands, Portugal, Spain and the United Kingdom – it is specified that the States Parties to the treaty “have collectively decided to terminate the Treaty, thereby effectively closing the organisation”. The governments nonetheless underline “the specific nature of CSDP” and therefore “encourage as appropriate the enhancement of interparliamentary dialogue in this field including with candidates for EU accession and other interested states. Protocol 1 on the role of the national parliaments in the European Union, annexed to the Lisbon Treaty, may provide a basis for it”.

A firm hand on the tiller is needed now to avoid any weakening of national parliaments’ powers of scrutiny over the CSDP! It is urgent to take steps to implement Protocol 1 of the Lisbon Treaty on the role of the national parliaments. Indeed the national parliaments must continue to be the main pillar and driving force for the activities mentioned in that protocol, if interparliamentary scrutiny is to be truly effective and contribute to strengthening the CFSP, an intergovernmental policy that is crucial for Europe’s future.

According to Article 10 of Protocol 1 of the Lisbon Treaty on the role of the national parliaments in the European Union, “A conference of Parliamentary Committees for Union Affairs may submit any contribution it deems appropriate for the attention of the European Parliament, the Council and the Commission. That conference shall in addition promote the exchange of information and best practice between national Parliaments and the European Parliament, including their special committees. It may also organise interparliamentary conferences on specific topics, in particular to debate matters of common foreign and security policy, including common security and defence policy. Contributions from the conference shall not bind national Parliaments and shall not prejudge their positions”. This idea reflects the type of interparliamentary work carried out by the Conference of Community and European Affairs Committees of Parliaments of the European Union (COSAC).

The European Security and Defence Assembly does not wish to stand in the way of implementation of the Lisbon Treaty. But with the disappearance of the WEU treaty, there is a danger that the national parliaments will lose the only tried and tested interparliamentary instrument they currently have for scrutinising the CSDP. The national parliaments must therefore call for an ambitious implementation of the Lisbon Treaty provisions on interparliamentary cooperation in the field of the CFSP. They must promote the only credible model for interparliamentary scrutiny: a light but permanent and efficient structure. It is a matter of respect for the legitimate powers of the national parliaments and of the effectiveness of the democratic scrutiny that it is their full right and duty to exercise on behalf of the citizens who elected them!

In that regard, a recent draft resolution of the French Senate on the parliamentary scrutiny of the Common Security and Defence Policy describes the WEU Assembly as “the only institutionalised body bringing together, in a regular and organised fashion, national parliamentarians from the 27 EU member states for joint discussions of issues of European defence”. The French Senators therefore take the view that “the disappearance of the WEU Assembly should be made subject to the creation of a structure that would bring together parliamentarians from the 27 member states – at least from those member states that so wish – who are specialised in defence matters (i.e. who are members of their parliaments’ defence committees) (…)”.

Mere exchanges of views or sporadic conferences, whether within or outside a COSAC framework, would not be enough to provide interparliamentary scrutiny of the CFSP worthy of the challenges facing Europe in the field of security and defence. There is a vital need for a lightweight but permanent structure which I would urge the 27 national parliaments to finance jointly. The European Council could provide assistance for the functioning of that permanent cooperation body, but in my view the national parliaments must remain in charge.

In my capacity as President of the Assembly I recently spoke before the Foreign Affairs and Defence Committee of the Belgian Senate during a hearing on CFSP and CSDP and the future of parliamentary scrutiny of those areas of EU policy, in the wake of the announcement by the ten States Parties of their decision to close the organisation by the end of June 2011.

I pointed out that the entry into force of the Lisbon Treaty had marked the beginning of a period of transition during which it was necessary to study various options regarding the future form to be given to the parliamentary scrutiny of Europe’s Common Foreign and Security Policy. Indeed, the proposal to abolish WEU had already acted as a catalyst for the ongoing efforts to define the most suitable system for ensuring satisfactory involvement by national parliamentarians in the Common Security and Defence Policy. I also expressed regret at the fact that the governments had taken the decision to close down WEU before setting up a new structure, rather than the other way round. It is therefore important – indeed essential – that interparliamentary scrutiny continues to be exercised by the Assembly until such time as the new structure is up and running. It is also important that the new structure should be more than a simple conference which would allow parliamentarians to exchange views but not to exercise scrutiny over EU players and actions.

The members of the Belgian Senate Foreign Affairs and Defence Committee supported the appeal I addressed to the Belgian Presidency of the EU/WEU (second half of 2010) to launch an initiative with a view to setting up a new structure that could eventually replace the Assembly. The Chairman of the Belgian Delegation to the Assembly, Mr Philippe MONFILS, suggested that this question be added to the Belgian Presidency’s programme of work for the second half of 2010.

That new structure has to be compatible with the Lisbon Treaty, formally recognised by the EU Council and High Representative, given sufficient financial resources and has to include within it representatives of the European NATO member states. Indeed, Norway, Turkey and others make a major contribution to our operations and deserve to be involved in our interparliamentary cooperation.

The Speaker of the Belgian Senate, Armand De DECKER, who presided over the hearing, said that national parliaments needed to make sure that their debates on EU policy were not confined to the national level. They needed to have an instrument available to them at the European level for interparliamentary dialogue and scrutiny by national parliamentarians. Another Senate member, Hendrik DAEMS, the Assembly’s Rapporteur for “CSDP monitoring by national parliaments and in the European Parliament”, added that the change now being imposed could offer the prospect of some significant improvements. Parliamentary scrutiny should in future be extended to deal with the wider issues of security, rather than being limited to purely military matters.

THE WAY AHEAD

The acknowledged need for continued interparliamentary scrutiny of the Common Security and Defence Policy involving the members of the 27 member states’ parliaments is beyond question.

There are different ways of establishing a framework for such scrutiny, which should be exercised at a sufficiently high level to be properly representative. Any proposal must be consistent with the provisions of the Lisbon Treaty.

In my view the way ahead is as follows. In order to ensure coordination between government and parliamentary positions on how to continue interparliamentary scrutiny of the Common Security and Defence Policy, a steering committee should be set up under the joint chairmanship of the High Representative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy and the incoming Belgian EU Presidency (represented ideally by the Speakers of the Senate and the Chamber) to determine the way ahead and in particular the legal and financial basis for such scrutiny.

The steering committee should also include, inter alia, the President of the European Security and Defence Assembly / Assembly of WEU, the Chairman of the European Parliament’s Subcommittee on Security and Defence, the Chairman of COSAC (Conference of Community and European Affairs Committees of Parliaments of the European Union) and representatives of the defence and foreign affairs committees of the national parliaments.

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mercredi 3 mars 2010

La Turquie, thème du mois de l'Alliance Géostratégique

Ainsi donc le thème de l'Alliance Géostratégique pour ce mois de mars est la Turquie. Pays de 72 millions d'habitants, au carrefour de l'Europe et de l'Asie, des mondes historiquement chrétien et musulman, frontalier de l'Irak et de l'Iran, héritier (d'une partie de) l'Empire Ottoman, ancien "Homme malade de l'Europe", marqué par le Kémalisme, l'influence des généraux, plus récemment par le PKK ou l'AKP, membre de l'OTAN, elle est nécessairement un sujet de choix dans le domaine géopolitique.



Sa candidature à l'Union Européenne est bien sûr une problématique cruciale, de par les questions qu'elle soulève sur les frontières de l'Europe, son identité culturelle, sa cohésion, son projet, sa présence internationale... Instrumentalisée par les uns et les autres, elle est au coeur de manoeuvres de politique politicienne à destination des électorats nationaux, particulièrement en France et en Allemagne. Pour ma part, j'ai souhaité ce mois-ci recueillir l'avis de diverses parties prenantes, particulièrement turques, qui s'intéressent de près à la question : état des lieux du dossier de candidature, principaux obstacles en Europe et en Turquie, conflit chypriote et relations avec la Grèce, opinion publique, impacts sur la gouvernance de l'UE et la PESD...

A suivre donc, tout au long du mois...

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dimanche 14 février 2010

Afghanistan : à lire sur Alliance Géostratégique

Je vous conseille vivement l'article Afghanistan : chronique d'une défaite organisée de Charles Bwele sur Alliance Géostratégique. Avec un style assez provocateur, il met les pieds dans le plat et lance le débat, très bien alimenté par les commentaires des lecteurs du blog.


Un point de départ (assez pessimiste) à une réflexion plus large sur les raisons de l'engagement des Alliés et de la France sur ce théâtre, la réelle mesure des progrès, sa place dans la War on Terror, les moyens de triompher...capital en cette période d'opération Mushtarak.

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mardi 9 février 2010

Pour l'OTAN, la nouvelle doctrine militaire russe ne reflète pas le monde réel

Crédits : kremlin.ru

La nouvelle doctrine militaire russe, approuvée le 5 février par le président Medvedev, présente l'OTAN, son élargissement, notamment dans des territoires de l'ex-bloc de l'Est, et plus généralement son expansin, comme la principale menace extérieure pesant sur la Fédération. Ainsi le chapitre 8 de la doctrine, intitulé "Principales menaces extérieures de guerre" (Основные внешние военные опасности), stipule-t-il, dans son premier article :

а) стремление наделить силовой потенциал Организации Североатлантического договора (НАТО) глобальными функциями, реализуемыми в нарушение норм международного права, приблизить военную инфраструктуру стран – членов НАТО к границам Российской Федерации, в том числе путем расширения блока;

La Russie fustige ainsi une tendance de l'OTAN à donner à ses fonctions une envergure mondiale, "en violation des normes du droit international", et à "rapprocher l'infrastructure militaire des pays membres des frontières russes, notamment par l'élargissement du bloc".

Quelques articles plus loin, mais toujours en bonne place et devant le terrorisme, figurent aussi "l'élaboration et le déploiement de systèmes de missiles de défense stratégique qui sapent la stabilité mondiale et perturbent l'équilibre des forces dans le domaine balistique nucléaire" ainsi que la "militarisation de l'espace extra-atmosphérique" :
г) создание и развертывание систем стратегической противоракетной обороны, подрывающих глобальную стабильность и нарушающих сложившееся соотношение сил в ракетно-ядерной сфере, а также милитаризация космического пространства, развертывание стратегических неядерных систем высокоточного оружия;
C'est évidemment l'ABM et ses prolongements européens qui sont visés ici. Un peu plus loin est également présentée comme un danger la prolifération nucléaire et des armes de destruction massive.

Peut-on y voir un écho lointain aux déclarations de la Chine qui, à la suite de l'annonce américaine de ventes d'armements en bonne voie auprès de Taiwan, avait déclaré que les États-Unis étaient une menace pour sa sécurité ?

En tout état de cause, et sans surprise, l'OTAN a réagi, par la voix de son Secrétaire Général, le Danois Rasmussen :
Je me vois dans l'obligation de constater que la nouvelle doctrine ne reflète pas le monde réel... L'Otan n'est pas l'ennemi de la Russie. Cette doctrine ne correspond pas à la réalité et se trouve en contradiction flagrante avec toutes nos tentatives d'améliorer les relations entre l'Alliance et la Russie
Cela passe selon lui notamment par une coopération accrue sur le dossier afghan :
J'ai appelé la Russie à s'engager plus en Afghanistan, lorsque je me suis rendu en décembre à Moscou (...) Je pense que nous avons les mêmes intérêts que les Russes à voir la situation s'améliorer en Afghanistan
Tout ceci intervient alors que Russie et Etats-Unis sont en train de négocier un nouvel accord sur la réduction des arsenaux stratégiques, et que la Roumanie vient d'accepter d'accueillir sur son sol des missiles intercepteurs de moyenne portée, éléments de la nouvelle configuration de la défense anti-missile américaine en Europe.

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vendredi 29 janvier 2010

La flotte de la Baltique ne se renforce pas par Patriot-isme !

Alors que Varsovie projette de déployer les Patriot américains près de la frontière russe (près de la ville de Morag et non dans la banlieue de Varsovie comme prévu initialement), RIA Novosti avait initialement rapporté que la flotte de la Baltique allait être renforcée par des missiles de haute précision en guise de réponse. Avant de se raviser quelques heures plus tard, citant un porte-parole du ministère de la défense :
Les informations relatives au renforcement de toutes les composantes de la flotte de la Baltique suite aux projets de Varsovie de déployer des missiles américains Patriot à proximité de la frontière russo-polonaise ne correspondent pas à la réalité.
Toutes les mesures de réarmement et de modernisation des flottes russes, notamment de celle de la Baltique, sont réalisées d'une façon planifiée, conformément au programme d'État pour les armements.
Quoiqu'il en soit, des tensions sont à prévoir entre Pologne, USA, OTAN d'un côté et Russie de l'autre, d'autant que début janvier Varsovie annonçait la la mise en service d'ici 2012 d'une base militaire sur la Baltique, destinée à protéger le pays contre une attaque ennemie, et notamment équipée de missiles NSM.


A lire également dans RIA Novosti, une courte analyse d'Ilya Kramnik sur la nécessaire modernisation de la flotte russe, notamment en mer Baltique :
Malheureusement, le rythme de dotation de la flotte dans son ensemble (et non seulement de celle de la Baltique) est loin d'être conforme aux plans jadis annoncés et, à plus forte raison, à ses besoins.
[...]
Le nombre insignifiant de navires en construction prend une dimension plus réduite encore si l'on se souvient que la Russie possède quatre flottes éloignées l'une de l'autre et que chacune attend d'être complétée par de nouveaux navires, sans parler de la flottille de la Caspienne, mer fermée.
[...]
Dans cette situation, il est évident que les volumes des achats ne permettent nullement de compenser le retrait du service du matériel obsolète, il est donc indispensable de moderniser les systèmes existants, y compris les navires et les sous-marins de la Marine de guerre, en les dotant d'armements modernes pour prolonger leur durée de vie.
[...]
Avant tout, du point de vue théorique, il convient d'adopter une nouvelle doctrine militaire et, en se basant sur des dispositions précises, donner une réponse nette à la question de savoir quels sont les systèmes d'armements vraiment nécessaires à l'armée, et en quelles quantités. D’autre part, ces chiffres ne doivent pas rester un sujet de discussion de couloir, ils doivent être rendus publics, comme cela est pratiqué dans les pays de l'OTAN qui publient régulièrement des prévisions en matière de défense où sont analysées les menaces éventuelles, ce qui permet de déterminer la future image des forces armées.

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jeudi 28 janvier 2010

Online Security Jam du 4 au 9 février

Avis aux amateurs, Security & Defence Agenda, think-tank de défense bruxellois, organise du 4 au 9 février une jam session en ligne, mobilisant des participants prestigieux autour de sujets comme le réchauffement climatique, l'Afghanistan ou les droits de l'homme. Voici une petite présentation de l'évènement, organisé avec le soutien de la Commission Européenne et de l'OTAN.

***

The online Security Jam – a chance to pitch some ideas to the top

You may not be able to pick up the phone and call the head of NATO or the European Commission, but at the beginning of next month you’ll have your chance to do the next best thing – and pitch your ideas - when you log on to the online brainstorm session, the Security Jam that’s being held online from 4th to 9th February.

Even better, the Security Jam will give you wider opportunity to make your voice heard – because not only will senior VIPs from NATO, the European Commission and host of major stakeholders be talking it up online, but you’ll also be able to share your ideas and security concerns with literally thousands of participants who, like you, will be contributing to a wide range of security-related discussions.

Climate Change, Human Rights and Development will be key topics, as well as core security areas such as Crisis Management, Piracy, Afghanistan, Relations with Russia & China etc…

Discussions will be moderated by key individuals, and there will be a guaranteed online presence of senior VIP figures such as:
  • Ambassador Kai Eide, United Nations Special Representative to Afghanistan
  • Carl Bildt, Swedish Foreign Affairs Minister
  • Josette Sheeran, Executive Director of the United Nations World Food Programme
  • José Manuel Barroso*, European Commission President
  • General Håkan Syrén, Chairman of the European Union Military Committee
  • Admiral Giampaolo Di Paola, Chairman of the Military Committee, North Atlantic Treaty Organisation (NATO)
  • Jaap de Hoop Scheffer, Former NATO Secretary General
  • Ambassador Marc Perrin de Brichambaut, Secretary General of the Organization for Security and Co-operation in Europe (OSCE)
  • Paul Collier, Professor at Oxford University, author of 'The Bottom Billion'
  • Admiral Mark Fitzgerald, Commander of the Joint Force Command Naples & US Naval Forces in Europe
  • Mark Pyman, Director of the International Defence and Security Programme at Transparency International
  • Kenneth Roth, Executive Director of Human Rights Watch
  • Miroslav Lajcák, Slovak Foreign Affairs Minister
  • Fernando Perpiñá-Robert Peyra, Secretary General of the Club of Madrid, member of the NATO Group of Experts on new Strategic Concept
  • Mark Laity, Chief for Strategic Communications, NATO (SHAPE)
  • General Henry Anyidoho*, Acting Joint African Union – United Nations Special Representative for Darfur
  • Wahu Kaara, Nobel Peace Prize Nominee, Kenyan Social Justice Activist and Former Ecumenical Coordinator for the Millennium Development Goals
  • Jacqueline McGlade, Director of the European Environment Agency (EEA)
  • Anders Fogh Rasmussen*, NATO Secretary General
*to be confirmed

And the results? The best and most practicable ideas for improving global security will be put forward as important contributions to the new strategic concepts being prepared by NATO and the EU, both of which are official supporters of this highly original event.

How to get involved?

Registration to the Jam is mandatory, see online at www.securityjam.org

Just register online, and you’ll get your 5-day pass to log on and log off the jam at your convenience. The programme will be published before the event and updated during it, so all you need to do is check the website to see who’s on and at what time.

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lundi 11 janvier 2010

Ouvrage : la Russie menace-t-elle l'Occident ?

Je signale la parution de "La Russie menace-t-elle l'Occident" de Jean-Sylvestre Mongrenier (professeur agrégé, docteur en géographie-géopolitique, chercheur à l'Institut français de géopolitique (Paris VIII) et chercheur associé à l'Institut Thomas More), aux éditions Choiseul.


Remarque : le présent billet ne fait que présenter l'ouvrage et son contenu. Un prochain article reviendra plus en détails sur différents thèmes évoqués ci-dessous, avec parfois un point de vue un peu différent.

Autant le dire tout de suite, il s'agit là d'un ouvrage au ton offensif. Le sous-titre de l'introduction, "La Russie, embarras géopolitique et problème de sécurité collective", annonce la couleur. La préface d'Yves Lacoste avait auparavant prévenu les étourdis :
Ce titre, qui est une bonne accroche pour le lecteur, risque d'être jugé un peu trop alarmiste par ceux qui ne percevront pas qu'il s'agit aussi d'une représentation.
Accordant une grande importance aux temps longs, l'auteur revient sur les origines de la Russie, depuis la Rus' médiévale jusqu'à la Fédération actuelle, en passant par Nevski, Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Catherine II ou Gorbatchev. Il entend ainsi mettre en lumière l'héritage à la fois des influences occidentales mais aussi des "despotismes orientaux" (citant les travaux de Karl Wittvogel, un temps membre du Komintern), tout en soulignant l'importance historique de l'orthodoxie, Moscou devant être la "troisième Rome" selon la prophétie de Philotée, moine de Pskov.

Le "système Poutine" est décrit comme un autoritarisme néo-patrimonial (i.e pour simplifier, selon les classifications en vigueur, un régime dans lequel les dirigeants assimilent biens de l'Etat et leur propre patrimoine, où l'on devient riche en accédant au pouvoir et en le conservant). Les siloviki, fonctionnaires issus des agences de sécurité et notamment du KGB/FSB, y sont dépeints comme régnant en maître sur un régime refusant largement le soft power et obsédé par la derjava, la volonté de puissance. Les dirigeants russes, sujets aux "passions tristes", apparaissent obsédés par le concept d'Heartland hérité de McKinder, nourris du néo-eurasisme de Douguine et Goumilev (doctrine héritée de l'eurasisme, datant des années 1920 et promeuvant l'idée d'Eurasie, ensemble formé de la Russie et de ses voisins proches, continent à part entière, différent de l'Europe et de l'Asie) et sont désireux d'assurer la transition entre une ex Russie-Soviétie et une Russie-Eurasie.

Un panorama des relations internationales de la Russie est dressé, développant notamment sur les aspects suivant :
  • Relations avec l'Europe Occidentale et particulièrement l'UE, avec notamment un retour sur le concept d'Europe "de l'Atlantique à l'Oural", et le refus clair d'une Union forte et unie, venant empiéter, comme le montre l'exemple le "Partenariat Oriental", sur les plates-bandes russes. L'auteur insiste sur le fait que les relations bilatérales établies avec certains grands de l'UE (Allemagne, France, Italie) nuisent à cette dernière en tant qu'ensemble supranational, la Russie pariant sur la désunion pour asseoir son point de vue. Pour lui, les alliances russo-occidentales sont en trompe l'oeil et vouées à l'échec
  • Peur d'un néo-containment par l'OTAN, mené par les USA, en Europe (cf. le bouclier anti-missile, un faux problème selon Jean-Sylvestre Mongrenier) et en Asie Centrale
  • Positionnement de la Russie sur les dossiers nord-coréen (sur lequel sa faible influence est soulignée) et iranien ; avec une description des relations commerciales, énergétiques, diplomatiques avec le régime des mollahs
  • Relation avec la Chine, autour du point focal de l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) : l'auteur avance l'idée que très bientôt le géant asiatique aura dépassé, de loin, la Russie dans tous les domaines, et pourrait donc se positionner en "grand frère". Sont également évoqués les problèmes entre les deux pays relatifs au peuplement de l'extrême sud-est russe, l'auteur soulignant qu'il ne doit pas être exagéré. Les liens avec la Chine sont tempérés par la volonté russe de ménager l'Inde, comme l'illustre la participation aux manoeuvres Indra
  • Interactions et visées sur l'"étranger proche", c'est-à-dire principalement l'ex-URSS, et notamment la CEI, décrite comme le "syndicat de faillite" de l'ancien empire soviétique. Certains "enfants terribles" (Ukraine, Géorgie, Moldavie mais également Azerbaïdjan) ainsi que la portée limitée de l'Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), que Moscou veut voir en alternative crédible de l'OTAN, notamment en Asie Centrale (cf. la volonté de reprise de la base de Manas au Kirghizistan) sont autant de freins à l'ambition russe dans cette sphère d'influence. L'OTSC est d'ailleurs décrite comme largement éclipsée par l'OCS
  • Importance de la problématique énergétique (gaz et pétrole), à la fois vis-à-vis des consommateurs principalement ouest-européens mais aussi des anciennes républiques soviétiques traversées par les différents tubes déjà constuits ou en projet, voire de nouveaux débouchés en Asie (comme en témoignent par ailleurs les récentes délrations de Gazprom), nécessitant cependant des investissements énormes
Bref, une Russie se voulant conquérante et puissante, même si ses moyens propres (armée, économie, population, diplomatie) sont décrits comme bien en-deçà de ces objectifs, en particulier hors du strict périmètre de la CEI. Face aux USA, à la Chine et même à l'UE, entités bien plus peuplées et beaucoup plus riches, la vision d'une Russie "Etat-monde" semble bien loin, Jean-Sylvestre Mongrenier appelant les dirigeants russes à un changement radical d'attitude :
Les déconvenues de l'espace post-soviétique ne ramèneront pas la Russie à une forme plus sage de géoéconomie, axée sur le développement à long terme et les relations de bon voisinage
[...]
Il serait bien difficile pour Moscou de prétendre donner forme à un troisième pôle de puissance de rang planétaire
[...]
Consolider le pays, aménager le territoire et ouvrir des opportunités, en bonne coopération avec l'Occident, plutôt que de rêver de sphères de contrôle et d'Etat-monde.
Sur la forme, je regrette les nombreux allers-retours historiques, induisant certaines redites, mais conséquences naturelles du découpage thématique. La bibliographie indicative mentionne peu d'ouvrages russes (non francophones plus généralement), et j'aurais également souhaité que les nombreux chiffres cités soient accompagnés de sources plus nombreuses.

A suivre donc, quelques développements connexes...

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vendredi 18 décembre 2009

Le Général Abrial sur l'Alliance Géostratégique

C'est une exclusivité, et c'est à Olivier Kempf que nous la devons : le général Stéphane Abrial, ancien CEMAA et, depuis septembre 2009, commandant de l'Allied Command Transformation (ACT), l'un des deux commandements militaires stratégiques de l'OTAN est interviewé sur l'Alliance Géostratégique.


C'est par là que ça se passe. N'hésitez pas à commenter et à poser toutes vos questions !

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mercredi 25 novembre 2009

Europe de la défense - Interview de Corine Caballero-Bourdot

A l'approche de la 57ème session plénière de l'Assemblée Européenne de Sécurité et de Défense (AESD), Corine Caballero-Bourdot, chef du service des relations extérieures de l'Assemblée, a accepté de répondre à nos questions concernant cette organisation et l’Europe de la défense sur les dimensions géopolitique et industrielle ; mais également sur la relation avec l’OTAN et la perception qu’en ont les opinions publiques des pays de l’Union ou sur la question de la prolifération nucléaire.

Ses réponses sont à lire sur le site de l'Alliance Géostratégique.

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lundi 9 novembre 2009

20 ans après la chute du mur, de Pierre Verluise

Pour marquer le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, je signale l'ouvrage de Pierre Verluise, 20 ans après la chute du mur, l'Europe recomposée (264 pages, Éditions Choiseul).


En voici le quatrième de couverture :

Le 9 novembre 1989, une foule immense abattait le mur de Berlin, symbole d’un monde bipolaire. Mstislav Rostropovitch jouait les Suites de Bach, les caméras du monde entier étaient braquées sur l’Allemagne, un vent de liberté soufflait.
Aujourd’hui, la Guerre froide n’est plus qu’un lointain souvenir. L’Union soviétique a disparu, les États-Unis sont devenus la seule puissance globale et la géopolitique de l’Europe a été révolutionnée.

Vingt ans ont suffi à opérer de profonds changements dans les relations internationales. Des stratégies déployées par les États-Unis pour défaire le bloc soviétique, à l’émergence d’une Union européenne rassemblant vingt-sept états, cet ouvrage révèle les aspects les plus méconnus du chemin parcouru : jeux américain et russe, ambiguïtés de la relation franco-allemande, enjeux des élargissements de l’OTAN, intégration d’anciens pays communistes à l’Union européenne.
A travers de nombreux témoignages et entretiens recueillis par l’auteur, qui marquent l’originalité de cet essai, Pierre Verluise dégage les lignes de force de la saga européenne. Il nous donne les clés pour comprendre les enjeux et les perspectives de l’Europe du XXIe siècle.
L'auteur se pose en témoin et observateur des bouleversements géopolitiques observés en Europe après la chute du mur et la fin de la Guerre Froide. La retranscription de nombreux entretiens donne au livre un ton assez inédit et contribue à rendre vivant et concret le déroulement de ces évènements majeurs.

La première partie revient sur les stratégies américaine et russe particulièrement durant la période Gorbatchev, menant à l'effondrement du bloc de l'Est et de l'URSS. L'auteur décrit ainsi ce "moment américain" marqué par la période difficile traversée par la Russie post-soviétique ainsi que l'élargissement de l'OTAN à des anciens pays communistes, et les interférences que cela provoque avec la construction européenne.
La deuxième est entièrement consacrée au couple franco-allemand, et illustre notamment les erreurs commises par la France, son retard à l'allumage au moment de la réunification, ainsi que ses défauts d'appréciation du nouveau contexte géopolitique européen, marqué par l'entrée dans l'UE de pays fortement atlantistes.
Enfin, la troisième et dernière partie revient sur les défis qui attendent l'Union Européenne :
  • élargissement, avec le dossier turc et la question des Balkans, mais aussi l'Ukraine et la Moldavie, voire la Russie, posant ainsi la question de la limite de l'UE
  • question du budget, reflet des ambitions de l'Union
  • place de l'Europe dans le monde, notamment face aux États-Unis, à la Chine et la Russie
Un livre à lire, ne serait-ce que pour son approche très et pour les éléments peu connus, sinon inédits qu'il révèle sur la géopolitique européenne depuis une vingtaine d'années.

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mardi 3 novembre 2009

La Russie fière d'équiper les forces spéciales de membres de l'OTAN

Rosoboronexport, l'agence russe d'exportation d'armement, a annoncé, par l'intermédiaire de Viatcheslav Ovtchinnikov, que la Russie fournissait, en plus de ses clients habituels en Asie ou Amérique latine, les forces spéciales de certains pays membres de l'OTAN.

Sans préciser les pays concernés, il a notamment parlé de fusils, d'armes non létales et d'équipements optiques de vision nocturne.


A relativiser, car de tels équipements destinés aux forces spéciales représentent 1% des exportations russes, qui s'élèvent à 7 milliards d'euros en 2008.

Au passage, j'en profite pour souligner que le site de RIA Novosti, au contraire de très nombreuses agences de presse internationales, dispose d'une rubrique spécifique "défense", en plus des rubriques "International" et "Science-Espace". Signe que pour Moscou, il s'agit là d'un domaine ayant une importance particulière, à mettre en avant auprès de l'opinion internationale.

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lundi 25 mai 2009

Russie-Europe : le cas de la Transnistrie

Ce mois-ci, le thème proposée par l'AGS est La Russie en Europe ou face à l'Europe ?. Le court article qui suit est une analyse sommaire, par un non spécialiste, d'un sujet qui concerne au premier chef l'Union Européenne et son voisin russe, mais qui rencontre relativement peu d'échos dans la presse depuis une quinzaine d'années ou même ces temps-ci, malgré la proximité des élections européennes (deux semaines à l'heure où j'écris).

***

Début mai, l'Union Européenne a lancé un partenariat avec six anciens états soviétiques. Parmi ceux-ci, la Moldavie, successeur de la République socialiste soviétique de Moldavie (RSSM), créée par le Soviet Suprême en 1940 à la suite du Pacte germano-soviétique, et indépendante depuis 1991. Elle compte environ 4,3 millions d'habitants, dont 650 000 pour Chisinau, sa capitale. Son territoire est enclavé entre la Roumanie, au sud-ouest, et l'Ukraine, au nord-est : il correspond principalement à deux tiers de l'ancienne Bessarabie, prise aux Roumains par l'URSS, l'autre tiers étant revenu à l'Ukraine.

La Transnistrie intégrée à la Moldavie

Mais pas seulement, car Staline était taquin quand il dessinait les frontières de ses républiques socialistes soviétiques. Ainsi fut rattachée à la RSSM la Transnistrie, une bande de terrain sur la rive gauche du Dniestr (son nom signifie littéralement "au-delà du Dniestr", et auparavant rattachée à l'Ukraine (plus précisément à la République autonome socialiste soviétique de Moldavie, créée dès 1924, qui appartenait à l'Ukraine). Au départ largement peuplée de Moldaves, la Transnistrie, sous l'impulsion soviétique, a connu une arrivée conséquente d'immigrants russes et ukrainiens à partir des années 1960. Si bien qu'en 1989 les Moldaves ne constituaient plus que 40% de sa population, estimée à 550 000 personnes en tout.

crédits : wikipédia

Les troubles du mois d'avril

Les évènements du mois dernier, qui ont vu des manifestations pacifiques de masse mais également de pillage dans les rues de Chisinau, suite aux élections du 5 avril, remportées par le parti du président communiste Voronine, sont caractéristiques de la situation moldave depuis sa sortie de l'URSS : un tiraillement constant entre l'Est et l'Ouest. Les drapeaux roumain et européen déployés sur le toit du Parlement par des casseurs ont bien entendu provoqué des accusations d'ingérence, notamment de la part des Russes, envers la Roumanie qui a aussitôt démenti...

D'autres y voient une opération rondement menée de "false flag", les "casseurs" agissant avec la complicité d'une partie de la police sous la houlette russe. Un échange de bons procédés en quelque sorte, entre deux entités, les pouvoirs moldave et russe, qui ne s'apprécient pourtant guère : tu t'assures que le parti prorusse m'apporte son soutien dans ces élections, que l'opposition qui manifeste contre moi est décrédibilisée, et en échange je t'offre une occasion de mettre la Roumanie et l'UE en porte-à-faux. Une explication moins compromettante pour Voronine consiste en l'implication exclusive de son Ministre de l'Intérieur, George Papuk, en vue de freiner l'élan pro-occidental de la Moldavie.

Des manifestants moldaves brandissant le drapeau de l'UE sur le Parlement à Chisinau
crédits : LA Times

Bref, ces troubles sont révélateurs de l'influence que continue d'exercer le géant russe sur la petite république moldave depuis son indépendance. Petite république qui est une voisine directe de l'Union Européenne depuis que la Roumanie en fait partie. Oui, encore un voisin turbulent...car pour en revenir à la Transnistrie, bien qu'elle fasse partie du territoire moldave, elle n'a jamais réellement été sous son autorité, son statut étant source d'un conflit qui dure depuis 18 ans.

Petit retour en arrière

Lorsque la Moldavie accède à l'indépendance, en 1991, elle demande à la 14ème armée russe, stationnée sur son territoire, de se retirer. Ce que cette dernière fait en partie, puisqu'elle installe ses quartiers à Tiraspol, "capitale" de la Transnistrie. La Moldavie a déjà décidé que le Roumain serait la langue officielle unique sur l'ensemble de son territoire. Les Russo-Ukrainiens, majoritaires en Transnistrie, s'en emeuvent, et un "référendum" organisé fin 1991 dans la région indique que la population locale demande l'indépendance pure et simple.

En 1992, la République de Transnistrie est proclamée unilatéralement, avec Tiraspol pour capitale. Une guerre s'ensuit, mettant aux prises l'armée de Moldavie face à des rebelles transnistriens russophones et la 14ème armée russe, avec à sa tête un certain Lebed. Fin 1992, un accord est signé entre la Moldavie et la Russie de Boris Eltsine. Une force de maintien de la paix de la CEI (à majorité russe) est déployée à la "frontière" transnistrienne.

Depuis règne une sorte de statu quo, consolidé par le Mémorandum Primakov établi à Moscou en 1997, et qui permet notamment à la Transnistrie une certaine autonomie sur le plan économique, tout en restant une région moldave. Mais statu quo ne signifie pas abolition des griefs ou même paix. Tiraspol accuse Chisinau d'asphyxier son économie (qui n'a vraiment pas besoin de ça !) avec la complicité de Kiev, notamment après
  • l'introduction dès 2006 d'une disposition obligeant les entreprises transnistriennes qui souhaitent exporter à s'enregistrer auprès de l'administration centrale moldave
  • la mise en place de taxes prohibitives sur certaines matières et produits par l'Ukraine, passage obligé de nombreuses exportations transnistriennes (cf. carte ci-dessus)
De son côté, la Moldavie promeut une image largement négative de la Transnistrie, qui n'est pour elle qu'une région sécessionniste, auprès de la communauté internationale, mettant en avant les trafics d'armes qui s'y déroulent, et qui alimenteraient de nombreux conflits de par le monde, ainsi que les entorses aux Droits de l'Homme de ses dirigeants.

Et l'Union Européenne dans tout ça ?

En 2003, le Conseil de l'UE adopte, dans le cadre de la PESC, une position hostile aux dirigeants transnistriens, les accusant d'empécher la résolution du conflit et leur imposant des restrictions relatives à leur circulation sur le territoire communautaire. De même le Parlement Européen a pris de nombreuses résolutions condamnant les atteintes aux Droits de l'Homme observées sur le territoire moldave, mais plus spécifiquement transnistrien, et notamment l'emprisonnement de journalistes indépendants. Parallèlement, l'Union Européenne note les efforts de la Moldavie pour se rapprocher d'elle, notamment par l'intermédiaire de son voisin roumain.

Pour le reste, il est assez désolant de constater que l'Union Européenne est largement hors du coup au profit de Washington (subventions afin de moderniser l'armée moldave) et de l'OTAN (participation de la Moldavie aux opérations Cooperative Longbow/Lancer en 2006* et accords bilatéraux avec l'OTAN au sein du Partenariat pour la Paix) mais surtout de Moscou, malgré une mission d'observation débutée en 2005. Une situation d'autant plus regrettable que, comme indiqué plus haut, la Transnistrie se trouve tout prêt de sa frontière orientale. Et que l'existence d'une zone de conflit militaire larvé si près est inacceptable. Ceci marque une fois de plus les lacunes de l'UE en termes de géopolitique de proximité, qui se projette difficilement au-delà du rôle de "médiateur".

La Russie en position de force ?

La situation de la Transnistrie en rappelle partiellement deux autres : l'enclave russe de Kaliningrad et le Kosovo. Ainsi, au vu du déroulement du dossier kosovar (déclaration unilatérale d'indépendance suivie de la reconnaissance par de nombreux pays occidentaux dont les USA et la France), la Russie a beau jeu d'appeler à ne pas en faire un cas isolé, une exception en somme, comme le souhaiteraient les Américains, peu enclins à satisfaire toutes les tentations indépendantistes en Europe ou ailleurs.

Pour Moscou, les régions séparatistes géorgiennes ou la Transnistrie sont à considérer de façon équivalente. Et les minorités russes d'Europe Centrale et Orientale sont à protéger au même titre que les Albanais du Kosovo. La Russie essaie de mettre les USA face à leurs contradictions et leur "deux poids, deux mesures". Tout en faisant attention aux situations en Tchétchénie et au Daghestan : oui au droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, mais au cas par cas. En bref, oui quand ça m'arrange et non dans le cas contraire. Du "faites ce que je dis, pas ce que je fais", mais après tout c'est, malheureusement, le lot des relations internationales.

Il convient de mentionner le fait que sur le Kosovo, l'UE n'a pas non plus une position commune, puisque des pays comme l'Espagne, la Grèce, la Roumanie ou la Slovaquie ne reconnaissent pas son indépendance, souvent pour des raisons de politique intérieure. Il en est de même, assez logiquement, pour la Moldavie.

Un "référendum" transnistrien encouragé par la Russie en septembre 2006 a conclu à une écrasante victoire du oui à l'indépendance et au rattachement à la CEI. L'UE comme l'OSCE, contrairement au gouvernement russe, ont indiqué que ce vote n'était pas régulier et que ses résultats ne seraient pas reconnus.

Pendant ce temps, à l'approche de l'élection du président moldave par le Parlement le 28 mai, la Russie continue de jouer l'intox : ainsi le Ministère des Affaires Etrangères se dit optimiste sur la possibilité d'un règlement pacifique de la situation, tout en stigmatisant les carences institutionnelles en Moldavie, ou en relayant les dénonciations des provocations nationalistes roumaines. En attendant, la position officielle de Moscou reste celle d'une intégrité territoriale de la Moldavie, avec une autonomie réelle pour la région transnistrienne.

En conclusion

Bien qu'aux portes géographiques de l'UE, le dossier transnistrien échappe largement à cette dernière. Il prend pour l'instant des airs de conflit post Guerre Froide entre les USA et la Russie, déterminée à ne pas perdre sans combattre sa traditionnelle zone d'influence héritée de l'URSS, au profit de la démarche américaine de containment.

L'avenir proche et moins proche

Quels scénarios sont possibles dans le futur à moyen ou long terme ?
  • Un statu quo avec plus ou moins d'autonomie réelle accordée à la Transnistrie, et des progrès réels sur les plans sociaux et économiques, aun double rapprochement UE/CEI, avec en toile de fond les figures de Washington et de l'OTAN : est-il concevable qu'un état tel que la Moldavie ait des relations équilibrées entre les 3 (voire 4) entités ?
  • Un rattachement de la Moldavie en l'état à la Roumanie, peu probable, au vu de l'hostilité de Moscou et de la Transnistrie, ainsi que de nombreux moldaves
  • Une intégration de la Moldavie en l'état à l'UE, sans avoir réglé au préalable le problème transnistrien, ce qui rappellerait, à une autre échelle et avec la Russie à la place de la Turquie, le cas chypriote, pas forcément glorieux pour l'Europe
  • Une divergence de destin entre Moldavie et Transnistrie, qui accèderait à l'indépendance et se rapprocherait de la CEI pendant que son nouveau voisin ferait de même avec la Roumanie et l'UE
A suivre dès le résultat des élections moldaves connu...

***

*A noter que la Moldavie a refusé, au nom de sa position de neutralité inscrite dans la constitution, de participer aux manoeuvres Longbow/Lancer de 2009, qui se déroulent en ce moment même.

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