mardi 7 mai 2013
Une question sur la raison d'être d'une stratégie économique française
vendredi 12 avril 2013
Publication "Guerre et économie : de l’économie de guerre à la guerre économique"
- a/ Cette guerre économique recouvre-t-elle seulement la concurrence exacerbée entre les entreprises, dont les conditions seraient plus intenses aujourd’hui ? si oui pourquoi ? qu’est-ce qui a changé ? et comment expliquer les phénomènes de coopétition, qui paraissent bien loin d’une expérience guerrière qui chercherait toujours la destruction de l’opposant ?
- b/ S’agit-il de l’effet d’une mondialisation plus poussée qu’avant et qui verrait l’apparition de nouveaux acteurs, dit émergents : ceux-ci utiliseraient des atouts économiques (faut-il parler d’armes ?) qui mettraient en danger les structures économiques des leaders précédents ?
- c/ Faut-il évoquer la compétition accrue pour des ressources rares : l’énergie vient la première à l’esprit, si on pense aux débats sur le pic pétrolier ou « la guerre du gaz », mais on voit apparaître des tensions sur l’ensemble des matières premières qui toutes, à tour de rôle, connaissent des flambées spéculatives qui ne sont pas dues seulement au dérèglements des marchés ; de même, la question des « terres rares » monopolisées par la Chine, les disputes accrues sur la maîtrise de l’eau, l’achat croissant de terres arables constituent autant d’indices qu’il y a une interpénétration entre le jeu économique (meilleure allocation des ressources rares) et la réalité écologique.
- d/ On a de même l’impression que l’espace économique s’est compliqué avec le cyberespace : l’informatique mise en réseau facilite le développement économique, mais ouvre dans le même temps de nouvelles failles que la concurrence exploitera : tout le domaine de l’intelligence économique a ainsi un soubassement cyber qui est le lieu d’affrontements discrets, mais ô combien efficaces, et que l’analyse économique doit appréhender, par exemple en se posant la question : s’agit-il de deux espaces conflictuels distincts, ou faut-il les intégrer ?
- e/ Dernière question, celle du rôle des acteurs, et tout d’abord de l’État : celui-ci avait été remisé lors de la mondialisation bienheureuse, on s’aperçoit, avec la crise, qu’il conserve encore quelque utilité : il ne s’agit pas seulement de régulation, mais aussi d’assurer une garantie en dernier ressort, notamment quand les dettes privées ne sont plus couvertes par les mécanismes de marché. Cependant, outre ce rôle que l’on pourra dire traditionnel, n’y a-t-il pas place pour un rôle plus actif de l’État, au service des entreprises, et selon une logique nationale et souveraine ? de ce point de vue, la « guerre économique » constituerait la conjonction des intérêts publics et privés, aussi bien dans l’offensive que dans la défensive, et selon des règles tacites d’autant plus vigoureuses que les conditions « extérieures » seraient plus pressantes.
- a/ Tout d’abord, une interrogation vient immédiatement à l’esprit : les modifications actuelles des systèmes de production et d’accumulation économiques vont-ils avoir des conséquences sur la conduite de la guerre, et lesquelles ?
- b/ En supposant que oui et en allant plus dans le détail, comment la complexité de l’économie (qu’on vient d’évoquer) affecte-t-elle déjà le déroulement de la guerre ? Y a-t-il des gammes de la guerre comme il y a des gammes de produits ? Peut-on parler de guerres low-cost qui s’opposeraient aux guerres high-cost, qu’on n’ose dire haut de gamme ? Et comment ces deux types de guerre peuvent-ils coexister ? Un acteur de la guerre, régulier ou irrégulier, a-t-il le choix lorsqu’il construit son appareil militaire ? Est-il optimal (à supposer que cela soit possible) de vouloir se positionner dans toutes les gammes, ou la préférence donnée à l’une ne conduit-elle pas à une asymétrie systémique ? Ne faut-il pas parler de « concurrence » des modèles de guerre, en utilisant les outils de l’analyse économique pour déterminer le choix le plus efficient ?
- c/ La guerre contemporaine connaît une profonde mutation, n’étant plus que rarement régulière. Cet élargissement de la conflictualité paraît d’ailleurs similaire à l’élargissement de la compétition économique que nous avons déjà évoqué. Ne faut-il pas, dès lors, introduire l’espace économique comme un des nouveaux espaces lisses de la guerre, le macro renvoyant au stratégique, le micro au tactique ?
- d/ Pareillement, la notion de crise est également utilisée par les stratèges et les économistes : y a-t-il une liaison de cause à effet entre une crise économique et une crise stratégique ? Cette liaison obéit-elle d’ailleurs à une causalité simple ?
- e/ Comment les stratèges contemporains utilisent-ils les outils économiques ? cette question se pose au travers de la privatisation de la guerre (développement des sociétés militaires privées, mais aussi des sous-traitants locaux) et donc du partage du monopole étatique de la violence ; elle se pose aussi dans le contexte de l’approche globale, l’action militaire ne pouvant plus à elle seule décider de l’issue d’un conflit et devant donc se conjuguer avec d’autres actions (sécuritaires, diplomatiques, d’éducation, de justice, de développement) : quelle coopération envisager avec les acteurs économiques, à buts lucratifs ou non, dans la sortie de crise ? Comment concilier le profit des uns et les buts de guerre des autres ?
- Thème 1 : Penser économiquement la guerre
- Crises et guerres : de la crise économique à la crise stratégique (Christian Schmidt)
- L’économie de guerre a-t-elle encore un avenir (Jacques Sapir)
- La guerre et l’économie : de la micro à la macro ; du tactique au stratégique (Olivier Marcotte)
- Mutations de l’économie, formes de la guerre (Nicolas Mazzucchi)
- Thème 2 : rôle de l’économie dans la conduite de la guerre
- Le modèle low cost appliqué à la guerre (Stéphane Dossé)
- Guerre irrégulière, actions civiles, actions militaires (François Chauvancy)
- La guerre, la ville et l’économie (Bénédicte Tratnjek)
- Entreprenariat militaire et modèle économique : esquisse d’une typologie historique du recours au mercenariat (Georges-Henri Bricet des Vallons & Sébastien Le Gal)
- Thème 3 : L’économie en guerre
- État, grande stratégie et protection de l’économie (Jean Pujol)
- La grille de lecture Puissance/Marché/Territoire (PMT) (Christian Harbulot)
- Les pays en guerre économique (Ali Laïdi)
- La piraterie maritime : un business porteur ? (Sonia Le Gouriellec)
- La guerre et l’entreprise (Jacques Hogard)
- Cyberguerre et économie (Guillaume Tissier)
- Thème 4 : procédés de la guerre économique
- Monnaies : l’Europe doit s’armer pour éviter la guerre (Nicolas Bouzou)
- Guerre en coalition et guerre des normes (Florent de Saint Victor)
- De la sécurité énergétique à la sécurité des flux (Olivier Kempf)
- Stratégie des approvisionnements (Matthieu Anquez)
- L’affrontement sino-américain autour des terres rares, entre survie et expansion des puissances (Edouard Chanot)
- Bibliographie
- Table des matières
dimanche 10 mars 2013
dimanche 24 juin 2012
Défense et des bulles – juin 2012 : Notre mère la guerre de Kris et Maël
- Mais lui a-t-on dit, à votre général, que les gendarmes sont des militaires ?- Des militaires, oui... mais pas des soldats..
Les livres mentent. Et ceux d'Hugo en premier. Quand on meurt, sur la barricade ou dans la tranchée, on ne chante pas. On chie dans son froc.
- Bon... certain de sa mort ? Vous avez vérifié le corps ?- Son corps ? Il était éparpillé sur mon visage, mon lieutenant...
vendredi 11 mai 2012
Chronique industrie – mai 2012 : « l’Europe de la défense, vu de moi elle ne fonctionne pas »
lundi 30 avril 2012
dimanche 22 avril 2012
Défense et des bulles – avril 2012 : Bonneval Pacha (Tome 1)
J'avoue ne jamais avoir entendu parler de Claude Alexandre de Bonneval avant la lecture du premier tome (L'insoumis) de sa biographie en bande-dessinée, Bonneval Pacha. Nous la devons à l'un de ses descendants, Gwen de Bonneval, pour le scénario, et Hugues Micol pour le dessin.
Le comte de Bonneval (1675 – 1747) est un personnage manifestement haut en couleur qui connut une certaine célébrité à son époque (comme en témoignent les citations de Saint-Simon, Sainte-Beuve ou Voltaire qui figurent sur le quatrième de couverture), de fausses Mémoires ayant même été publiées. Celles-ci constituent d'ailleurs le point de départ de l'histoire, qui se présente sous la forme d'une autobiographie racontée en 1741 par celui qui s'était alors converti à l'islam et mis au service du sultan ottoman.
Le premier tome revient sur ses premières années, de sa naissance par une nuit d' « orage épouvantable », jusqu'à sa fuite en 1705 pour l'Autriche suite à un conflit avec Michel Chamillart, alors secrétaire d'Etat de la guerre. Entre temps, on y découvre un jeune homme de bonne famille, passionné par la lecture (« j'ai trouvé le secret de lire, tous les jours de ma vie, quatre heures »), qui intégra dès 11 ans les gardes de la marine de Rochefort, où il eut l'occasion de servir sous les ordres du vice-amiral de Tourville.
Il se retrouva rapidement au coeur du conflit qui faisait alors rage entre la France de Louis XIV et une grande partie des puissances européennes, autour du trône d'Angleterre, que Jacques II, cousin du Roi Soleil, souhaitait prendre à Guillaume d'Orange (dans le cadre plus global de la guerre de la Ligue d'Augsbourg). Il fut ainsi présent lors de la bataille du cap de Béveziers et rencontra Colbert à 13 ans, qui dans la BD le nomme au grade d'enseigne de vaisseau.
Le récit des trente premières années du comte de Bonneval est rondement mené. Les scènes de bataille, sur terre ou sur mer, sont plutôt réussies, et l'esprit de l'époque est bien retranscrit, même s'il faut, pour pleinement l'apprécier, quelques connaissances historiques (ce qui est bien naturel pour une telle bande-dessinée). Bien entendu, même si le scénariste se base sur une bibliographie relativement fournie, rien de permet d'affirmer que les évènements sont décrits avec exactitude. On attend cependant la suite de cette série, recommandée par Historia, avec impatience !
vendredi 20 avril 2012
La DAS publie son rapport "Horizons Stratégiques"
La complexité du contexte stratégique requiert une aptitude accrue à anticiper les crises afin que la France dispose, le moment venu, des capacités militaires adaptées à son rôle sur la scène internationale. Dans ce cadre, l'élaboration des systèmes de force conditionne l'adaptation des armées aux types d'engagements futurs prévisibles.
dimanche 15 avril 2012
Chronique industrie – avril 2012 : « Les commandes, c'est pas seulement pour maintenir la BITD »
Le 14 février dernier, à l'occasion de la conférence « Défense-Aéronautique : quelle adaptation des stratégies des industriels », le général de corps aérien Jean-Robert Morizot (en remplacement du CEMA Édouard Guillaud) est intervenu sur le thème « quelles attentes des armées face aux industriels de la défense ? ».
De façon intéressante, son intervention, devant un public composé de représentants d'Airbus, Dassault, Thales, Safran et autres, n'a pas été tant orientée sur le type d'équipements nécessaires aux besoins opérationnels des armées qu'à la posture que ces dernières attendent de leurs fournisseurs, en cette période de tension budgétaire, mais également sur le plus long terme. Un discours sans langue de bois, de la part d'un intervenant visiblement soucieux de faire passer certains messages en public. Dommage que le délégué général à l'armement, Laurent Collet-Billon, ait dû quitter la conférence un peu plus tôt.
Entamant son discours par les questions fondamentales du « pourquoi, comment et contre qui doit-on utiliser un armement ? », le général Morizot a voulu souligner que
les commandes, c'est pas seulement pour maintenir la BITD
Il est ensuite revenu sur la durée des programmes, qui selon lui s'inscrivent dans un temps trop long par rapport aux trajectoires budgétaires, aux durées des législatures et par voie de conséquence aux projections opérationnelles. En lien avec la dimension temporelle, vient naturellement le « coût astronomique des programmes ». Qui pour autant, ne sont rien par rapport aux coûts de possession, qui sont « à la limite du raisonnable », d'autant plus que l'on a « utilisé tous les bouts de ficelle ». Il traduisait ainsi, selon ses propres mots, une réelle préoccupation du CEMA, pour lequel le « futur n'est pas rassurant ».
Tous ceux qui ont quelques vagues connaissances du cycle de vie d'un équipement militaire savent bien que le MCO (maintien en condition opérationnelle) est in fine le poste le plus dispendieux. Mais comme l'explique Jean-Robert Morizot,
la durée de vie des matériels ne doit pas être matière à une rente de situation pour les industriels
Or il est vrai que, dans de très nombreux secteurs d'activité, les fournisseurs font leur marge sur les moyens et longs termes, en profitant de la relative captivité de leurs clients, auxquels ils ont pourtant consenti de lourdes remises lors de l'acquisition initiale.
Autre reproche, la complexité des armements :
Les industriels poussent au développement de systèmes très sophistiqués, que l'on a énormément de mal à faire fonctionner correctement lorsqu'on les reçoit
Remarque intéressante, car d'après les industriels que je côtoie et qui sont de l'autre côté de la barrière, les militaires et la DGA sont réputés pour « aimer se faire plaisir » en matière de spécifications et pour se laisser aller au toujours plus technologique.
Autre aspect qui se dégage implicitement de la citation ci-dessus, les progrès à réaliser dans la maîtrise de la conduite des programmes et dans les pratiques d'ingénierie systèmes, sur l'ensemble du cycle de développement (de la gestion des exigences jusqu'à la qualification opérationnelle). Un point également soulevé par le DGA lors de sa propre intervention en introduction de la conférence : il est nécessaire de se hisser au niveau de l'état de l'art en termes de méthodes de travail, afin de franchir le « mur de la complexité » dans la conception des systèmes de systèmes. D'autant que comme l'ont révélé les RETEX de l'Opération Harmattan, notre boucle OODA est lacunaire et la connexion entre nos différents équipements (capteurs – C2) est imparfaite.
Les matériels doivent être utilisés par les soldats dans des situations souvent éprouvantes, on voit bien donc le danger de l'excès de complexité et de la « surspécification ». Mais les armées sont-elles prêtes pour autant, afin de raccourcir les délais et les coûts, à recourir à plus d'achat sur étagère ?
Il n'y a aucune réticence à l'achat sur étagère mais il convient d'en évaluer les conséquences.
Conséquences qui s'envisagent notamment à l'aune des besoins d'évolution des matériels, au vu de leur durée de vie et leurs nécessaires adaptations de finalités au cours de celle-ci. Mais également des besoins croissants d'interopérabilité, vue comme indispensable avec l'OTAN par le général Morizot, et plus particulièrement avec les Anglais et les Américains (ce qui n'est pas, il faut le relever, la même chose, car les Américains ont la fâcheuse habitude de n'être interopérables qu'avec eux-mêmes). On notera au passage que le recours au « off-the-shelf » et l'appui sur des standards partagés contribue à cette interopérabilité. Ceci indépendamment de toute logique de souveraineté économique et technologique, comme l'a montré le débat sur les drones MALE à l'automne 2011.
En résumé, le discours de Jean-Robert Morizot a eu pour mérite de mettre en lumière, de façon très explicite, les inquiétudes et les attentes du principal client de nos fleurons industriels de la défense, qui certes sont de plus en plus tentés par le civil et l'international, mais qui ne doivent pas oublier qu'ils sont un des maillons essentiels.
samedi 31 mars 2012
Médaille de la sécurité intérieure
jeudi 16 février 2012
vendredi 3 février 2012
Citation de la semaine : de la pertinence du fabless
Citation du patron d'un grand fond d'investissement français, à resituer dans les débats (ou les invocations) sur le made in France :
Le fabless, c'est de la mégaconnerie
samedi 21 janvier 2012
Citation de la semaine (anonyme) : ingénieurs des grandes écoles et R&D
Je vous en veux à vous, les ingénieurs des grandes écoles (Polytechnique, Mines...). Plutôt que de bosser dans la technique, vous préférez faire du management. Il faudrait que vous soyez obligés de consacrer 10 ans à la R&D en sortant de l'école. C'es du gâchis d'intelligence.
lundi 16 janvier 2012
Chronique industrie – janvier 2012 : de la motivation des employés du secteur défense
Obsession des résultats court-terme et du chiffre, client roi, postures usantes, objectifs irréalisables, pression managériale, tâches répétitives, mobilité forcée, perte de sens, les causes de stress et de souffrance dans la vie professionnelle sont nombreuses. En contact régulier avec des employés de diverses entreprises de défense, de l’ensemble des filières (marketing, ventes, programmes, R&D…), j’évoque brièvement dans cet article deux points qui reviennent assez souvent dans les entretiens que j’ai avec eux sur leur motivation.
On pourra les mettre en perspective avec le sondage interne réalisé chez EADS fin 2009, révélant notamment un désengagement des salariés, alors que le géant de l’aéronautique est pourtant l’entreprise préférée des futurs ingénieurs français.
Attention, mes propos concernent principalement les emplois technologiques qualifiés.
1/ Je suis proprement effaré de constater que de nombreux ingénieurs et techniciens travaillant dans les bureaux d’études de nos plus grands industriels, et notamment de défense, ont tellement le « nez dans le guidon » qu’ils ne connaissent pas les tenants et aboutissants des programmes auxquels ils participent, ni même les doctrines d’emplois qui sous-tendent les systèmes, matériels et logiciels qu’ils développent. Souvent, si l’on exclut les très expérimentés et les architectes, ils ont une vision très limitée de l’activité globale de leur entreprise, de leur business unit, voire des services voisins du leur. Quels marchés, quels clients, quels produits, quels besoins opérationnels, quels concurrents ? Autant de questions qui restent trop souvent sans réponse. Parmi les plus jeunes, j’en connais même qui ne savent même pas quel est le nom de l’entité à laquelle ils appartiennent… La finalité de leurs tâches leur échappe donc, face aux impératifs quotidiens de délais et de coûts.
Pour ma part je trouve que c’est une faute professionnelle de la part des managers de ne pas savoir mettre en perspective les travaux accomplis par leurs équipes vis-à-vis de ces dernières. Le monde de la défense est assez diversifié et ouvert sur un grand nombre de domaines pour que l’on puisse lier facilement la technologie (et donc l’ensemble des technologies entre elles, notamment dans un produit ou système), l’opérationnel (i.e. l’emploi militaire), l’économique et le géopolitique. Il n’y a pas de raison que ce type d’action soit uniquement dirigé vers l’extérieur, i.e. les clients et les décideurs publics.
D’autant que de ce que j’ai pu en voir, expliquer l’importance de chacun et faire partager les ingénieurs entre eux mais aussi avec la direction de la stratégie, le marketing…, ça marche plutôt bien pour valoriser le travail de tous. En bref, donner une ouverture horizontale et verticale, une vision et du sens pour éviter l’enfermement dans le quotidien et le routinier.
2/ Deuxièmement, et c’est intimement lié, on doit donner à chacun des perspectives d’évolution de carrière concrètes. Sans aller jusqu’à du « à la carte » irréaliste et ingérable et en évitant le syndrome de la « carrière tracée à l’avance », un ingénieur ou un technicien doit toujours pouvoir disposer d’une vue claire des alternatives qui s’offrent à lui dans les années à venir : fiches de postes et responsabilités afférentes, compétences nécessaires (techniques, managériales…), durées indicatives des jalons à passer. Et cela aussi bien dans une filière « managériale » qu’une filière « expertise », cette dernière devant être valorisée : ceux qui se plaisent dans la technique ne doivent pas être stigmatisés.
Cela nécessite la mise en œuvre de réels « parcours » qui ne soient pas uniquement du ressort de la communication pour faire beau sur les brochures RH. Pour cela il faut donc un réel suivi en transverse et une pression sur la hiérarchie locale pour lui imposer de laisser ses équipes évoluer (ce qui n’est pas aisé, étant donné qu’on aura souvent tendance à se garder les « bons » sous le coude). Là encore, le monde de la défense, pour autant que l’on parle d’entreprises présentes sur plusieurs marchés, les possibilités sont énormes. La connexité des sujets, des technologies, des méthodes…permet d’aborder des contextes variés, et petit à petit de compléter sa palette de compétences, avant éventuellement de se spécialiser. Sans tomber dans l’excès inverse de la mobilité forcée…
L’entreprise doit penser à son avenir : cela passe par une vision prospective de sa pyramide des âges et des compétences, et cela doit se faire avec ses employés, qui sont les premiers intéressés. Tout cela pour dire qu’une réflexion sur l’avenir des différents métiers (plus d’intégration, moins de réalisation en interne, technologies de plus haut niveau d’abstraction….) se fait de bout-en-bout, depuis la stratégie business jusqu’au dispositif de suivi effectif de la mobilité.
*
Dans un prochain article je reviendrai sur quelques traits caractéristiques des emplois civils dans l’industrie de défense, fréquemment mentionnés par mes interlocuteurs du secteur, et qui font écho aux points ci-dessus.

