lundi 28 février 2011
Hibernation tardive
Le blog va connaître un certain ralentissement dans les prochains jours, et ce d'ici à la fin du mois de mars. De quoi se ressourcer en fin d'hiver pour repartir à fond au début du printemps.
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vendredi 25 février 2011
Citation de la semaine : Eric Delbecque et Gérard Pardini
La citation de la semaine est issue de l'ouvrage Les politiques d'intelligence économique (PUF, collection Que sais-je ?) d'Eric Delbecque (ancien directeur de l'IERSE, chef du département Sécurité économique de l'INHEJS, professeur à l'EGE) et Gérard Pardini (ancien dircab du préfet Bonnet, chef du département Risques et Crises de l'INHEJS).
Entre les extrêmes du monde des Bisounours et du jeu à somme nulle (où tout stakeholder est un joueur), la vérité est certainement plus nuancée.
Si les concurrents sont les cibles principales de la veille, certains acteurs de l'environnement global [...] peuvent devenir des enjeux de veille dans la mesure où ils exercent une influence (négative) sur le développement d'une entreprise : États, ONG, think tanks, associations...J'ai mis en gras ce terme "négative" qui m'interpelle : oui la veille est souvent d'importance stratégique, mais je ne comprends pas cette propension des tenants de l'intelligence économique et de la guerre économique à n'envisager le tiers que comme un acteur néfaste pour ses propres intérêts. La veille se fait aussi dans un but positif, pour identifier des opportunités de nouveaux débouchés, de partenariats, d'ancrage social et sociétal, d'évolution règlementaire/législative, de politique industrielle plus favorable, d'amélioration du fonctionnement interne, de diffusion de valeurs permettant un meilleur développement...
Entre les extrêmes du monde des Bisounours et du jeu à somme nulle (où tout stakeholder est un joueur), la vérité est certainement plus nuancée.
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mercredi 23 février 2011
Guerres low cost : petit follow up à mon article sur le coût médiatique
Quelques évènements survenus depuis la fin mars 2010, période à laquelle j'ai écrit ma contribution "La maîtrise du coût médiatique de la guerre dans un contexte asymétrique" à l'ouvrage collectif de l'Alliance Géostratégique Les guerres low-cost, et que j'aurais bien mentionnés :
- la réprimande du général Desportes par le CEMA suite à sa sortie dans les médias critiquant la stratégie des USA en Afghanistan (Officiers, exprimez-vous... mais bien et pas trop ?)
- l' "affaire Wikileaks", avec la révélation depuis l'été dernier de milliers de câbles diplomatiques américains (Wikileaks est cependant évoqué dans mon article) ; qui a pour le moment eu un impact relativement limité sur l'opinion (lassitude oblige ?) au regard de ce que certains prédisaient, même si elle fait de façon quasi continue les choux gras des médias et de la blogosphère
- les révolutions actuelles dans le monde arabe, même si elles n'ont que peu de rapport avec la guerre, de par la place qu'y joue, au-delà des Facebook et Twitter (confirmant le rôle de transmission rapide de l'info évoquée dans mon article), la chaîne qatarienne Al-Jazeera
- les inondations au Pakistan, illustration de la conquête des cœurs et des esprits par les islamistes
- l'article "The case for calling them nitwits" de la RAND Corporation, qui propose une approche visant à démythifier et démystifier de façon crue le visage des terroristes islamistes vis-à-vis de l'opinion (Guerre asymétrique : ne pas surestimer l'adversaire)
Reminder : le Café Stratégique consacré aux guerres low-cost a lieu demain soir à 19h au café Le Concorde, 239 bd Saint-Germain à Paris !

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lundi 21 février 2011
Projet SHAMROCK : du renseignement tout en finesse
SHAMROCK est probablement l'une des plus extravagantes initiatives de COMINT (Communications Intelligence, renseignement lié à l'interception des communications) de l'Histoire.
A partir de 1945, la NSA et sa devancière, l'AFSA (Armed Forces Security Agency), ont eu accès à l'ensemble des données télégraphiques entrant ou sortant (y compris celles en transit) des États-Unis. Quotidiennement, Western Union, ITT et RCA, trois opérateurs de communications, leur offraient un accès direct aux données sous forme de microfilm ou de copie papier.
Au plus fort de l'opération, à la fin des années 1960, 150 000 messages étaient analysés chaque mois par les agents de la NSA, mais également d'autres agences : CIA, FBI, Secret Service, Bureau des Narcotiques...
Le trafic global était estimé à cette période à 6 millions de télégrammes par mois : un message sur quarante faisait l'objet d'un compte-rendu !
Le Sénateur Frank Church, président de la commission du même nom, chargée en 1975 d'enquêter sur les abus éventuels des agences de renseignement américain, a dit de SHAMROCK qu'il était
Probably the largest government interception program affecting Americans ever undertaken.
Par la suite, les pouvoirs de la NSA ont été encadré et restreints, du moins en ce qui concerne les citoyens américains et jusqu'au Patriot Act.
Personnellement, au-delà de l'aspect "force brute" (au sens cryptoanalytique du terme) de l'approche, à l'opposé d'un renseignement intelligent et ciblé, c'est la collaboration plus ou moins "volontaire" des entreprises américaines que je retiens. Sachant que, notamment dans un contexte de compétition internationale, l'assistance ne se fait évidemment pas toujours dans ce sens. Et les USA sont d'autant moins réticents à ce mélange des genres qu'ils considèrent que cela permet souvent d'aplanir la situation, les étrangers ayant naturellement sur le terrain commercial recours à la corruption et autres formes de concurrence déloyale.
Aujourd'hui, l'essor des communications électroniques à démultiplié les volumes de messages et d'informations échangées (Web, email, FTP, P2P, téléphone...). Les capacités d'interception ont également évolué : intelligence artificielle des automates de reconnaissance et de traitement (utilisation de dictionnaire et de facultés sémantiques), puissance des processeurs...mais il n'est plus possible de tout suivre. Cet article n'est pas le lieu d'un exposé sur le sujet, mais l'explosion de la fibre optique rend plus difficile l'interception "discrète", car elle nécessite un accès physique au médium. De même le développement de la cryptographie civile et commerciale met des bâtons dans les roues des intercepteurs, notamment depuis la levée de l'interdiction des exportations américaines en 2000. Évidemment la NSA et ses semblables cachent leurs réelles capacités.
Et inutile de rappeler qu'ECHELON n'a pas empêché les attentats du 11/09 ni les bourbiers afghan et irakien. Bref, l'HUMINT et le travail de terrain ont encore de beaux jours devant eux, bien naturellement au sein d'une approche de renseignement transversale faisant un usage raisonnable de la technologie. Raisonnable, mais nécessairement intensif, au vu de l'importance prise par le cyberespace.
A lire pour s'initier au COMINT en général et à ECHELON en particulier, le rapport IC 2000 de Duncan Campbell réalisé pour le Parlement Européen, inquiet à l'époque de l'existence de cet espionnage électronique à grande échelle, révélé à la fin des années 1990. Bien qu'un peu ancien, le court ouvrage est très didactique et présente les différentes applications qui peuvent être faites de l'interception des communications. Il liste en particulier quelques contrats remportés par les industriels américains (Raytheon, Boeing, AT&T, Westinghouse...) grâce au COMINT, d'ailleurs souvent au détriment de concurrents français.
Personnellement, au-delà de l'aspect "force brute" (au sens cryptoanalytique du terme) de l'approche, à l'opposé d'un renseignement intelligent et ciblé, c'est la collaboration plus ou moins "volontaire" des entreprises américaines que je retiens. Sachant que, notamment dans un contexte de compétition internationale, l'assistance ne se fait évidemment pas toujours dans ce sens. Et les USA sont d'autant moins réticents à ce mélange des genres qu'ils considèrent que cela permet souvent d'aplanir la situation, les étrangers ayant naturellement sur le terrain commercial recours à la corruption et autres formes de concurrence déloyale.
Aujourd'hui, l'essor des communications électroniques à démultiplié les volumes de messages et d'informations échangées (Web, email, FTP, P2P, téléphone...). Les capacités d'interception ont également évolué : intelligence artificielle des automates de reconnaissance et de traitement (utilisation de dictionnaire et de facultés sémantiques), puissance des processeurs...mais il n'est plus possible de tout suivre. Cet article n'est pas le lieu d'un exposé sur le sujet, mais l'explosion de la fibre optique rend plus difficile l'interception "discrète", car elle nécessite un accès physique au médium. De même le développement de la cryptographie civile et commerciale met des bâtons dans les roues des intercepteurs, notamment depuis la levée de l'interdiction des exportations américaines en 2000. Évidemment la NSA et ses semblables cachent leurs réelles capacités.
Et inutile de rappeler qu'ECHELON n'a pas empêché les attentats du 11/09 ni les bourbiers afghan et irakien. Bref, l'HUMINT et le travail de terrain ont encore de beaux jours devant eux, bien naturellement au sein d'une approche de renseignement transversale faisant un usage raisonnable de la technologie. Raisonnable, mais nécessairement intensif, au vu de l'importance prise par le cyberespace.
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A lire pour s'initier au COMINT en général et à ECHELON en particulier, le rapport IC 2000 de Duncan Campbell réalisé pour le Parlement Européen, inquiet à l'époque de l'existence de cet espionnage électronique à grande échelle, révélé à la fin des années 1990. Bien qu'un peu ancien, le court ouvrage est très didactique et présente les différentes applications qui peuvent être faites de l'interception des communications. Il liste en particulier quelques contrats remportés par les industriels américains (Raytheon, Boeing, AT&T, Westinghouse...) grâce au COMINT, d'ailleurs souvent au détriment de concurrents français.
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samedi 19 février 2011
Trois ans de Mon Blog Défense
Lancé le 19 février 2008, Mon Blog Défense souffle donc aujourd'hui ses trois bougies ! Je ne pensais initialement pas tenir aussi longtemps en créant ce blog un peu sur un coup de tête.
crédits : tuxnet
607 messages (en comptant celui-ci) plus loin, il compte chaque jour près de 600 pages vues et 300 visiteurs uniques ; ce qui est certes modeste, mais dix fois plus que lors de sa première année, marquée par une absence d'ouverture vis-à-vis du reste de la blogosphère.
Je ne sais pas combien de temps encore cela durera, car je suis bien occupé par ailleurs (et pas uniquement du côté de l'Alliance Géostratégique, même si ses membres ont toujours plein d'idées pour remplir un emploi du temps ;-)), mais j'en profite pour remercier encore une fois tous mes lecteurs, réguliers ou occasionnels.
Je ne sais pas combien de temps encore cela durera, car je suis bien occupé par ailleurs (et pas uniquement du côté de l'Alliance Géostratégique, même si ses membres ont toujours plein d'idées pour remplir un emploi du temps ;-)), mais j'en profite pour remercier encore une fois tous mes lecteurs, réguliers ou occasionnels.
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vendredi 18 février 2011
Citation de la semaine : Michel Ching-long Lu, représentant de Taïwan en France
Je poursuis avec une citation également extraite du dernier numéro de la revue Géoéconomie (L'âge d'or de la diplomatie économique), issue d'un entretien avec le représentant (à défaut d'ambassadeur) de Taïwan en France, Michel Ching-long Lu :

Nous sommes heureux des changements que connaît la Chine continentale, bénéfiques pour nous. Cela étant, tant que la Chine manifeste comme principal objectif stratégique son intention de récupérer Taïwan, nous ne pourrons progresser sur la voie d'une relation sereine avec elle.A lire sur mon blog :

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mercredi 16 février 2011
[Le B.A.-BA] : le brouillage
En lien avec le thème du mois de l'Alliance Géostratégique (Le renseignement), je republie un petit article introductif consacré au brouillage, datant d'avril 2009
***
Le brouillage, à quoi ça sert ?
Le brouillage est un élément important, à la fois offensif et défensif, de la guerre électronique. Il consiste à empêcher ou perturber les émissions électromagnétiques ennemies. Il existe quasiment depuis les débuts de l'utilisation humaine des ondes. Il vise les radars, des systèmes de navigation et de guidage, ainsi que les communications radio et la télédiffusion.
En général, il est un préambule à d'autres actions. Quelques exemples :
- le brouillage de radars de DCA permet de dégager des couloirs pour les chasseurs bombardiers
- le brouillage des autodirecteurs des missiles permet de protéger l'aéronef brouilleur (tous les avions militaires disposent aujourd'hui d'un système d'autoprotection miniaturisé et intégré) et ainsi d'améliorer sa pénétration et sa persistance
- le brouillage d'obus qui les fait exploser avant qu'ils aient atteint leur cible les rend moins meurtriers, et est notamment utilisé pour protéger les fantassins sur le champ de bataille
- le brouillage des émissions des satellites GPS perturbe la navigation des véhicules qui les utilisent
- le brouillage de stations de télévision (son inaudible, images brouillées) a des visées politiques et psychologiques (propagande), et est souvent couplé à des actions d'infiltration
- le brouillage est également autorisé dans un contexte civil, notamment dans les cinémas et théâtres, pour empêcher l'usage intempestifs des téléphones portables
On le voit ici, le brouillage peut intervenir dans un contexte tactique comme stratégique, voire dans un contexte de déstabilisation.
Le brouillage, comment ça marche ?
Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de donner ici un cours d'électromagnétisme. Il y a basiquement deux types de brouillages, mais les deux sont du ressort de la guerre électronique "active" car ils impliquent des émissions électromagnétiques.
1 - Brouillage par bruit
Il s'agit tout simplement d'émettre un signal assez puissant en continu ("bruit blanc") qui va masquer les signaux utiles en les saturant. L'opérateur du radar brouillé obtiendra un signal inexploitable. Ce type de brouillage ne présuppose pas une connaissance fine des émissions que l'on souhaite perturber, mais il faut quand même que les fréquences émises soit calées sur celles attendues par les récepteurs que l'on souhaite aveugler.
2 - Brouillage par déception
Plus subtil que le brouillage par bruit, il consiste non pas à aveugler les récepteurs ennemis mais à insérer de fausses informations de façon indétectable aux signaux électromagnétiques. Ceci nécessite bien évidemment de connaître précisément les émissions que l'on attaque, afin d'y introduire de légères modifications. Ceci est possible soit parce qu'on le connaît par avance (suite à des opérations d'écoute par exemple), soit en utilisant de façon combinée un récepteur qui va capter le signal et un brouilleur qui va le re-émettre après l'avoir altéré.
Le brouillage, comment ça marche ?
Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de donner ici un cours d'électromagnétisme. Il y a basiquement deux types de brouillages, mais les deux sont du ressort de la guerre électronique "active" car ils impliquent des émissions électromagnétiques.
1 - Brouillage par bruit
Il s'agit tout simplement d'émettre un signal assez puissant en continu ("bruit blanc") qui va masquer les signaux utiles en les saturant. L'opérateur du radar brouillé obtiendra un signal inexploitable. Ce type de brouillage ne présuppose pas une connaissance fine des émissions que l'on souhaite perturber, mais il faut quand même que les fréquences émises soit calées sur celles attendues par les récepteurs que l'on souhaite aveugler.
2 - Brouillage par déception
Plus subtil que le brouillage par bruit, il consiste non pas à aveugler les récepteurs ennemis mais à insérer de fausses informations de façon indétectable aux signaux électromagnétiques. Ceci nécessite bien évidemment de connaître précisément les émissions que l'on attaque, afin d'y introduire de légères modifications. Ceci est possible soit parce qu'on le connaît par avance (suite à des opérations d'écoute par exemple), soit en utilisant de façon combinée un récepteur qui va capter le signal et un brouilleur qui va le re-émettre après l'avoir altéré.
Le brouilleur SLQ-32 de Raytheon qui équipe l'US Navy
Crédits : Raytheon
Quelques remarques pour terminer
- l'opportunité de brouiller doit être étudiée à l'aune du fait que si elle est efficace, et qu'elle empêche effectivement les émissions ennemies, cela signifie potentiellement la perte d'une source d'information importante
- une action de brouillage, parce qu'elle implique des émissions électromagnétiques, peut être dangereuse, car le brouilleur peut être détecté au moyen d'écoutes. Il faut donc veiller à garder un matériel à la page, et surtout éviter de brouiller inutilement (notamment trop tôt)
- il n'y a pas d'absolue garantie qu'un brouillage assure une protection complète, même avec des moyens très supérieurs à l'adversaire. L'exemple du F-117 abattu par les Serbes pendant la guerre du Kosovo en est un exemple frappant
- il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers et croire qu'une réussite se reproduira éternellement. L'ennemi s'adapte, même avec des faibles moyens : il change de fréquence d'écoute, il émet moins longtemps, il met en oeuvre lui aussi des actions de contre-information...
La destruction (au moyen de missiles, de LASER...) est un autre moyen d'interdire l'utilisation du spectre électromagnétique à l'ennemi. Je l'aborderai certainement dans un prochain article, de mêmes que les contremesures possibles face à un brouillage.
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