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Mon Blog Défense

jeudi 10 décembre 2009

Le programme nEURON par Thibault Lamidel

Thibault Lamidel débute ici une petite série d'articles sur le futur des drones aériens et de l'aviation de chasse par une présentation du programme européen d'UCAV nEURON. Bien évidemment, ses propos n'engagent que lui.

Une vision du nEURON
crédits : Futura Sciences

Une ambition : compter

Le programme nEURON s'inscrit dans le mouvement initié par les drones X-45 et X-47 Pegasus (de Northrop Grumman). Ces trois programmes ont pour ambition de développer des démonstrateurs valides de drone UCAV (Unmanned Combat Air Vehicle ). A la différence près que les deux drones américains ont été lancés pour valider tant leurs versions terrienne que navale. Et c'est bien là la différence. L'Europe par le biais du programme nEUROn s'essaye à rattraper le retard sur les USA, mais pas sur les capacités aéronavales. Et cela malgré une certaine expertise européenne comme l'a démontré l'appontage automatique du Camcopter sur la frégate Montcalm.

Un enjeu : préparer l'avenir

Les programmes d'avion de chasse Rafale, Gripen et Eurofighter sont lancés. Le Gripen est pleinement entré en service et le Rafale sera peut-être bientôt présent dans des armées non françaises. Mais l'Eurofighter semble souffrir d'un profond désintérêt qui va croissant, surtout depuis l'avènement du programme JSF (ce qui n'est pas l'objet de l'article). Toutefois, se pose la question de l'entretien du savoir-faire des bureaux d'études aéronautiques européens et du maintien des compétences, permettant de garantir l'autonomie et la compétitivité de la base industrielle de défense de l'UE. On n'est plus à la période faste des années 70 où les bureaux d'études français, par exemple, fonctionnaient à plein : Mirage G, G4, G8, Mirage 2000, 4000, F1, F2... etc.
Il faut donc pouvoir continuer à développer les capacités des bureaux d'études en vue d'assurer la transition et la suite des programmes d'avion de chasse. Leur remplacement se pose d'ores et déjà aujourd'hui. Alors quoi de mieux qu'un démonstrateur européen, qui plus est un drone, pour faire ce travail ? Le démonstrateur est moins coûteux, moins dangereux à développer pour les pilotes d'essais. C'est un bon choix, mais également une pirouette pour éluder la question de l'avenir de l'aviation de chasse : avion de chasse piloté, non-piloté ou les deux, i.e. des avions pilotés travaillant avec des drones.

C'est donc en partant de cette réflexion et de ce besoin qu'a été lancé le programme nEURON. Il est de la catégorie des UCAV : Unmanned Combat Air Vehicle et vise à répondre à trois grands défis (selon le site de Dassault Aviation) :

  • le développement des technologies stratégiques que les États-Unis possèdent - ou possèderont - et qui ne seront jamais transférées à l’Europe ;
  • le maintien de ses pôles d'excellence. L'industrie européenne a en effet développé des niches technologiques dans plusieurs domaines et, par faute de plan de charge, ce savoir-faire risque de disparaître ;
  • le maintien du plan de charge de ses bureaux d'études.

Est ici reproduit le discours officiel qui guide le programme nEURON : entretenir les capacités européennes et développer les technologies que les États-Unis ne transféreront pas à l'Europe. C'est un programme d'armement à visée politique. C'est aussi un choix contraire à certaines pratiques. Le but affiché est bien l'Europe de la défense et la plénitude des capacités européennes, leur autonomie au moins. Cette volonté explique l'absence du Royaume-Uni dans ce programme qui n'a pas fait seulement cavalier seul, mais qui se refuse surtout à le rejoindre par respect. De quoi ? Celui des traités signés avec les Etats-Unis concernant notamment le développement des capacités furtives. Cette absence expliquerait la participation du royaume dans le programme JSF. Ce sont bien deux choix stratégiques qui s'affrontent.

Revenons-en au nEURON. Le démonstrateur vise aussi à développer des capacités opérationnelles pour démontrer l'utilité qu'il pourrait avoir sur un champ de bataille :

  • l'exécution d'une mission air-sol, insérée dans un réseau C4I ;
  • la réalisation d'une plate-forme furtive, tant dans le domaine de la signature radar que dans celui de la signature infrarouge ;
  • le tir d'armements à partir d'une soute interne avec des délais très courts.

Un modèle industriel novateur

Ce programme regroupe la Suède, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, la Suisse et donc la France (la Belgique est attendue). Russes et Allemands ne se sont engagés dans aucun programme similaire. nEURON prend forme lors du du Salon international de l'aéronautique et de l'espace du Bourget en 2003. Il est formalisé alors par Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense. « Ces pays ont choisi de mettre en commun leurs compétences industrielles et technologiques dans le but de garantir l'autonomie européenne dans le domaine de l'aéronautique militaire, en renforçant les synergies entre les entreprises du secteur » nous dit la DGA. Cette dernière est en effet agence exécutive du programme et elle a notifié à Dassault Aviation la maîtrise d'oeuvre (et non d'ouvrage) du programme (à comparer avec le rôle de l'OCCAR).

Il est mené en coopération avec Thalès et les industriels des différents pays partenaires : Saab, Alenia, EADS Casa, HAI et RUAG Aerospace pour le développement et la réalisation. La coopération entre les différents intervenants n'a pas pour but de développer de nouvelles capacités. Mais bien de tirer parti des capacités existantes des différents industriels pour que la somme de leur valeur ajoutée technologique permette la réussite du programme. Les différents intervenants amènent leur savoir-faire :
  • Alenia (Italie) qui contribue, entre autres, au projet par un concepteur novateur de soute interne d’armements (Smart Weapon Bay), les portes de soute et leur mécanisme d’ouverture, ainsi que par la conception et la réalisation du système électrique de la plate-forme, l’anémomètrie et une partie des essais au sol et en vol ;
  • SAAB (Suède) qui se voit confier la forme générale, le fuselage équipé, l’avionique, le système de carburant et une part des essais en vol ;
  • EADS (Espagne) qui apportera son expérience pour les ailes, le segment sol et l’intégration de la liaison de données ;
  • Hellenic Aerospace Industry (HAI) (Grèce) qui sera responsable de la section arrière du fuselage, de la tuyère, ainsi que des bancs d’essais ;
  • RUAG (Suisse) qui prend en charge les essais de soufflerie et les interfaces entre la plate-forme et les armements ;
  • Outre la maîtrise d’œuvre du projet, Dassault Aviation, est responsable de la conception générale et de l’architecture du système, des commandes de vol, de l’assemblage final, ainsi que des essais au sol et en vol.
Il faut bien comprendre que c'est un programme européen de « nouvelle génération ». On quitte la cacophonie des programme NH90 et autre A400M, dont le modèle industriel a montré ses limites. Ici on met en oeuvre un nouveau modèle. Il s'affranchit un peu des instances européennes puisque c'est la DGA qui en est l'agence exécutive et non l'OCCAR.

C'est aussi dans ce cadre que la pertinence industrielle de Dassault s'exprime grâce à ses suites logiciels CATIA et son « plateau virtuel ». Ce dernier permet à tout les intervenants de construire virtuellement la machine en pouvant y inclure les composants dont il est responsable, et voir si cela « rentre ». Cette façon de faire a été récompensée par le début de succès du Falcon 7X.

C'est donc peut-être la petite revanche de Dassault qui n'a pas été maître d'oeuvre de l'Eurofighter (nous reviendrons dans un autre article sur les luttes et coopérations en matière de développement d'avion de chasse européen). Mais c'est surtout un schéma qui valorise les différents industriels européens parties prenantes et qui permet une coordination de la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne.

nEURON est désormais engagé, pour un montant total de 405 millions d'euros. Ce marché permet de lancer la phase de conception et de définition du système pendant trois ans, notamment sur les technologies de furtivité. Celle-ci sera suivie du développement et de l'assemblage du drone pour un premier vol en 2011. Les essais en vol auront lieu en France, en Suède et en Italie.

Et après ?

Pour demain, aucune suite concrète n'est encore dessinée à ce programme. On évoque des capacités air-air mais pas de mise en service opérationnelle du nEURON. Et encore moins de programme dérivé. D'ailleurs, les américains eux-même n'ont pas donné suite aux programmes X-45 et X-47. Pourtant l'Europe aura refait une partie de son retard sur les Etats-Unis, acquérant ainsi dans ce domaine crucial pour le futur une certaine autonomie. Et ce travail en coopération laissera de lourdes traces dans la tête des industriels et des gouvernement européens concernés.
Ce programme ne fait pas grand bruit. Et pourtant, c'est l'avenir de l'aviation de chasse européenne. Les différentes technologies développées ainsi que le modèle industriel dessinent peut-être le "Rafale de demain". L'avenir sera-t-il un drone UCAV ou un Rafale de cinquième génération ? Le nEURON devrait permettre de commencer à y répondre. De plus, l'architecture industrielle et les différents partenaires préfigurent-ils le casting de demain ? Bien heureux celui qui pourrait répondre aujourd'hui.

Nous nous attacherons à essayer de montrer dans un prochain article la pertinence de ce genre de drone. Notamment dans l'aéronavale où il pourrait changer lourdement la donne. Nous espérons aussi montrer que le programme nEURON, outre l'intéret capacitaire qu'il représente, est également une bataille supplémentaire dans la lutte pour le leadership des programmes européens d'avion de chasse.

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mercredi 9 décembre 2009

500 millions d'armes légères illégales en circulation !

La Pravda (c'est donc que ça doit être vrai) rapporte que selon l'ONU, près de 500 millions d'armes légères sont actuellement possédées illégalement autour du globe.

Des centaines de Stinger, Igla ou de tonnes d'explosifs sont ainsi dispersés dans la nature, échappant à tout contrôle officiel.

Un système Igla
crédits : militaryphotos.net

Cependant, selon Gennady Gudkov, vice-président de la commission sécurité de la Douma, la situation est un peu meilleure que dans les années 1990 :
Today, a TT sells for approximately 2.5 thousand dollars. Fifteen years ago its price was only $15, and famous Beretta weapons were only $25. However, today the price depends on a region, and the regions with recent war actions have cheaper weapons
L'exemple de la Géorgie et des régions d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie est cité, avec notamment depuis août 2008 une chute des prix des armes personnelles des officiers géorgiens. Pour la Russie, les armes sur son sol viennent massivement de l'Ouest. Et les anciennes républiques socialistes sont également touchées, particulièrement la Pologne, qui serait alimentée via les Pays Baltes et l'Ukraine, mais aussi par sa production locale (qui comprend des Kalashnikov fabriquées sans licence) :
Prices: Kalashnikov –1.2 thousand Euros, Uzi – 2.4 thousand Euros.
Les USA ne sont pas épargnés, avec un marché noir très actif et une circulation très importante d'armes automatiques.

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mardi 8 décembre 2009

Les armes nucléaires françaises et britanniques à mettre au rebut ?

A l'occasion de la 57ème session plénière de l'Assemblée de l'UEO, le parlementaire britannique Michael Hancock a appelé ce mercredi 2 décembre la France et le Royaume-Uni à se débarrasser de leurs arsenaux nucléaires :
Aucun des deux pays n’utilisera ses armes nucléaires en premier et aucun n’a les moyens de les garder
Michael Hancock
crédits : Conseil de l'Europe


Cette déclaration a été faite lors de la présentation d'un rapport de novembre 2009 portant sur Les développements en cours en matière de non-prolifération et de désarment nucléaires. Même si ce rapport est bien entendu plus orienté vers les pays nucléaires "officieux" (Pakistan, Inde, Corée du Nord, Israël) ou en passe de le devenir (Iran), il exhorte à une dénucléarisation généralisée, soulignant que START 1, datant de 1991, arrive à expiration, et appelant la Chine à jouer un rôle accru sur ce sujet.


Selon lui l'initiative Global Zero, lancée en décembre 2008 et visant à l'élimination totale des armes nucléaires (et qui a pour signataires notables Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski, Desmond Tutu, Anthony Zinni, Carl Bildt ou Yasuo Fukuda), serait la seule solution ; la dissuasion nucléaire ayant montré son inefficacité, puisque dans le cas contraire
tous les pays en seraient dotés
De façon plus concrète et cour-terme, le rapport susmentionné appelle notamment à l'élaboration d'une une stratégie commune à l’UE et aux USA avant l’ouverture de la Conférence d’examen du TNP en mai 2010 à New York.

***

Ayant assisté en partie à la session plénière de l'AUEO, je ferai très bientôt un petit compte-rendu des débats relatifs à la perception de l'élargissement de l'UE par les opinions publiques.

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lundi 7 décembre 2009

Doit-on abandonner les chars ? Par Jean-Pierre Badellon

Cet article a originellement été publié dans la revue Mines Ingénieurs #442 de septembre-ocotobre 2009. Il est reproduit ici dans son intégralité avec l'autorisation de son auteur et du comité de rédaction de la revue. Il est simultanément publié sur l'Alliance Géostratégique.

L’objet de cet article est d’ouvrir la discussion sur l’utilité du char après que ses détracteurs ont dit qu’il ne correspondait plus au nouveau type de guerre, qu’il était immobilisé par le moindre cocktail Molotov, qu’il se trompait d’ennemi et que l’hélicoptère lui était bien supérieur.


Le cahier des charges du véhicule blindé.


La notion de char a évolué avec l’apparition de véhicules blindés, munies de chenilles ou de 2, 3, 4 voire 5 essieux moteurs (10 roues).

Tous les véhicules blindés doivent être protégés contre les embuscades et les mines. Ils doivent avoir un armement qui est servi de l’intérieur et disposer d’instruments de visée et de conduite de tir sophistiqués. Un même véhicule blindé doit pouvoir se décliner en version d’attaque, d’appui fantassin, de dépannage, de commandement voire d’ambulance. Certains présentent donc des mortiers de 105, des canons de 105, 40, 30 ou 25 et naturellement des mitrailleuses.

Le véhicule blindé doit envoyer des leurres pour tromper les missiles (qu’il est censé détecter à temps) et transporter, outre son équipage de 2, 3 ou 4 hommes, des fantassins dont le nombre peut aller jusqu’à 12. Curieusement les véhicules blindés ne sont pas peints avec des peintures anti infra rouges. Les peintures du fabricant PPG américain, homologué par la DGA, n’en ont que le nom.

Les liaisons radio doivent se faire avec le PC et avec les fantassins qui l’entourent.


En résumé tous les fabricants ont tous à peu près les mêmes cahiers des charges et devraient donc conduire les armées européennes à opérer des économies d’échelle en incitant ceux-ci à se spécialiser.


Dans la pratique, on distingue :

· Le véhicule blindé à chenilles de 60 à 70 tonnes capable de rouler à 65 km/h. C’est le char lourd qui pèse dans les 65 tonnes et doit se déplacer à la vitesse de 65km/h. Aussi dispose-t-il d’un moteur de plus de 1300 CV. Son prix dépend de son armement et des instruments (repérage, contremesure etc.). Le prix de revient se situe autour de 8 M€ et ne comprend pas celui des innombrables marchés d’études qui ont conduit à la définition de son cahier des charges ou ensuite à ses mises aux normes successives.

· Le véhicule blindé à chenilles de 25 à 35 tonnes et capable de rouler à la même vitesse. C’est le char léger.

· Les véhicules blindés à roues, de 25 à 35 tonnes, tous capables de rouler à 100 km/h et généralement dotés d’au moins 4 essieux moteurs.

· Les véhicules blindés de 12 à 16 tonnes et dotés d’au moins 3 essieux moteurs.

· Les véhicules blindés de 4 à 8 tonnes et dotés généralement de 2 essieux moteurs.


Le parc européen (Union européenne et OTAN) demeure très stable depuis plus de quinze ans :


On recense les chars Leopard 2 (Allemagne), Challenger (Royaume-Uni), Leclerc (France), ARIETE (Italie), CV90120-T (véhicule de combat d’infanterie lourd produit par la Suède) et les différentes séries T Russes en dotation dans les forces armées de certains Etats d’Europe centrale (et mis aux normes de l’OTAN).

Il n’y a pas de programmes nouveaux significatifs en matière de chars de combat européen à l’exception de celui de la Turquie (Althay développé en coopération avec la Corée du Sud).


Le nombre total de chars opérationnels dans le monde en 2002 serait de 106 000.

chars

Bref tour d’horizon sur les chars lourds


Le char Israélien Merkava a vu sa première version naître en 1970 et se comporte mieux que le M1 A2 Abram dans le désert alors qu’il couterait deux fois moins cher. Le char Leclerc a été mis en service en 1990 et est considéré comme un modèle récent.

Un moteur diesel silencieux V8X 1500 CV (accélération 0-32 Km/h en 5 secondes !),...

Un blindage actif composé de strates qui guident puis coincent les projectiles.

Nous chercherions à vendre 120 chars Leclerc à l’étranger qui seraient prélevés sur le parc existant de 400. Ce qui n’en laisserait pas beaucoup pour le combat puisqu’il faut en réserver un certain nombre pour la formation et l’entraînement.

Au début des années 1970, le gouvernement Ouest Allemand demande aux groupes Porsche, Krauss-Maffei et Wegmann de construire 2 950 chars Leopard 2 entre 1979 et 1992 au prix unitaire de 5,3 millions de dollars en mars 2006 (Source : Forecast International).

Le Japon possède une flotte de 675 chars Type 74 et 225 chars Type 90, soit deux fois plus que la France ou le Royaume-Uni.

Mitsubishi est le maître d’œuvre du T 90, proche du char Leclerc, et fabrique la caisse, le moteur diesel de 1500 CV, le train de roulement et le chargement automatique des munitions. NEC, Fujitsu, Nikon et Fuji collaborent pour des plans d’équipements appelés PMDT (équivalents de la loi de programmation militaire française). Kyoto Ceramic Company fournit le blindage de type composite.

Le char Russe T-90S surpasserait le char américain avec seulement 47 tonnes, 3 membres d’équipage, une autonomie de 550 km avec réservoirs et un prix de dumping de 2.3 millions d’euros.


La coopération européenne dans les blindés


D’après l’Agence Européenne de défense, les forces armées européennes utilisent 20 000 véhicules blindés et devraient, ces dix prochaines années, remplacer 10 000 véhicules (un véritable magot à 3 M€ le véhicule en moyenne) dans les modèles 4X4, 6X6 et 8X8, à roues, pesant de 2 à 30 tonnes, bien armés, bien protégés et transportables par voie aérienne (d’où l‘avion A 400 M qui peut emporter des engins de 25 à 30 tonnes).

L’Agence Européenne de Défense déplore toutefois que les Etats membres ne coopèrent pratiquement pas à l’échelle internationale et qu’ils invoquent (surtout la France), pour ne pas s’y livrer, la sauvegarde du savoir-faire, l’indépendance nationale et l’adéquation de l’outil avec la stratégie militaire.

Pourtant l’exemple d’Airbus est là pour convaincre du contraire les esprits objectifs.


La France et la coopération européenne militaire en matière de chars


De ce point de vue la France, qui n’exporte pratiquement pas de véhicules blindés (sauf 380 chars Leclerc aux Emirats), aurait tout à gagner (en emplois et en chiffre d’affaires) à participer à des programmes communs même en acceptant de jouer les seconds rôles dans les secteurs où elle est moyenne (moteurs) et les premiers rôles là où elle est excellente (visée et tir). Mais cela signifierait que notre DGA ne pourrait plus concocter des marchés d’études récurrents passés à des industriels obligés de lui faire la cour et réduits à construire des « démonstrateurs » sans suite (NDLR).

A noter qu’en 1979 il était question de faire un char commun avec les allemands.

Contrairement à ce que l’on croit (en lisant les journaux français), les fabricants allemands, autrichiens, polonais, danois, finlandais, espagnols et italiens vendent leurs véhicules blindés dans les pays cités (et aussi à l’exportation) dans des quantités significatives qui sont bien plus grandes que les productions françaises. L’anglais fait aussi cavalier seul mais, lui vend beaucoup de véhicules.


Les chars lourds sont peu mobiles mais deviennent plus légers


Les chars lourds doivent circuler sur plate-forme d’un champ de bataille à l’autre.

Les chars Leclerc ne passeraient pas dans les tunnels français, dit-on.

Les chars lourds sont difficilement transportables par avion (en tous les cas pas par le futur A 400 M) et nécessitent une logistique (transport et entretien) coûteuse en moyen et en homme (4 personnes en moyenne).


Mais les améliorations apportées aux chars sont constantes


Avec l’introduction de nouveaux matériaux et de blindage de protection, de systèmes de commandement et de contrôle info-centrés ou non, de moteurs moins gourmands et plus puissants et de chenilles réparables (le point faible), les chars effacent leur handicap..


Mais le char rassure le fantassin à tous les points de vue


Il peut accompagner et protéger une section de manière permanente, ce qui n’est pas le cas des hélicoptères. Il ne risque pas de se planter dans le sable comme l’ont fait les engins blindés à roues LAV 25 canadiens en Afghanistan ou dans de régions à obstacles spécifiques comme les ceps de vignes. Dans la mesure où le fantassin aura toujours le dernier rôle, il faut donc prendre en considération ce fait important (pour le moral).

Les américains ont redécouvert à ce sujet le char et font tout avec leur vieil M1 Abrams pour 5,5 M US$: convoi, opération de combat et de sureté (anti émeute).


Conclusion


Le blindé est toujours nécessaire. Le char à chenilles convient mieux sur les surfaces difficiles là où les rayons de braquage sont faibles. Il faut l’utiliser quand il est absolument nécessaire parce qu’il est trop cher (à l’achat et en entretien) et qu’il ne se transporte pas facilement.


Avant de penser au char, il faut s’assurer de sa vitesse du char, de son blindage, de sa résistance au missile et de la vulnérabilité de ses chenilles. Les véhicules à roues sont plus mobiles et plus confortables dans les déplacements à grandes distances que les engins chenillés. Ils sont moins coûteux à l’achat et consomment moins de carburant. Ils se révèlent plus faciles à entretenir et à dépanner. L'adoption d'une propulsion à huit roues motrices a considérablement accru leur mobilité en tout terrain et a augmenté leur polyvalence. Comme ils peuvent désormais recevoir les mêmes protections et le même armement qu'un engin chenillé, la balance penche en faveur de la solution à roues.

Dans des combats d’importance sur des lieux fixes, le char à chenilles est sans doute encore nécessaire. Il ne risque pas de s’enliser ou de se planter dans des décombres contrairement aux véhicules à roues qui ne peuvent tourner sur place en cas de barrage.

En revanche, dès qu’il s’agit de manœuvrer dans une zone occupée par des fantassins uniquement, le char n’est plus assez mobile et coûte trop cher.

Parlant à ce sujet du char Leclerc, les légionnaires disent de lui: « il faut vraiment avoir des « c…s » pour oser envoyer un cocktail sur un Leclerc qui passe de 0 à 35 km/h en 5 secondes et se dirige vers vous après vous avoir repéré ». Car les chars détectent les éclats lumineux des viseurs optiques et localisent les origines des tirs (par analyse des sons).

Il faut donc laisser au combattant sur le terrain le soin de définir le cahier des charges de son blindé d’accompagnement.

L’armée française engagée en Afghanistan, souhaitait ainsi acquérir rapidement des véhicules blindés sur chenilles suédois BvS10 Viking (produits par BAE Hägglunds) pour le transport de ses unités de montagne déployées en Afghanistan.

Ce VBHM est composé de deux unités distinctes et articulées, l'une à l'avant pouvant transporter cinq combattants, et l'autre à l'arrière, vers lequel la transmission peut être basculée.

Mais leur avis ne fut pas partagé par la DGA chargée de penser à leur place et qui a promu le véhicule de l'avant blindé (VAB 4x4) mal adapté aux routes défoncées d'Afghanistan, incapable de se mouvoir en tout-terrain escarpé et obligeant les fantassins à s’exposer au feu en sortant trop tôt de ce VAB lorsqu'ils s’approchent de l’ennemi. On connaît la suite : dix soldats tués de manière « idiote » lors de l'embuscade d'Uzbeen, le 18 août 2008.

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samedi 5 décembre 2009

Focus Stratégique n°18 : La protection du territoire national par l'armée de Terre

Je signale la parution du dernier Focus Stratégique de l'IFRI, La protection du territoire national par l'armée de Terre, par Marie-Dominique Charlier, chercheur associé au Laboratoire de Recherche sur la Défense.


Partant du constat que le dernier Livre Blanc de la Défense (2008) valide le continuum défense-sécurité, cette étude évalue ce lien, en analyse les impacts sur l'armée de Terre et dresse les limites des interactions entre l'interne et l'externe, interrogeant ainsi la notion globalisante de sécurité nationale, regroupant la défense, la sécurité intérieure et la sécurité civile.

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vendredi 4 décembre 2009

Chine - Pensées partielles

Dans l'ouvrage déjà mentionné ici Chine, la grande séduction, Barthélémy Courmont évoque l'esprit apolitique des jeunes générations chinoises, extrêmement focalisées sur leur carrière, aux instincts nationalistes facilement manipulables par un régime qui s'y retrouve.

Je voudrais apporter ici un petit témoignage personnel. La première fois que j'ai débarqué en Chine, c'était pratiquement il y a un millénaire, je fus effectivement frappé par deux choses :

1 - La plupart des étudiants que j'ai rencontrés, et même certains (jeunes) professeurs d'université, n'avaient une vision que très partielle (voire quasi inexistante) de la façon dont ils étaient gouvernés. Et ceci à tous les niveaux, du plus local au plus haut sommet de l'état. Avec en toile de fond un intérêt porté à la chose publique lui aussi fortement limité. Évidemment, en France ou dans n'importe quel pays, la politique (au sens premier du terme, sans parler nécessairement de la dimension purement politicienne) n'est pas nécessairement le centre d'intérêt premier de la population et notamment des plus jeunes. Cependant, j'ai rarement vu une telle dépolitisation, couplée à une focalisation intense sur le "business", le travail et la réussite à tout prix.

crédits : ninjatales

2 - L'absolue certitude que la Chine allait devenir la première puissance mondiale et ses habitants les "maîtres" du globe était très fréquemment et très profondément enfouie dans la tête de mes interlocuteurs. La fierté nationale extrêmement forte, si elle entraînait des commentaires passionnés sur les relations internationales, semblait au contraire aplanir toute velléité de commenter la situation chinoise. Tiananmen semble bien loin... d'autant que l'arrivée prochaine aux affaires des générations de "petits empereurs", habitués à être le centre (lourd fardeau !) de leur petit monde, pourrait avoir quelque conséquence.

Il s'agit évidemment là de deux leviers sur lesquels joue le régime de Beijing pour asseoir sa puissance à la fois à l'intérieur de ses frontières mais également à l'extérieur. Pendant ce temps, le Zhongzubu (中组部), le Département de l'Organisation du Comité Central du PCC, s'occupe de nommer les responsables politiques chinois, mais également les patrons des grandes entreprises d'état et plus globalement la très grosse majorité des leaders du pays.

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jeudi 3 décembre 2009

Vente du Mistral à la Russie : ça temporise ?

Lors de son rapide séjour à Paris du 27 novembre dernier, Vladimir Poutine a indiqué que la décision d'achat du BPC Mistral par la Russie (1 construit en France et 4 en Russie sous licence) n'était pas encore prise :

Nous n'avons encore rien décidé sur l'achat du Mistral

Alors que la partie française s'affiche optimiste, sans préciser l'avancement exact des discussions :

Je vous confirme que nous examinons une demande officielle du gouvernement russe

Du côté de Moscou, le partie de bluff est bien lancée. Ainsi si un conseiller du Premier Ministre indique que

le Mistral n'est pas la question la plus importante à l'agenda franco-russe. Ce n'est pas comme si le contrat était sur le point d'être signé. Nous en sommes au stade du rassemblement d'informations...

...le vice-premier ministre, Igor Setchine, veut croire à une solution locale :

Au lieu d'acheter un porte-hélicoptères français de type Mistral, la Russie pourrait construire elle-même un bâtiment analogue. Nous sommes en mesure de construire des bateaux de ce genre.

Le Mistral

crédits : meretmarine.com

Quant à l'OTAN, son porte-parole affirme qu'elle n'a pas d'avis officiel sur cette vente potentielle :

L'OTAN ne possède pas de point de vue officiel sur ce problème. Nous sommes au courant des négociations menées. La Russie est un partenaire de l'Alliance et la France en est membre. Nous n'avons aucun doute que si ce marché est conclu, il le sera dans le respect de tous les engagements douaniers

La Géorgie se montre beaucoup plus inquiète, par la voix de son Ministre des Affaires étrangères Grigol Vachadze :

Tout le monde est très inquiet dans la région. Il s'agit d'un navire de dernière génération pouvant accueillir, si je me rappelle bien, 16 hélicoptères d'assaut, 900 soldats, 16 véhicules blindés. Où irait un tel navire ? Pas dans la Baltique contre la Finlande, ni dans le Pacifique contre le Japon ou la Chine. Tout le monde sait que ce serait dans la mer Noire, contre l'Ukraine et la Géorgie

Pour rappel, les marines du Nord et du Pacifique sont précisément celles qui devraient officiellement être équipées du BPC si l'affaire se conclut.

L'Estonie, membre de l'UE entretenant des rapports plutôt tendus avec Moscou, avait déjà exprimé des réserves :

Nous allons demander à la France des informations sur ce contrat et le sujet sera aussi examiné par le groupe de travail chargé des biens stratégiques au sein de l'Union européenne


Pendant ce temps-là, Ria Novositi, sur son portail anglophone, cite l'Amiral Vyacheslav Popov qui lui se montre inquiet sur l'avenir à horizon 2015 sur les capacités de la flotte russe si rien ne bouge :

If the current situation [with shipbuilding] remains unchanged, we will face a grand-scale removal of ocean-going warships from service with the Russian Navy by 2015 and, as a result, a sharp decrease in its combat capabilities

Ceci ne dit toujours pas si le Mistral sera exporté avant le Rafale...


***


Voir également :

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