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Mon Blog Défense

samedi 29 novembre 2008

EADS vers une vaste réorganisation ?

Les Echos l'ont annoncé cette semaine : Louis Gallois, président exécutif d'EADS, aurait dans l'idée de réorganiser le groupe européen, principalement en réduisant le nombre de divisions de 5 à 3 :

  • Airbus et Military Transport Aircraft fusionneraient, pour former une entité dédiée à l'aéronautique, civile et militaire
  • Astrium (espace) et la Division Défense et Sécurité, principalement présente dans l'électronique de défense, deviendraient une seule division
  • Eurocopter, déjà présent sur les marchés civil et de défense, ne serait pas impacté
L'ensemble prendrait le nom d'Airbus, et son siège serait à Toulouse, ce à quoi Tom Enders, président d'Airbus, à anoncé dans la presse être favorable.

Globalement cette réorganisation porte la recherche de synergies entre divisions proches et complémentaires, d'un point de vue technologique et marché. Les aspects duaux mais également purement industriels (notamment entre Airbus et MTA) doivent compter pour beaucoup dans le potentiel de rationnalisation de ce projet.

Ceci dit, si l'information est confirmée, cela ne sera pas sans heurt, notamment en raison de la structure capitalistique et managériale si particulière d'EADS, dans laquelle pas moins de cinq états européens sont impliqués :
  • Au sud des Pyrénées, on peut légitimement s'inquiéter de voir MTA, fleuron de l'industrie nationale de défense, échapper à l'espagnol Carlos Suarez au profit des Français
  • Les accords passés entre France et Allemagne prévoient qu'Astrium soit dirigée par un Français (notamment parce que la dissuasion nucléaire française est concernée), et la Division défense par un Allemand. Par ailleurs cette dernière intervient sur le programme Eurofighter, concurrent du Rafale de Dassault...Berlin est donc logiquement opposé à ce rapprochement, et l'Italie et le Royaume-Uni (également parties prenantes de l'Eurofighter) ont également des raisons d'y être hostiles
Ah sinon, les Echos annoncent également que Louis Gallois aurait en tête l'achat d'une société américaine de défense et de sécurité, dont le CA serait autour d'un milliard de dollars.
Et pendant ce temps, on apprend que l'A400M pourrait avoir 18 mois de retard...à voir si la réorganisation potentielle ne risque pas d'accentuer ce type de difficulté

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dimanche 23 novembre 2008

La France reste 4ème exportateur mondial d'armes en 2007

Selon les chiffres présentés au Parlement par le Ministère de la Défense, les exportations de défense françaises sont restées stables en 2007 par rapport à 2006 :

  • Prises de commande en légère baisse (5,66 contre 5,74 Mds €)
  • Livraisons en légère hausse (4,81 contre 4 Mds €)
La France reste donc 4ème au niveau mondial, avec 6% de parts de marché, derrière les USA (54%), le Royaume-Uni (13%) et la Russie (9%), et juste devant Israël (5,3%), qui connaît une forte progression.

L'aéronautique et l'aérospatiale sont les segments les plus importants pour la France (53%) devant le naval (24%) et le terrestre (22,5%). Mais l'année 2007 a été marquée par l'importance des "petits" et "moyens" contrats de rechange, au détriment des "grosses" ventes d'équipements neufs.

Les premiers clients de la France sont l'Arabie Saoudite (1,6 Mds € de commandes), les EAU (900 M€) et l'Espagne (500 M€). La dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient est claire, et le Ministère défend un développement en Europe, tout en concédant que le potentiel (est-) Asiatique est sous-exploité. A noter que l'Afrique, hors Maghreb, est quasiment absente de la liste des clients...

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samedi 22 novembre 2008

Dassault et Thales sont dans un avion

Dassault Aviation (Rafale, Falcon) est en passe de devenir l'actionnaire industriel de référence de Thales, puisque des négociations exclusives sont en cours avec Alcatel-Lucent, équipementier télécoms en grande difficulté, en vue du rachat des 20,8% (pour un peu plus de 1,5 milliard d'euros) qu'il possède dans le groupe de défense . Ceci permettrait de porter sa participation globale à 26%.

Quelques réflexions sur cette étape supplémentaire dans la recomposition et consolidation du paysage de l'industrie de défense française et européenne :

Dassault semble donc réussir là où EADS (principalement intéressé par les activités d'électronique de défense de Thales) a échoué. La décision, prise cet été, marque la préférence de l'Elysée pour une entreprise française au détriment d'une franco-allemande, exposée aux tensions transfrontalières. Même si la volonté de l'Etat français a beaucoup compté dans ce rapprochement, il porte de forts avantages potentiels pour l'avionneur.

Qu'en dire d'un point de vue industriel ?

  1. Dassault Aviation sera en position de force au sein d'un groupe en forme, très internationalisé, chantre de la stratégie multi-domestique (alors que Dassault souffre un peu de sa "franco-francitude"), mais également très diversifié (50% défense, 25% aérospace, 25% sécurité) ce qui va notamment offrir de nouvelles opportunités à ces bureaux d'études
  2. Cette prise de participation marque une union entre un systémier (Thales) et un plateformiste, complémentarité essentielle au vu de la configuration du marché mondial de l'aéronautique et défense, avec de plus en plus de demandes, de la part des clients étatiques, de fournisseurs de taille mondiale capables de se positionner en maîtres d'oeuvre de programmes d'envergure colossale
  3. Dassault est-il intéressé par l'ensemble des activités de Thales ? On peut en douter, en pensant notamment au désintérêt historique de l'entreprise pour le secteur naval. Donc quid de la division navale (parts dans DCNS) ? A suivre, notamment à l'aune de la loi de programmation militaire, qui semble lui faire la part belle
  4. Le point précédent est à rapprocher des discussions en cours entre Thales et Safran concernant des cessions mutuelles d'actifs, principalement autour de l'optronique (pour faire simple, la rencontre de l'optique et de l'électronique : lasers, systèmes de reconnaissance, de détection infra-rouge, caméras...) et de la navigation inertielle (navigation aérienne à base de gyroscopes et d'accéléromètres, uniquement utilisée, du fait de son coût, par des militaires). Il s'agit pour les deux sociétés françaises, avec le début d'un positionnement cohérent pour Safran (issu pour rappel de la fusion de Sagem et SNECMA), d'éviter une concurrence frontale en se partageant intelligemment les tâches. Bref, là aussi il s'agit d'une affaire à suivre, mais selon des informations parues dans la presse, l'avionneur se serait engagé à ne pas bloquer le dossier

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samedi 15 novembre 2008

Encore et toujours la Russie

Après plus de deux mois de sommeil, dus à une activité professionnelle un peu intense, je vais essayer de redonner vie à ce blog...

Surtout que depuis le 6 septembre, date du dernier message, l'actualité sur le front de la défense a été plutôt riche, notamment avec les évènements suivants :

  • Suites de la crise georgienne, dont on n'a pas fini d'entendre parler

  • Élections présidentielles aux USA et leur volet international. La victoire d'Obama pourrait avoir quelques conséquences sur les guerres d'Irak et d'Afghanistan...et la Russie, par la voix de son Président, se fait pressante sur le dossier du bouclier anti-missile américain en Europe de l'Est, en menaçant notamment de déployer ses propres missiles dans l'enclave de Kaliningrad. Le sujet a d'ailleurs occupé une place de choix lors du sommet UE/Russie du 14 novembre à Nice (au contraire de l'élargissement de l'OTAN à La Géorgie et l'Ukraine).

  • Prises d'otages, accidents et attentats en Afghanistan (et de plus en plus au au Pakistan) et en Irak

  • Attaque d'un village syrien par l'armée américaine, selon le gouvernement de Damas. Du côté américain, l'enquête interne est toujours en cours...

  • Célébration du 90ème "anniversaire" de l'armistice du 11 novembre 1918, alors qu'il ne reste plus en France, depuis le 12 mars dernier, aucun Poilu, et que le rapport d'André Kaspi sur les commémorations en France provoque quelques remous

  • Accident à bord du Nerpa, sous-marin nucléaire russe dans lequel 20 personnes ont trouvé la mort, et qui selon la version officielle serait due à l'erreur d'un matelot.
Selon le Nouvel Observateur, sur ce dernier point, une partie de la presse russe met en doute la thèse de l'erreur humaine : le Nerpa étant sur le point, selon la presse indienne, d'être cédé en leasing à l'Inde, il s'agirait de rassurer sur sa fiabilité technique, d'autant qu'il en va également de la crédibilité de la dissuasion russe.

Petite touche narcissique : dans la rubrique "Plus sur le sujet", mon article du 25 juillet 2008 sur l'industrie de défense en Russie est cité.

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samedi 6 septembre 2008

Le prochain porte-avions français sera-t-il sud-coréen ?

Nicolas Sarkozy a surpris tout le monde hier lors d'une allocution devant les employés des Chantiers de l'Atlantique. Ceux-ci, inquiets depuis l'annonce, fin 2007, d'une OPA des Coréens de STX dans la branche navale d'Aker Yards, la maison mère norvégienne de l'entreprise française étaient réunis pour entendre le Président présenter les garanties de l'Etat concernant leurs emplois.

Quelle ne fut pas leur étonnement quand il a évoqué (outre une entrée de l'Etat au capital d'Aker Yards), apparemment sans que personne d'autre que lui ne soit au courant, un rapprochement entre les Chantiers de l'Atlantique et DCNS, qui fabrique notamment les navires et sous-marins de l'armée française. Ceci impliquerait évidemment de faire de STX un actionnaire de référence de l'ensemble.

Bien sûr, au Ministère de la Défense comme à l'état-major de DCNS, on tombe des nues, même si pour le moment, ce rapprochement n'est qu'à l'état de réflexion plus ou moins jetée en l'air.

Mais il est assez révélateur de l'avancement sur le chemin d'une intégration européenne de l'industrie militaire navale (autour de 10 milliards d'euros de CA tous pays confondus). Comme sur de nombreux autres segments du secteur défense, l'Europe ne possède pas la taille pour entretenir en son sein de multiples acteurs dont les offres et compétences se chevauchent. L'atteinte de taille critique pour rester vivant (en évitant par exemple des OPA venant de l'autre bout du monde) et compétitif au niveau mondial passe par des regroupements. La première étape, la rationalisation à l'intérieur de chaque pays, n'est pas encore achevée.

En Espagne et en Allemagne, Navantia et Thyssen Krupp Marine Systems émergent comme des acteurs de premier plan travaillant à la fois pour les marchés civil et militaire.

Thales et DCN ont donné naissance à DCNS en France (même si la première conserve une division "systèmes navals"), mais l'on a encore une dichotomie marquée civil / militaire avec la survivance des Chantiers de l'Atlantique. Il y a évidemment des synergies industrielles possibles, puisque la dualité opère à plein sur le segment, même si en terme d'équipement et d'électronique embarquée les besoins ne sont pas les mêmes.

En espérant que, contrairement à ce qui s'est passé pour d'autres industries (métaux notamment), des querelles franco-françaises ou inter-européennes ne facilitent pas la tâche de géants étrangers, qui souvent se posent moins de questions.

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mardi 26 août 2008

Défense : la France privatise, la Russie nationalise

En écho à mon post de fin juillet concernant l'industrie de défense russe, il semble que la consolidation sous giron public d'une partie de cette dernière soit décidément bien en cours.

NPO Saturn (НПО Сатурн) et UMPO (Уфимское моторостроительное производственное объединение) sont deux motoristes privés, qui équipent entre autres les chasseurs Sukhoi, en cours de fusion (CA total d'environ 850 millions de dollars en 2007). Ils font l'objet d'une tentative de rachat par Oboronprom (ОПК Оборонпром), une holding contrôlée par l'Etat Russe et fondée en 2002.

En avril dernier, Vladimir Poutine, alors encore président, a signé un décret donnant à Oboronprom la mission de consolider le secteur russe des motoristes pour l'aviation. NPO Saturn et UMPO sont les dernières sociétés de ce marché à rester privées, Oboromprom ayant acquis l'ensemble des autres depuis 2007.

Bien sûr les dirigeants de NPO Saturn et UMPO tentent de résister à la prise de contrôle d'Oboronprom, qui a commencé à racheter des parts à des investisseurs institutionnels :

  • en partageant leurs postes
  • en s'achetant des participations croisées
  • en s'appuyant sur leur réseau d'influence, qui n'est pas négligeable
Ils se préparent à une lutte féroce, et n'excluent pas de connaître le même sort que certains oligarques russes tombés en disgrâce, c'est-à-dire la prison. Car il est évident qu'Oboromprom est prêt à tout pour arriver à ses fins. Et comme l'indique à Defense News son patron, Andrey Reus, ses ambitions sont immenses et la holding s'attend à ce qu'UMPO et NPO tombent "naturellement" sous son giron :
There is a certain lack of understanding on behalf of [UMPO CEO] of the
mission and mechanisms of creation of the holding and the further perspectives
of its development

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samedi 23 août 2008

La France en Afghanistan

Dix soldats français morts le même jour, ce n'était plus arrivé depuis très longtemps. L'incident, déjà largement commenté et qui suscite des débats sur la présence française en Afghanistan, a fortement marqué les esprits dans l'hexagone.

Le contexte asymétrique, l'importance de l'image et de l'aspect "humain" (notamment) dans le contexte afghan ont déjà été décrits en partie ici, ou là.

Cependant, quelques remarques, même s'il est évidemment facile d'asséner des vérités a posteriori :

  • Le 8ème RPIMA n'avait pas demandé de reconnaissance aérienne pour assister la patrouille. C'est indiscutablement une erreur, dans une zone montagneuse, accidentée, à faible visibilité. Et à ma connaissance, les forces françaises ne disposent pas de drones en Afghanistan. Disposer de moyens de reconnaissance dans la 3ème dimension permet de s'affranchir de nombreux obstacles physiques, offre une plus grande allonge et permet donc de mieux préparer et anticiper les manœuvres au sol. D'autant plus que cette zone :
    • est proche de l'axe Kaboul - Peshawar, où ont lieu de nombreux attaques contre les camions ravitaillant la capitale afghane
    • est un bastion des hommes de Gulbuddin Hekmatyar, ancien seigneur de la guerre (dans la plus pure tradition afghane), premier ministre de son pays en 1993-94, et aujourd'hui allié à la nébuleuse Al-Qaida
  • Les bruits (pour le moment non officiellement confirmés) de tirs amis, de la part de l'USAF et de l'armée afghane, alimentent encore le débat sur les réelles capacités de communications et de coordination inter-armes et inter-alliés. Même si bien sûr, dans un engagement très rapproché de haute intensité au sol, dans un environnement très montagneux, la conduite de tir et l'identification des amis-ennemis (depuis les airs ou la terre) ne peuvent jamais être parfaites, malgré toutes les avancées technologiques, et des éclats peuvent toucher les deux camps.
  • Les procédures suivies par les soldats français et leur équipement n'ont pas joué en leur faveur lors de l'embuscade : les troupes envoyées par la France appartiennent à l'infanterie légère (donc de petits véhicules), et sont dotées de peu de munitions (relativement à un emploi intensif). Par ailleurs, le fait d'avoir effectué la reconnaissance près d'un col à pied, hors de leurs VAB, a encore diminué leur niveau de protection et de munitions. Cela est accentué par la relative jeunesse des troupes, dont peu avaient déjà connu le feu dans des conditions réelles. Certaines procédures sont indéniablement à revoir.
  • Si j'en crois un sondage publié par Le Parisien cette semaine, 55% des Français demandent le retrait de nos troupes. L'émotionnel joue un rôle très important, sans doute, dans ces chiffres. Cependant ceci appelle trois questions fondamentales :
    • Que fait la France en Afghanistan ? Ou plutôt, le rôle attribué à la France en Afghanistan est-il d'ordre stratégique quant à l'issue de la guerre qui s'y déroule (et dont on voit bien que l'issue est très incertaine) ? Il est évident qu'un certain flou entoure ces questions, et que la libération de la femme afghane n'est pas la raison principale de l'engagement français. Alors qu'il s'agisse d'alignement sur les USA, d'enjeux énergétiques, de la justification du siège permanent au Conseil de Sécurité...la question mérite d'obtenir une réponse claire de la part du Chef des Armées
    • Les Talibans et leur alliés, en voyant qu'il est possible d'exercer, par le biais de l'opinion publique française, une pression sur les décideurs politiques, non pas en leur faveur, mais en la faveur d'un retrait français, ont là un atout à jouer. Ne se pourrait-il malheureusement pas que des attaques contre les positions tricolores se multiplient dans les jours à venir ?
    • La France et le peuple français sont-ils encore capable de vivre une guerre ? Les dernières décennies nous en ont en quelque sorte "déshabitué", et en soi ce n'est pas forcément un mal. On voit que dans d'autres pays (car ils y sont plus "habitués" ?) la mort de soldats dans l'exercice de leurs fonctions sur le terrain n'est pas vécue comme un tel traumatisme à l'échelle nationale. De mémoire, uniquement pour donner un ordre de grandeur, il me semble qu'environ 15 personnes meurent quotidiennement sur les routes françaises. Bref, la France a-t-elle oublié que le rôle premier d'une armée implique fatalement des morts dans ses rangs ? Mais également, l'Armée Française elle-même est-elle capable d'assumer un conflit dur, long, faisant des victimes dans ses rangs ?
Si l'on replace tout ceci dans le contexte des RGPP et de la nouvelle carte militaire, mais également de l'incident de Carcassonne, le moral des troupes ne doit pas être actuellement au beau fixe...
L'avenir proche nous dira comment la France (politiques et armée mais également opinion publique) réagit "à froid"à cette nouvelle tragédie.

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